Pourquoi je vote Sarkozy

On me demande pourquoi diable compte-je mettre, les 22 avril et 6 mai prochains, un bulletin au nom de Nicolas Sarkozy dans une urne.

C’est en effet ce que je vais faire, c’est ce que j’aurais fait il y a cinq ans si j’avais eu l’âge requis ; je n’ai jamais eu l’occasion de m’en expliquer autrement que lors de débats toujours houleux avec mon entourage bobo, roseau bien pensant, qui a toujours vu là au mieux une provocation, au pire la manifestation d’une sombre profondeur fasciste.

La tentation est trop grande de dire que si je vote Sarkozy, c’est d’abord parce que Saint-Germain des Prés le déteste, le conspue, l’insulte, et, c’est un comble, le méprise.

Je dis que c’est un comble car il me semble que notre chef de l’Etat bien aimé tient en général des propos plus intéressants, plus construits, plus sportifs, développe une pensée plus limpide, une intelligence plus vivace et une force de frappe plus énergique que cette bande d’alcooliques illettrés.

Saint Germain des Prés veut sa perte, lui voue une haine tenace, irrationnelle, éclatante de mauvaise foi, mais Saint Germain des Prés n’est pas seul : il y a aussi, dans la même brume intellectuelle, le même peuple, avec les mêmes codes, les mêmes sujets d’indignation ou d’engouement, les mêmes passions et la même mélasse, l’ensemble des acteurs de l’industrie cinématographique, littéraire, artistique, médiatique ; les trois-quarts du plateau de Taddéï ; l’hyper-écrasante majorité des journalistes ; etc.

Si je vote Sarkozy, c’est aussi parce que je n’ai pas envie de voter comme Le Monde, comme les dealers, comme Gérard Miller, comme les fonctionnaires territoriaux. Parce que ça m’angoisserait de soutenir le même candidat que Yannick Noah ; parce que je préfère soutenir le même candidat que Nadine Morano, qui a au moins pour elle un peu de courage.

Je vote Sarkozy parce qu’il a du punch. Je vote Sarkozy parce qu’il est positif, parce qu’il promet et promeut l’effort, parce qu’il angoisse tout le monde quand il entre dans une salle de réunion, parce qu’il gravit des côtes, parce qu’il sait négocier avec ses homologues en préservant l’intérêt de la France.

Je vote Sarkozy parce que son mandat ne sera pas renouvelable et qu’il gouvernera pour l’Histoire, quand n’importe quel autre candidat n’aura en tête que le prochain coup.

Je vote Sarkozy parce que j’ai toujours dévoré les ouvrages narrant les coulisses du monde politique, et que j’y ai toujours lu la description, même quand elle était à charge, d’un bonhomme mariant une compétence totale à une capacité de labeur hors du commun ; parce que je sais, l’apprenant souvent par la presse étrangère, qu’il a tordu le bras de Poutine lorsque celui-ci s’apprêtait à écraser la Géorgie, qu’il a fait avancer l’Union Européenne à marche forcée lorsqu’il en assurait la présidence, qu’il a convaincu un par un les dirigeants étrangers qu’il fallait bombarder les colonnes sanglantes du colonel Kadhafi, obtenant l’assentiment inespéré de l’ONU pour lancer les opérations, qu’il a convaincu madame Merkel, aux premiers tremblements de la crise, qu’il fallait mettre en place des plans de relance à grande échelle, etc, j’en passe.

Enfin non, je n’en passe pas, j’en rajoute : je vote Sarkozy parce que je sais qu’il y a un seul pays, en Europe, dans lequel le pouvoir d’achat des ménages a augmenté depuis cinq ans, c’est la France (statistiques de l’INSEE, de l’OCDE et du FMI) ; que le chômage a explosé au Portugal, en Espagne, en Italie, en Grèce, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis dans des proportions sans commune mesure avec la hausse française ; parce qu’il a fait la Question prioritaire de constitutionnalité, ce qui est une avancée majeure pour notre droit ; parce qu’il a créé le statut d’auto-entrepreneur, ce qui est une avancée majeure pour notre économie ; parce qu’il a mis les Maison de l’histoire de France sur les rails, ce qui est une avancée majeure pour notre culture ; parce qu’il a rendu les universités autonomes, ce qui est une avancée majeure pour notre enseignement ; parce qu’il a fait les internats d’excellence, ce qui est une avancée majeure pour nos banlieues.

Je vote Sarkozy parce que son ministre de la Justice s’est appelé Rachida, et une Rachida garde des sceaux, c’était un missile d’espoir pour toutes les Rachida de France.

