Et quand dans la nuit noire on ne voit que les ombres
Dans un sommeil profond, les hommes n’existent plus
Seuls apparaissent alors
Société marginale
Quelques oiseaux de nuit, qui s’aiment dans la pénombre.



Paris, Los Angeles

C’était un de ces soirs de la fin de l’hiver, un hiver qui n’en finissait pas, alternant les jours de grand soleil aux jours de neige, j’étais seul dans mon appartement, où j’avais passé la mâtinée à lire, travaillant à distance, et sans grand entrain ; je me levais parfois, pour aider la femme de ménage à réparer les dégâts du week-end, ou pour fumer une cigarette, j’étais en effet installé dans la chambre de ma mère, et ne m’autorisais pas à y fumer une cigarette, parce que son père en est mort. Lire, le premier ouvrage de Bret Easton Ellis, Moins que zéro, au bout d’une vingtaine de pages je compris que c’était un pur chef d’œuvre, donc j’y ai passé la mâtinée, et il m’en reste encore la moitié, un bon livre comme un verre de bon vin, à moitié plein, et les délices de savoir qu’il en reste la moitié – ce qui arrive avec toutes sortes de choses, avis aux initiés. C’était un de ces soirs d’hiver où je sentais le temps passer, m’échapper, où je lisais ce bouquin écrit par un petit homme de vingt ans, résidant Los Angeles, me faisant prendre conscience que j’avais dix-neuf ans, résidant Paris, et qu’il fallait que je me grouille si je voulais qu’il soit inscrit au dos du cahier « âgé de seulement vingt ans, l’auteur… » ; bêtement, je pensais ça, alors que ce genre de formule vaut au moins jusqu’à l’âge de vingt-trois ans. Un soir d’hiver sans conséquence, sans enthousiasme mais sans déprime, entre un cinéma (L’Autre) et un verre à deux pas de chez moi, passage éclair par la maison pour y déposer quelques affaires encombrantes et féminisantes (des sacs en toile, je déteste avoir des sacs, les sacs c’est pour les femmes, allez, comme le rose) ; un soir d’hiver comme ça, perdu à ne rien bâtir, comme la plupart des soirs d’hiver.



César en son palais

Porter son attention sur les craintes des peuples importe plus au sociologue qu’au poète, ce numéro des peurs n’étant pas celui d’un magazine populiste (mais non moins populaire, et pas plus élitiste), qu’en est-il de celles vécues par celui qui domine l’ours, inventaire des équipes hiérarchisées dans leur plus simple appareil ? Le succès des uns fait le malheur des mêmes : à mesure que l’on gravit les marches peut apparaître quantité d’ennemis et de sentiments jaloux, et quand l’individu a atteint les sommets, même s’il est resté bon il redoute fatalement ce que décrit Vigny dans ces quelques vers :

« Sitôt que votre souffle a rempli le berger,
Les hommes se sont dit : « Il nous est étranger » ;
Et leurs yeux se baissaient devant mes yeux de flamme,
Car ils venaient, hélas ! d’y voir plus que mon âme.
J’ai vu l’amour s’éteindre et l’amitié tarir ;
Les vierges se voilaient et craignaient de mourir.
M’enveloppant alors de la colonne noire,
J’ai marché devant tous, triste et seul dans ma gloire,
Et j’ai dit dans mon cœur : « Que vouloir à présent ? »
Pour dormir sur un sein mon front est trop pesant,
Ma main laisse l’effroi sur la main qu’elle touche,
L’orage est dans ma voix, l’éclair est sur ma bouche ;
Aussi, loin de m’aimer, voilà qu’ils tremblent tous,
Et, quand j’ouvre les bras, on tombe à mes genoux.
Ô Seigneur ! j’ai vécu puissant et solitaire,
Laissez-moi m’endormir du sommeil de la terre ! »

Par chance, je suis encore dans les tous premiers étages de l’ascenseur social, et ne m’applique pas cette crainte, ayant seulement souhaité faire découvrir le texte à ceux qui, d’aventure, ne l’aurait jamais lu, et cherchant au départ à le caser dans l’édito, ce qui s’est avéré incohérent.



La vie rêvée des anges

Hier et un peu aujourd’hui, tempête, vents violents, ce matin en allant à Boulogne, rencontrer celle qui règne en maîtresse sur les plans médias d’Hugo Boss, mon scooter menace de s’envoler, porté par la bourrasque. Je rêve deux secondes que des ailes poussent sur les côtés de la machine, et que celle-ci m’emmène vers le monde merveilleux des gens gentils qui marchent sur les nuages. Mon cerveau était probablement en état de suroxygénation. Qu’y a-t-il là-haut, dans le beau ciel bleu ? Dans un excès d’athéisme, je ne vois rien, juste l’arrêt du cœur et la fin d’une vie d’être humain, point à la ligne. Même pas un petit doute, même pas une petite étourderie, oh que j’aimerais avoir l’âme candide de ceux qui croient, non pas en Dieu, mais en quelque chose, quelque chose après…



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