Rue89 a un bon lectorat débile

N’étaient-ce les commentaires désobligeants des internautes, qui semblent manger de la haine au petit-déjeuner, je ne répondrais pas à l’article que Gaspard Dhellemmes a publié le 21 décembre sur Rue89. N’était-ce, aussi, la lecture ce week-end de K 310, journal 2000 de Renaud Camus, année de l’effarante « affaire » qui porte son nom, relatant le cauchemar qu’il a été contraint de vivre lorsque quelques habituels nantis du milieu médiatique (je n’ajoute pas culturel) ont voulu le faire passer pour un antisémite, parce qu’il n’y a plus beaucoup d’écrivains antisémites, et que c’était enfin l’occasion pour eux de faire de grands discours en se prenant pour des héros de la résistance. Il faut garder toutes proportions : ses lyncheurs étaient le ministre de la Culture, Catherine Tasca, la directrice de France Culture, Laure Adler, le patron du Monde, Edwy Plenel, et quelques éminences lettrées comme Patrick Kéchichian ou Philippe Sollers ; les miens sont des planqués sous pseudonymes. Si l’on doit juger l’importance de quelqu’un à l’aune de la qualité de ses ennemis, je suis bien, comme dans mon précédent « post » sur ce blog, et contrairement à ce que certains supputent, un pauvre petit étudiant.

 

Le portrait que me consacre le site internet du vénérable Pierre Haski me fait passer pour un branché mondain et rigolo, ce qui ne manque pas de sel pour qui a lu Le soleil, l’herbe, et une vie à gagner, ouvrage que certains ont presque réprimandé pour sa trop grande proximité avec « la tristesse fondamentale d’exister ». Je ne suis pas, hélas, le queer dépeint sans fondement par certains internautes. Je n’ai pas la légèreté suffisante. Je n’ai pas d’amitié pour Christine Boutin par provocation, par ambition ou parce que je suis pour hommes, comme dit Verlaine (« Vice d’être pour hommes et sans qu’ils s’en doutassent / Nous encagnions ces cons avec leur air bonnasse… »), j’ai de l’amitié pour Christine Boutin parce qu’elle est aimable au sens strict, parce qu’elle est drôle (oui, nous rions beaucoup, cher Franck), parce qu’elle défend une certaine idée de la famille, de ce qui reste du « vivre-ensemble », de la France comme une vieille nation, parce qu’elle ne reste pas muette face au sort que nous réservons aux détenus, parce qu’elle est, en effet, seule contre tous, j’en passe. Je n’ai pas l’impression d’être un quelconque alibi, il me semble que les bouleversements mondiaux dont la crise économique nous a fait prendre conscience ont au moins la vertu de débarrasser la politique de ses cosmétiques en la recentrant sur des problèmes plus denses, et donc d’écarter cette fâcheuse manie qui consiste à s’armer d’un Arabe quand on est accusé de racisme, d’un Juif quand on est suspecté d’antisémitisme, etc ; je crois au libre arbitre des individus et je récuse l’idée des communautés pensant comme un seul homme, et, par voie de conséquence, l’idée que quiconque prétende parler en mon nom en s’exprimant au nom de la « communauté homosexuelle », de la même façon que si j’étais Noir, je ne me laisserais pas porter la parole par le Cran. J’enjoints donc M. Bartholomé Girard, président de SOS homophobie, à se renseigner davantage avant de répondre à la presse, notamment lorsqu’il affirme que Mme Boutin considère les homosexuels comme des sous-citoyens, ce qu’elle n’a jamais déclaré (mais peut-être ce triste sire est-il comme ceux qui s’en sont pris à Renaud Camus en 2000, peut-être cherche-t-il des homophobes partout afin de justifier l’existence de l’association qu’il préside, et des générosités publiques dont elle bénéficie).