Parce que depuis ses réformes, la Cour des comptes contrôle les dépenses de l’Elysée, et ça c’est du jamais vu.

Parce que le débat sur l’identité nationale n’était pas, contrairement à ce que dit Joseph Macé-Scaron, un débat indigne, mais une question immense, qui aurait bien tourné sans toute cette mauvaise foi qu’on y a opposé.

Parce que demander à des jurés populaires de prononcer les sanctions des tribunaux correctionnels, c’est humaniser la répression, regarder la misère ou l’horreur en face, et faire progresser la justice.

Parce que créer un Conseil français du culte musulman, c’est dire que l’islam a toute sa place dans notre vieille terre chrétienne.

Parce que défiscaliser les heures supplémentaires et mettre en place les accords compétitivité-emploi, c’est réhabiliter la sueur et tordre le cou de la flemme.

Parce que ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux, c’est avoir le courage de s’ouvrir sur le reste de la planète.

Je vote Sarkozy parce que le monde connaît des mutations gigantesques et que si notre vieille, belle et grande nation veut y jouer un rôle quelconque, il faudra prendre des décisions.

Parce que le pouvoir de l’argent qui est le pouvoir tout court passe aux mains du Brésil, de l’Inde et de la Chine, et que ces trois pays n’auront que faire de nos vieilles lunes égalitaristes.

Parce que l’islamisme se répand, corrompt les âmes fragiles, et qu’il faudra lui opposer un réponse ferme.

Parce que les classes moyennes ne résisteront pas aux hausses d’impôts des socialistes.

Parce que les entreprises, surtout le petites, qui n’ont pas de conseillers fiscaux et qui sont celles qui créent le plus d’emplois, se noient déjà dans les taxes et les règles et que la gauche ne sait inventer que des taxes et des règles.

Parce que François Hollande laissera la CGT gouverner à sa place et que la CGT crée ce contre quoi elle prétend lutter, n’amenant par ses sinistres cortèges qui sentent la frite pourrie que désolation, chômage et tristesse.

Parce que les banlieues ont suffisamment souffert du discours victimaire qui les enfonce depuis quarante ans et que Sarkozy ne leur promet que de se retrousser les manches quand Hollande les écrase de sa sociologie wieviorkienne.

Je vote Sarkozy parce qu’il faudra arrêter de faire croire aux étudiants qu’ils trouveront du travail avec un bac + 5 en anthropologie, arrêter de faire croire aux sexagénaires qu’il est déjà temps pour eux de se mettre à la retraite, arrêter de faire croire à toute la misère du monde que la France l’attend les poches pleines, arrêter de faire croire aux millionnaires qu’ils peuvent s’installer en Belgique ou en Suisse sans devenir apatrides, arrêter de faire croire aux descendants des peuples colonisés qu’ils sont esclaves de l’esclavage qui déshumanisa leurs pères, arrêter de faire croire aux collectivités locales qu’elles peuvent recruter autant d’agents que les groupes du CAC 40, arrêter de faire croire aux fonctionnaires qu’on peut aller au bureau vingt heures par semaine, arrêter de faire croire aux fumeurs d’herbe qu’ils sont sur la bonne voie, arrêter de faire croire à Audrey Pulvar qu’elle est une résistante et arrêter de faire croire aux socialistes qu’ils peuvent échapper à un travail sur eux-mêmes.

Je vote Sarkozy parce que la France a besoin de mouvement, parce que les Français ont besoin de bouger, parce qu’ils étaient prêts à le faire en 2007 et que la crise, un an plus tard, les a coupés dans leur élan.

Je vote Sarkozy parce que je pense que la France est un grand peuple, à l’Histoire probablement plus grande encore, et qu’il faudra être à la hauteur.

Parce que se retrancher derrière la confortable illusion du hollandisme débonnaire serait une insulte à nos morts, à toutes les prouesses et à tous les panaches de nos rois, de nos généraux, de nos empereurs, de nos peintres, de nos musiciens et de nos poètes ; un crachat au visage de nos soldats tombés pour les merveilles d’un hexagone depuis des siècles, au visage de nos veuves, de nos orphelins, de nos pupilles ; un peuple qui élirait Hollande maintenant serait un fils indigne.

Il y a, en France, trop de talent, trop d’énergie, trop de génie, trop de culture et trop de force pour laisser cette manne étouffer sous le plomb idéologique des bas-du-front du PS.

Sarkozy a de la gueule. Il se tient mal, prend des libertés avec la syntaxe (« si y’en a que ça les démange de licencier… »), a pris Marie-Antoinette pour épouse et nommé Frédéric Lefebvre dans son gouvernement, mais il a de la gueule, et il porte des mocassins à glands, preuve s’il en fallait encore une de son appétit pour la transgression.

