Les Petits Ecoliers

Retour à Paris sur les chapeaux de roues. Après le camping sauvage en Grèce et le confort grossissant du château de ma mère, les délices de la lecture du livre de Sacha Sperling, Mes illusions donnent sur la cour, chef d’œuvre parmi les chefs d’œuvres – qui arriva, dans l’ordre chronologique de mon été, après Guibert, Irving, Radiguet et Kundera, et qui n’en a pas pâli pour autant, pas une seconde ; après un repos extraordinaire, inhabituellement long et profond, un repos total du corps comme de l’esprit : un vide, en fait ; après des nuits passées à dormir et des journées à lire, somnoler et bavasser, je retrouve l’agitation et le snobisme parisiens, les visages gris du Marais – qui, semble-t-il, ont passé leurs vacances dans une cave – et la frénésie d’un milieu (la mode) qui tourne en rond, et finit par imploser sans prévenir.

Je trouve ça délicieux. Le travail plus que le reste, finalement : hier je vois mon père triste, qui semble fournir un effort surhumain pour émettre quelques mots, lents, difficiles, je vois sur ses épaules toute la misère du monde, je vois un repli vers son fils de cinq ans, adulé comme le Christ parmi les vivants, je vois que quelque chose ne tourne pas rond, pas rond du tout. Sa femme Isabelle est plutôt souriante, c’est la force des femmes : elles savent faire illusion, ou passer outre. Les pires horreurs sont débitées par les directeurs de pub avec qui je converse toute la journée : à les entendre, l’intégralité de la presse magazine française est en train de se noyer, les gens pleurent dans des emails de dix pages, chacun agonise et appelle au secours des marques qui passent à côté des baigneurs en détresse comme vous et moi devant un clochard mort de faim. La situation de monopole exercée par Vogue, Elle, Madame Figaro et Marie-Claire devient chaque seconde plus insupportable, laissant sur le carreau des milliers de petites mains probablement plus imaginatives et moins pourries que toutes ces baronnes engraissées aux petits fours, soigneusement planquées derrière des bustiers en croco qui aplatissent leurs estomacs, devenant aussi fins que la carte de crédit noire de la déesse Roitfeld, reine parmi les reines, sans raison valable – et je défends quiconque lira ces lignes de venir me prouver le contraire.

Mais la motivation de se faire une place, même petite, aux côtés de cette faune qui sent aussi mauvais qu’un cuir neuf de voiture se fait à tout instant plus forte, plus viscérale, et je l’ai là, « chevillée au corps » comme disait l’autre, comme un fusil sans fleur, comme une tronçonneuse sertie de diamants noirs – synthétiques, le diamant noir n’existe pas, et j’irai massacrer, avec mes camarades de Citizen K, Standard, Keith et autres Stiletto, couper la part moi-même du gâteau médiatique, et ce sans trop penser à sa taille réduite qui le fait ressembler au petits macarons des vitrines… Pierre Hermé.



les ombres transparentes

Dans les rues mal famées d’Athènes, un homme tient une seringue à la main, il marche péniblement, courbé, sans direction précise, il me regarde, l’œil est torve et incertain, l’expression pathétique, le visage défoncé. Quelques mètres plus loin gît un junkie, mort, sa peau est verte, son corps, famélique. J’entre dans un hôtel pour y trouver une chambre, ce sont quatre putes qui me font face : elles sont mineures et ressemblent à des spectres, une grosse femme attend derrière son comptoir, dans le fond, éclairée au néon.
A Mykonos, la communauté gay qui a fait la réputation de l’île, avec ses spectacles, ses soirées costumées, sa débauche et ses clichés a laissé place à des hordes d’Italiens beaufs, vingt ans de moyenne d’âge, imbibés d’alcool, violents et abrutis par la vacuité de leurs vacances, qui laisse entrevoir la maigre consistance du reste de leurs années. Sur les plages, nous n’avons vu qu’une lectrice, entre les mains : Dan Brown. L’entrée des boîtes de nuit vaut trente-cinq euros, il y a quatre serveurs pour mille cinq cents personnes.
Koufounissa, qu’on orthographie comme on veut, est une merveille presque déserte, sauvage, aride. Pas de mot pour exprimer l’infinie beauté de ce premier dîner sur l’île où, atterrissant dans un bouiboui perdu au bord d’une route, face à une mer somptueuse, nous commandons au hasard de la carte, pour que vingt minutes plus tard apparaisse sur la table un véritable festin, digne d’un roman classique relatant les errances d’un quelconque voyageur, auteur mélancolique.
Et puis Schkinoussa, comme un arrondissement de Paris, où les cartes sont en français et les femmes en Vanessa Bruno, repaire bobo où l’entre-soi semble être l’indéfectible règle d’une caste qui se disait ouverte et jouit du consensuel comme protection solide dans ses prises de position.
Partout les estivants s’explosent le crâne à l’Ouzo. Partout chacun tient dans sa main une bouteille d’eau. Les maisons sont blanches et leurs volets sont bleus, les peaux sont brûlées et les chemises légères, la musique est la même qu’ailleurs. C’est la Grèce.



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