 

Il est exact que je me sens tout à fait proche des propositions du Parti Chrétien-Démocrate, comme il est exact que j’ai précisé à M. Dhellemmes que mon suffrage irait, selon toute probabilité, à Nicolas Sarkozy plutôt qu’à la présidente de l’organisation politique pré-citée, parce que je pense qu’il est un président de la République efficace et que la prise du pouvoir par la gauche aurait des conséquences dramatiques et irréversibles. Les commentateurs de l’article, dans un déferlement qui parfois contient la matière nécessaire à un procès pénal, me reprochent, entre autres choses, de n’avoir lu que vingt livres (c’est en effet ce qui est écrit dans celui que j’ai publié en septembre, mais, hélas peut-être pour eux, je me suis un peu rattrapé depuis) : à lire leurs insultes, il semblerait que leurs propres plongées dans la littérature ne leur ont pas fourni beaucoup d’enseignements en matière de syntaxe, de grammaire et d’orthographe, et si vraiment ils ont pris la peine de faire ce détour, « cette façon d’aller voir chez les morts, entre les livres, entre les pins, entre les tombes, ce qu’il est de nous-mêmes, du monde et de la vie », les auteurs qui sont passés par leurs mains et leurs yeux ont de quoi désespérer. Internet et le libre cours qui y est laissé aux prises de parole anonymes offre un tableau assez clair de ce qu’est la foule, de ce qu’elle est encore, une foule lyncheuse, aigrie, stupide, composée d’individus s’entraînant les uns les autres dans les bas sentiments, comme au bon vieux temps des exécutions sur la place publique, des passages à tabac, des lapidations, comme ces trognes moyen-âgeuses du clap de fin des Visiteurs où ce pauvre Jacques-Henri Jacquart peine à se relever d’une flaque de boue sous les quolibets édentés. Ce sont ces mêmes trognes qui aujourd’hui se déchaînent, simplement ils n’ont plus les trognes, juste les quolibets, et ce sont les mêmes quolibets, à la fois sinistres et décourageants, presque effrayants.

 

Par ailleurs et pour conclure, contrairement à ce qui est écrit sur Rue89, je ne pourfends pas le relativisme culturel, bien au contraire : j’ai trouvé autant d’intérêt, et j’ai éprouvé autant d’admiration, pour Rien de grave que pour L’adieu aux armes, et il me semble, dans la même ligne, que La Ritournelle de Sébastien Tellier n’est pas très loin d’atteindre les cimes où planent les cantates de Bach. On peut être un réactionnaire approximatif.

 



Lettre à François Baroin, ministre de l’Economie et des Finances

M. François Baroin
Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie
139, rue de Bercy 75012 Paris

Copies :
M. Baudouin Prot
BNP Paribas
16, boulevard des Italiens 75009 Paris

M. Serge Poignant
Président de la Commission des affaires économiques
Assemblée Nationale
126 rue de l’Université 75355 Paris 07 SP

M. Laurent Mauduit
Mediapart
8, passage Brulon 75012 Paris

Documents joints :
arrêt de la Cour de cassation, chambre commerciale, 5/02/2008
article du Figaro, 17/03/2010

Paris, le 16 novembre 2011

Monsieur le Ministre,

Nous savons par la presse que le chef de l’Etat refuse désormais de recevoir les dirigeants des banques françaises, exaspéré qu’il est par la stupéfiante incompétence dont ils ont fait preuve depuis le début de la crise mondiale, fin 2008. Il ferait pourtant bien de convoquer ces messieurs de temps en temps, afin de leur rappeler que l’escroquerie, le vol, la spoliation, l’atteinte à la propriété privée, les clauses abusives dans les contrats, l’enrichissement sans cause, sont des infractions punies par la loi.

Mon cas est aussi dérisoire que ma colère est grande. Je peux affirmer sans mentir que je parle ici au nom des millions de petits épargnants qui ont eu, un jour, la joie de faire les frais des manoeuvres malhonnêtes de leurs banques, et qui n’ont rien dit, qui n’ont rien pu faire, qui ont considéré que contre des groupes si puissants et si riches, on ne peut que perdre, perdre encore plus.

