quelques jours à l’île d’Yeu

Je reste des heures tout seul dans la maison pendant qu’ils vont faire telle ou telle chose, et prends à nouveau conscience de l’importance capitale, salutaire, je dirais même sanitaire, d’un peu de solitude et d’ennui. Au son de la Sonate au Clair de Lune, ou de Veridis Quo, une merveille de Daft Punk, je regarde cette maison témoin et me souviens de l’été passé ici, cet été si étrange où était né mon premier amour pour un jeune transalpin. Je me rends compte que depuis, il n’y en a pas eu d’autre, mais n’arrive pas à savoir s’il est encore présent dans un recoin de mon coeur, peut-être que je préfère ne pas savoir. Je repense aussi au film de Diane Kurys sur Françoise Sagan, et me demande si ce n’est pas un peu la même chose ici, une maison acquise à grands frais, des litres de bon vin et des conversations qui n’en finissent pas, notre hôte qui fait résonner parfois des colères déraisonnables, et moi qui lui réponds sur le même ton, et ce volume qui monte entre nous, avec une grande violence, une agressivité mutuelle, dont j’ignore encore la cause. Peut-être sommes nous tous deux trop égocentriques, trop en demande de lumière, d’intérêt de l’entourage pour nos considérations philosophiques, politiques ou sociologiques que nous déblatérons sous l’effet des alcools, peut-être sommes-nous trop semblables, trop similaires malgré les dizaines d’années qui nous séparent, et puis il y a bien sûr les différences de vues, sur l’homosexualité, sur la bourgeoisie, sur la liberté. Pour lui, cette dernière s’accomplit dans la débauche, la fête et le sexe, il l’oppose sans cesse à ceux qu’il accuse de castrer les nouvelles générations ; pour moi la liberté, c’est être en paix avec soi-même et avec les autres, et c’est une quête qui ne peut qu’être servie, entre autres, par des valeurs solides et un cadre moral, par l’émancipation à toutes les addictions qui nous pourrissent la vie autant qu’elles la font jouir. Plus le temps passe et plus je prends conscience que tous ces dériveurs abreuvés de Whisky, de psychotropes infâmes et de pornographie ne sont que des esclaves, qui en rejetant le monde tel qu’il nous est offert finissent par dépérir et verrouiller seuls les portes du pénitencier qu’ils ont eux-mêmes bâti. Des morceaux de Bach glissent doucement dans mes oreilles, je me dis que ce doit être ça aussi la liberté, pouvoir écouter ce piano merveilleux sans que nul ne vienne l’interrompre, et partager ce Clavier bien tempéré avec tous ceux qui voudront bien s’enfouir chaudement dans la délicieuse mélancolie qu’il provoque, avec ceux qui voudront bien regarder derrière eux sans avoir peur d’être triste.



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