26 mai
La crise, bah oui, la crise, la putain de crise, si difficile à vivre. La presse, la pauvre presse sur laquelle peu de gens parient et que des millions de personnes lisent tous les jours, toutes les semaines, toutes les saisons. On me parle d’Internet, les écrans nous pourrissent le cerveau, « l’interactivité », les « visiteurs uniques », je m’en cogne : le plaisir d’avoir entre les mains un livre d’art est sans comparaison. Car si la presse esthète rame, voire écope, par ces temps ombrageux, c’est bien parce qu’elle est sur-qualitative, et offre à ses exigeants lecteurs ce qu’ils devraient payer dix ou cent fois plus que le prix affiché.
Et moi dans tout ça, dans ce blog égotique, autocentré, celui de la génération de l’image de soi, de l’obsession de soi, de la surdimension de l’ego, altérée pour certains par les joints qui détruisent l’ambition, dopée pour d’autres par des pages Facebook qui érigent des non-gens au rang de petites stars, aussi appétissantes qu’éphémères, et moi habité par des doutes, en crise d’adolescence tardive, moi qui suis parachuté entre l’enfant et l’adulte, avec la nostalgie de l’insouciance et l’envie de grandir, et la peur de vieillir, déjà, regrettant mes dix-huit ans, harassé les combats, mais habité du désir profond de vaincre, d’écraser, de grimper. On peut en même temps détester les vanités et jouir du premier rang d’un défilé de mode, et rire intérieurement des regards médusés des rédactrices en chef qui se demandent qui est ce jeune homme en lunettes noires assis-là, entre le patron de la FFC et la Suzy Menkès française, déjà désabusé du show comme s’il les enchaînait depuis quinze ans.