Le 3 novembre 2011, la S.A. BNP Paribas m’a facturé, sans accord préalable de ma part, la somme de 25,15€ au titre de l’envoi d’une lettre m’informant que mon compte était débiteur. J’entends bien que, soucieuse de limiter ses dépenses, cette société recrute des analphabètes pour pouvoir leur verser des salaires dérisoires, et qu’il leur faut par conséquent un temps fou pour rédiger un courrier, dont le texte est pourtant préparé à l’avance, mais vous conviendrez avec moi que 25,15€ la lettre, c’est un peu cher payé, d’autant que la somme est prélevée sans sommation sur les fonds de quelqu’un qui se trouve, par définition, déjà plongé dans une situation difficile. Pour information, je suis étudiant, ne bénéficie d’aucune largesse particulière autre que la sollicitude de mes parents, et n’ai évidemment pas les moyens de répondre favorablement à toutes les tentatives d’escroquerie.

J’ai donc pris mon téléphone pour demander à ma chargée de clientèle sinon un remboursement, au moins une explication claire de ce qui ressemble fort à un vol (tel qu’il est défini à l’article 311-1 du Code pénal : « Le vol est la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui. »), et suis tombé, quelle surprise, sur un répondeur annonçant le congé de Melle Danguy. C’est donc par un email (que je n’ai, moi, pas eu l’idée de facturer à la BNP Paribas) que j’ai exprimé mon agacement, et réclamé un retour immédiat de la somme litigieuse. La brave femme m’a répondu, deux jours plus tard, que non seulement il n’en serait rien, mais qu’en plus, si d’aventure la situation l’exigeait, je recevrais de nouveau une lettre semblable, qui me serait elle aussi facturée.

L’absurdité de la procédure se passe de commentaire : vous êtes à découvert, la banque aggrave votre cas, comme la banque aggrave votre cas, votre découvert se creuse, comme votre découvert se creuse, la banque aggrave encore votre cas. Les logistes grecs auraient de quoi se tordre de rire.

Votre prédécesseur, madame Lagarde, avait pourtant (cf. article du Figaro ci-joint) « tapé du poing sur la table » contre ce type de pratiques. En commandant un rapport (à deux banquiers, c’est la meilleure), elle avait exprimé le souhait de, pêle-mêle, « protéger les consommateurs », « faire la lumière sur la cascade de frais bancaires, la facturation de services jusqu’à présent gratuits, la mise en place de systèmes de frais forfaitaires qui comprennent parfois des services que les consommateurs n’utilisent pas », « s’assurer qu’il n’y a pas d’abus », etc. Qu’en est-il aujourd’hui, monsieur le Ministre, de ces pieuses volontés ? Rien.

Votre gouvernement, vos services, votre majorité, n’ont rien fait depuis la remise de ce rapport. Peut-être par manque de courage, peut-être parce que vous obéissez à des intérêts autres que ceux du peuple français, que sais-je. Mais, s’il n’y a pas de pouvoir exécutif pour s’assurer que les droits des citoyens ne sont pas piétinés, il y a une autorité judiciaire. Celle-ci, par la voix de la Cour de cassation, a déclaré illégaux les comportements sus-cités.

Sa chambre commerciale, en effet, dans un arrêt rendu le 5 février 2008, publié au bulletin, que j’ai pris soin de reproduire et de joindre à ce courrier, a censuré la Cour d’appel de Rennes, pour violation des articles 1134 et 1907 du Code civil, et L. 313-1 du Code de la consommation, en ce que cette dernière avait considéré qu’étaient exclus de l’assiette du taux effectif global (TEG) les frais divers, que ceux-ci n’avaient pas la nature d’un complément d’intérêts déguisés, qu’ils couvraient des frais d’enregistrement comptable des opérations qui rémunéraient un service, qu’elle avait retenu que ces « frais de forçage » étaient exigibles lors de chaque incident, qu’ils étaient distincts de l’opération de crédit proprement dite que constitue le découvert, et qu’ils constituaient la rémunération d’un service offert par la banque pour permettre d’honorer une transaction.

