La crise, bah oui, la crise, la putain de crise, si difficile à vivre. La presse, la pauvre presse sur laquelle peu de gens parient et que des millions de personnes lisent tous les jours, toutes les semaines, toutes les saisons. On me parle d’Internet, les écrans nous pourrissent le cerveau, « l’interactivité », les « visiteurs uniques », je m’en cogne : le plaisir d’avoir entre les mains un livre d’art est sans comparaison. Car si la presse esthète rame, voire écope, par ces temps ombrageux, c’est bien parce qu’elle est sur-qualitative, et offre à ses exigeants lecteurs ce qu’ils devraient payer dix ou cent fois plus que le prix affiché.

Et moi dans tout ça, dans ce blog égotique, autocentré, celui de la génération de l’image de soi, de l’obsession de soi, de la surdimension de l’ego, altérée pour certains par les joints qui détruisent l’ambition, dopée pour d’autres par des pages Facebook qui érigent des non-gens au rang de petites stars, aussi appétissantes qu’éphémères, et moi habité par des doutes, en crise d’adolescence tardive, moi qui suis parachuté entre l’enfant et l’adulte, avec la nostalgie de l’insouciance et l’envie de grandir, et la peur de vieillir, déjà, regrettant mes dix-huit ans, harassé les combats, mais habité du désir profond de vaincre, d’écraser, de grimper. On peut en même temps détester les vanités et jouir du premier rang d’un défilé de mode, et rire intérieurement des regards médusés des rédactrices en chef qui se demandent qui est ce jeune homme en lunettes noires assis-là, entre le patron de la FFC et la Suzy Menkès française, déjà désabusé du show comme s’il les enchaînait depuis quinze ans.
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les arbres

Un « beau week-end de mai », je retrouvai cette maison dans laquelle j’ai tous mes souvenirs, les pires comme les meilleurs, et les meilleurs devenant les pires, l’ensemble revenait à mon âme, enfonçait sa porte, si fine, si frêle, et je pleurai dans ma chambre, pas dans celle de mon enfance non, une autre, plus belle et plus grande, qu’avec l’âge je m’étais appropriée.

Je revivais à la fois les sensations des séjours en famille, des sensations anciennes, avec l’impression que vraiment, c’était loin, loin dans le temps et loin de ce que j’étais devenu, et quand me revenaient comme des images des moments passés ici plus récemment, avec d’autres gens, et une façon différente d’appréhender ce lieu dont j’étais amoureux, c’était douloureux, parce que je n’avais plus les mêmes liens avec ces quelques êtres, et parce que j’avais l’impression d’avoir perverti Mantry, en y laissant entrer ces parias.

Je me rendais compte, peu à peu et sans trop y travailler, que ce « domaine », comme les nouveaux aiment l’appeler, était un peu l’incarnation matérielle de ma vie, ou de mon âme, de ce qu’il y a de plus chez un Homme et qui le différencie des animaux, des objets ou des imbéciles. Quand je passai ce portail branlant, c’était comme si j’entrai en moi-même, avec toute la force et le profond désarroi que cela comporte, et quand j’y faisais entrer tel ou tel, et que j’y vivais quelque chose avec X ou Y, la valeur de l’instant devenait tout à coup inestimable, comme mystique. J’étais alors là, sur mon lit, bercé par les chants des oiseaux, la lumière de la campagne et les bruits des autres, parfaitement seul dans ce ressenti que personne ne pouvait comprendre.



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