Je préfère voter comme Fabrice Luchini que comme Pascale Clark. Je préfère voter pour un ancien avocat que pour quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds dans une SARL. Je préfère voter pour quelqu’un qui cite Péguy dans ses discours que pour quelqu’un qui n’invoque personne, sinon cette vieille canaille de Mitterrand, lequel était de toute façon beaucoup plus à droite que Chirac. Je préfère voter pour quelqu’un qui veut moins de pauvres que pour quelqu’un qui va tout faire pour qu’il y ait moins de riches. Je n’ai pas envie de voir Harlem Désir dans un gouvernement, pas plus que je ne veux qu’Olivier Poivre d’Arvor s’installe rue de Valois et que la dame des 35h récidive.

J’aimerais bien qu’on laisse les gens qui ont sué toute leur vie transmettre quelque chose à leurs enfants. J’aimerais bien que les vieilles noblesses désargentées conservent leurs vieilles bâtisses, même si c’est pour y avoir froid l’hiver et devoir y passer tout leur été. J’aimerais bien qu’on garde quelques usines, qu’on fabrique encore des voitures, des avions, des trains et des services en porcelaine. J’aimerais bien qu’on puisse encore rêver de devenir milliardaire, capitaine d’industrie, richissime patron de presse ou rock star défoncée de chagrin. J’aimerais bien qu’on n’oublie pas que la France est la fille aînée de l’Eglise, qu’elle n’a pas commencé à la Révolution et que Versailles est autre chose qu’un musée où on peut impunément accrocher des homards en plastic dans la galerie des glaces. Je vote Sarkozy parce qu’en écrivant ça, deux jeunes et sympathiques businessmen à l’accent chantant, qui disent « compagnie » pour « société », assis à la table d’à côté, me disent qu’ils vont voter pour lui, et que je préfère voter comme eux que comme les deux bobos de l’autre table qui parlent d’Eric Rohmer avec un air blasé.

Je vote Sarkozy parce que j’aime la France, et je veux qu’elle garde son âme, qu’elle reste cette patrie conquérante et fière qui met les pieds dans le plat, « la République une et indivisible, notre royaume de France » ; je veux la France forte, je vote Sarkozy et toutes les larmes de tous les inrockuptibles réunis n’y pourront rien changer.



Rue89 a un bon lectorat débile

N’étaient-ce les commentaires désobligeants des internautes, qui semblent manger de la haine au petit-déjeuner, je ne répondrais pas à l’article que Gaspard Dhellemmes a publié le 21 décembre sur Rue89. N’était-ce, aussi, la lecture ce week-end de K 310, journal 2000 de Renaud Camus, année de l’effarante « affaire » qui porte son nom, relatant le cauchemar qu’il a été contraint de vivre lorsque quelques habituels nantis du milieu médiatique (je n’ajoute pas culturel) ont voulu le faire passer pour un antisémite, parce qu’il n’y a plus beaucoup d’écrivains antisémites, et que c’était enfin l’occasion pour eux de faire de grands discours en se prenant pour des héros de la résistance. Il faut garder toutes proportions : ses lyncheurs étaient le ministre de la Culture, Catherine Tasca, la directrice de France Culture, Laure Adler, le patron du Monde, Edwy Plenel, et quelques éminences lettrées comme Patrick Kéchichian ou Philippe Sollers ; les miens sont des planqués sous pseudonymes. Si l’on doit juger l’importance de quelqu’un à l’aune de la qualité de ses ennemis, je suis bien, comme dans mon précédent « post » sur ce blog, et contrairement à ce que certains supputent, un pauvre petit étudiant.

 