Pourquoi cette jurisprudence reste-t-elle lettre morte ? Pourquoi laissez-vous sciemment les grandes institutions financières exproprier leurs clients ? Sommes-nous encore en démocratie, quand des groupes privés peuvent impunément faire fi de principes constitutionnels, sans que personne, ni au Gouvernement ni au Parlement, ne lève un sourcil ? Le ministre de l’Economie et des Finances est-il monsieur Baroin ou monsieur Prot ? Que dirait la BNP Paribas si j’allais tranquillement me servir dans ses fonds ? Ne crierait-elle pas immédiatement au délit pénal ? La loi est-elle encore la même pour tous, ou bien l’adage bien connu de La Fontaine, qui veut que « selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir », est-il criant d’actualité ?

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen dispose, en son article 6, que « la loi est la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. » ; en son article 15, que « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration » ; en son article 17, que « la propriété privée étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité. »

Moi, Charles Consigny, petit étudiant de rien du tout, petit citoyen français inaudible, je vous demande solennellement, monsieur le Ministre, au nom d’une certaine idée de la France que vous vous plaisez parfois à invoquer, de mettre un terme à cette gigantesque escroquerie. Je vous demande d’être du côté du peuple, du côté des sans-grades, des petites gens, des opprimés, des obscurs, de ceux qui n’ont que leurs bras pour se battre et leur âme pour prier, que leur coeur pour aimer et leurs cris pour survivre. Je vous demande de mettre au pas, de façon définitive, ceux qui se croient au-dessus du droit parce que vous les laissez faire. Je vous demande de déposer un projet de loi devant l’Assemblée Nationale pour interdire clairement, sans ambiguïtés, sans dérogations et sans contournements possibles, ces méthodes scandaleuses, et j’affirme que c’est là votre devoir le plus élémentaire, le plus strict, le plus minime. Je vous demande d’être à la hauteur du mandat qui est le vôtre, et que vous n’exercez que parce que le peuple, par son souverain suffrage, a bien voulu qu’il en soit ainsi.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de croire, monsieur le Ministre, en l’assurance de ma considération.



les liaisons heureuses

Charles et Thierry Consigny dialoguent avec Jean-Christophe Grangé, dans Les liaisons heureuses (Colombe Schneck), sur France Inter :

http://www.franceinter.fr/emission-les-liaisons-heureuses-thierry-et-charles-consigny-et-jean-christophe-grange



le prolétariat culturel

Certains dimanches, à l’heure de la soupe, je vais non sans entrain participer au Forum Citoyen d’Europe 1. Sous l’autorité bienveillante de Wendy Bouchard, avec le concours du sociologue Denis Muzet, nous sommes « quatre Français », quatre Français banals, à débattre des sujets qui ont fait l’actualité de la semaine écoulée. C’est, bien sûr, le café du commerce, une dose de stress et pas mal de publicité en plus, mais j’en tire chaque fois une sorte de sentiment général, une impression, qui me laisse souvent songeur.

Je vais proposer ici une idée bien antipathique, qui ne manquera pas, dans l’ère où tout et tout le monde est sommé d’être sympa, de faire grimacer. Un des éléments frappants à tirer de ces débats, c’est le désert intellectuel. J’avais à ma gauche une jeune femme, enseignante syndiquée, votante satisfaite de François Hollande, qui s’est entre autres indignée que la France perçoive des intérêts sur les prêts consentis à la Grèce. Elle disait : « soit on est solidaires, et on prête gratuitement, soit on ne l’est pas, et là mon Dieu (enfin, elle ne disait pas « mon Dieu », car elle se félicitait de l’appauvrissement spirituel de l’Occident que votre serviteur avait soumis à discussion), et là… je suis choquée ».
Une enseignante, c’est au moins un bac + 5.

Dans La Grande déculturation, Renaud Camus écrit, au sujet des universités : « Ces lieux prolétaires et souvent lumpenprolétariens produisent naturellement et sans surprise des prolétaires, au mieux des petits-bourgeois, et peu importe que ceux-ci soient avocats, médecins, hommes d’affaires, professeurs de lycée ou de faculté (« … pour faire la recherche que j’avais envie… »).
Ils produisent, mais à présent en masse, ce type humain tragique depuis longtemps, repéré et décrit par la littérature, le diplômé sans culture, l’instruit sans éducation, le bourgeois sans bourgeoisie, le « cadre », le « bac + 5 », (ou +8, ou +12). Ils produisent en masse des prolétaires culturels, des prolétaires de civilisation, des prolétaires en usage du monde et d’abord de la langue. La seule chose qu’ils ne produisent pas ce sont de vrais prolétaires, des prolétaires disposés à faire encore un travail de prolétaires. L’enseignement de masse, sans engendrer d’élite élargie ni même assurer, bien loin de là, le renouvellement ou le maintien de l’élite ancienne, éradique progressivement, aussi sûrement qu’il a éradiqué la classe cultivée, la classe ouvrière, dont les fonctions sont assurées peu ou prou – mais combien de temps cela peut-il durer ? – par le moyen de délocalisations d’une part (le travail est fait ailleurs), de l’immigration d’autre part (le travail est fait sur place par de nouveaux venus). »

C’est ce que nous avions en l’espèce. Une jeune femme qui, mêlant cul-cul-tisme et défaut patent d’information, ne parvenait pas à entendre qu’une nation se devait avant tout de défendre ses intérêts et ceux de ses nationaux. Que les enjeux financiers mondiaux, dans la tempête actuelle, ne permettent pas de se laisser aller à une solidarité excessive (ni, d’ailleurs, d’engager davantage de professeurs, comme elle l’a réclamé un peu plus tôt, affirmant sans faillir qu’elle préférait ne pas faire d’heures supplémentaires). Mais, surtout, ce qui transperçait le discours de cette pauvre prof’ dont la vie est, peut-être, bien difficile, c’est qu’elle attend tout de ses « responsables politiques », n’imaginant pas, ne comprenant pas que sans son concours, ils ne peuvent pas grand chose. Des types comme Nicolas Sarkozy pourront se battre avec le temps et l’espace autant que leur corps les y autorisera, et ce sera bien la moindre des choses qu’ils le fassent, ils ne pourront pas beaucoup, vraiment pas beaucoup, tant qu’il sera des gens pour croire qu’ils ne sont pour rien dans leur propre misère, leur propre déchéance culturelle, leur propre paresse, leur bêtise volontaire. Parce qu’on ne se fait pas élire en disant que les peuples y sont pour quelque chose dans leur abaissement, les peuples finissent par penser que tout ce qui leur arrive n’est dû qu’à ceux qu’ils ont élu. Ils font le strict minimum, le minimum syndical, c’est-à-dire moins que le minimum vital, puis viennent se plaindre des méchants ministres, les accusant pêle-mêle de racisme, d’ambition, de démagogie, voire de politique (« oh mais comment !, untel prend ces mesures pour des raisons politiques ? »). Et l’idée de « prolétaires culturels » revient au galop, l’enseignante et ses clones ne sachant même plus de quoi le réel est fait, à force de n’avoir pas fait cet indispensable détour, « cette façon d’aller voir chez les morts, entre les livres, entre les pins, entre les tombes, ce qu’il est de nous-mêmes, du monde et de la vie ». Au moment où je rédige ces lignes l’académie Goncourt est venue apporter son coup de marteau à l’effondrement, en décernant son prix à L’Art français de la guerre, un roman que notre enseignante pourrait bien trouver formidable.