Le portrait que me consacre le site internet du vénérable Pierre Haski me fait passer pour un branché mondain et rigolo, ce qui ne manque pas de sel pour qui a lu Le soleil, l’herbe, et une vie à gagner, ouvrage que certains ont presque réprimandé pour sa trop grande proximité avec « la tristesse fondamentale d’exister ». Je ne suis pas, hélas, le queer dépeint sans fondement par certains internautes. Je n’ai pas la légèreté suffisante. Je n’ai pas d’amitié pour Christine Boutin par provocation, par ambition ou parce que je suis pour hommes, comme dit Verlaine (« Vice d’être pour hommes et sans qu’ils s’en doutassent / Nous encagnions ces cons avec leur air bonnasse… »), j’ai de l’amitié pour Christine Boutin parce qu’elle est aimable au sens strict, parce qu’elle est drôle (oui, nous rions beaucoup, cher Franck), parce qu’elle défend une certaine idée de la famille, de ce qui reste du « vivre-ensemble », de la France comme une vieille nation, parce qu’elle ne reste pas muette face au sort que nous réservons aux détenus, parce qu’elle est, en effet, seule contre tous, j’en passe. Je n’ai pas l’impression d’être un quelconque alibi, il me semble que les bouleversements mondiaux dont la crise économique nous a fait prendre conscience ont au moins la vertu de débarrasser la politique de ses cosmétiques en la recentrant sur des problèmes plus denses, et donc d’écarter cette fâcheuse manie qui consiste à s’armer d’un Arabe quand on est accusé de racisme, d’un Juif quand on est suspecté d’antisémitisme, etc ; je crois au libre arbitre des individus et je récuse l’idée des communautés pensant comme un seul homme, et, par voie de conséquence, l’idée que quiconque prétende parler en mon nom en s’exprimant au nom de la « communauté homosexuelle », de la même façon que si j’étais Noir, je ne me laisserais pas porter la parole par le Cran. J’enjoints donc M. Bartholomé Girard, président de SOS homophobie, à se renseigner davantage avant de répondre à la presse, notamment lorsqu’il affirme que Mme Boutin considère les homosexuels comme des sous-citoyens, ce qu’elle n’a jamais déclaré (mais peut-être ce triste sire est-il comme ceux qui s’en sont pris à Renaud Camus en 2000, peut-être cherche-t-il des homophobes partout afin de justifier l’existence de l’association qu’il préside, et des générosités publiques dont elle bénéficie).

 

Il est exact que je me sens tout à fait proche des propositions du Parti Chrétien-Démocrate, comme il est exact que j’ai précisé à M. Dhellemmes que mon suffrage irait, selon toute probabilité, à Nicolas Sarkozy plutôt qu’à la présidente de l’organisation politique pré-citée, parce que je pense qu’il est un président de la République efficace et que la prise du pouvoir par la gauche aurait des conséquences dramatiques et irréversibles. Les commentateurs de l’article, dans un déferlement qui parfois contient la matière nécessaire à un procès pénal, me reprochent, entre autres choses, de n’avoir lu que vingt livres (c’est en effet ce qui est écrit dans celui que j’ai publié en septembre, mais, hélas peut-être pour eux, je me suis un peu rattrapé depuis) : à lire leurs insultes, il semblerait que leurs propres plongées dans la littérature ne leur ont pas fourni beaucoup d’enseignements en matière de syntaxe, de grammaire et d’orthographe, et si vraiment ils ont pris la peine de faire ce détour, « cette façon d’aller voir chez les morts, entre les livres, entre les pins, entre les tombes, ce qu’il est de nous-mêmes, du monde et de la vie », les auteurs qui sont passés par leurs mains et leurs yeux ont de quoi désespérer. Internet et le libre cours qui y est laissé aux prises de parole anonymes offre un tableau assez clair de ce qu’est la foule, de ce qu’elle est encore, une foule lyncheuse, aigrie, stupide, composée d’individus s’entraînant les uns les autres dans les bas sentiments, comme au bon vieux temps des exécutions sur la place publique, des passages à tabac, des lapidations, comme ces trognes moyen-âgeuses du clap de fin des Visiteurs où ce pauvre Jacques-Henri Jacquart peine à se relever d’une flaque de boue sous les quolibets édentés. Ce sont ces mêmes trognes qui aujourd’hui se déchaînent, simplement ils n’ont plus les trognes, juste les quolibets, et ce sont les mêmes quolibets, à la fois sinistres et décourageants, presque effrayants.

 

Par ailleurs et pour conclure, contrairement à ce qui est écrit sur Rue89, je ne pourfends pas le relativisme culturel, bien au contraire : j’ai trouvé autant d’intérêt, et j’ai éprouvé autant d’admiration, pour Rien de grave que pour L’adieu aux armes, et il me semble, dans la même ligne, que La Ritournelle de Sébastien Tellier n’est pas très loin d’atteindre les cimes où planent les cantates de Bach. On peut être un réactionnaire approximatif.

 



les liaisons heureuses

Charles et Thierry Consigny dialoguent avec Jean-Christophe Grangé, dans Les liaisons heureuses (Colombe Schneck), sur France Inter :

http://www.franceinter.fr/emission-les-liaisons-heureuses-thierry-et-charles-consigny-et-jean-christophe-grange



Interview sur lecteurs.com

A propos de littérature, de psychanalyse, de Renaud Camus :

http://www.lecteurs.com/article/interview-de-charles-consigny-pour-son-premier-roman