L’ART CONTEMPORIEN

Il ne faut manquer sous aucun prétexte l’exposition qui sévit en ce moment à la Maison Rouge, boulevard de la Bastille. Etant donné que je m’y suis fait traiter de néonazi qui n’a pour toute lecture que le Figaro, pour tout spectacle que les programmes « temps de cerveau disponible » de TF1 et pour toute mélodie que les textes colonialistes de Michel Sardou, la moindre des choses est que, respectueux de la bienséance, je m’explique.

BHL contre Malraux

Commençons par le plus important, sur le fond comme sur la forme : un gigantesque tas de confettis gris, posé au milieu d’une grande pièce toute blanche, objet de toutes les attentions et toutes les fascinations, qu’il convenait de trouver « très fort », « simplement intense » ou « très, très nouveau ». J’ai expliqué à qui voulait bien l’entendre que la seule idée qui me venait face à ce funeste spectacle, c’était d’attraper un balai géant et de faire place nette ; on m’a regardé comme si je venais de violer un enfant.
L’art contemporain n’étant plus, dans sa frange la plus importante et la plus en vue, qu’un snobisme caricatural qui ne s’adresse qu’à un microcosme d’aveugles à l’agressivité débile décuplée par l’effet de la drogue, persuadé d’être absolument au centre de tout, voire d’être le moteur même du monde (avec des confettis pour carburant, en période de pénurie c’est pratique), toute voix dissonante est immédiatement disqualifiée par qualification de fascisme.
Absolument non-instruit en la matière et peu habitué des couloirs de la FIAC ou des innombrables publications sur le sujet, je pensais naïvement que l’art avait pour objet de faire la révolution. Je croyais Malraux lorsqu’il écrivait que « l’artiste n’est pas le transcripteur du monde, il en est le rival. » Or tout le problème tient dans cette phrase ! Quand une artiste iranienne fait se pâmer d’extase les journalistes du magazine Beaux Arts parce qu’elle met un micro dans un bol de pétrole, que fait-elle sinon s’inscrire dans un conformisme total, que fait-elle sinon exactement ce qu’on attend du travail d’une artiste iranienne, que fait-elle sinon retranscrire absolument le monde, en attaquant une situation, un gouvernement et une géopolitique que la presse et les milieux culturels, dans leur intégralité et sur toute la planète, dénoncent ?
Il fallait voir le public vanter « l’immense courage » de cette femme, tout le monde d’un coup pensait comme BHL et tout le monde était content, tout le monde est sorti de là absolument ra-vi, et tout le monde est allé dîner dans un restaurant d’André, que visiblement chacun connaît de façon très intime, et puis le ventre plein tout le monde s’est rendu dans une boîte de nuit d’André (à les entendre, une centaine de personnes ce soir-là a passé la soirée avec André), et emportés par une cocaïne qu’ils croient encore subversive, nos bobos étriqués dans leur veste The Kooples ont pu disserter longtemps et à grand renfort de références pédantes et erronées du tas de confettis, qui décidément les a scotchés.

Pardonnez-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font

A l’un d’eux qui a cru bon m’harponner sur mes engagements Chrétiens-Démocrates, j’ai rappelé que l’immense peintre anglais William Blake disait que la Bible était le grand code de l’art, et que de toute façon dans un pays appelé depuis toujours « fille aînée de l’Eglise » où même Sartre a beuglé un jour « Nous sommes tous catholiques », afficher une proximité avec la religion majoritaire était peut-être moins honteux que de faire passer sa déculturation toxicomane pour une sensibilité artistique. Ce galeriste réputé a ensuite expliqué à sa cour qu’il « travaillait sur une exposition autour de Mai 68 », parce que dans ce « pays de fachos » (il m’a désigné de l’index en disant cela), « il est bon de rappeler qu’il y a encore des gens qui sont contre Sarkozy ». Là, j’ai failli pleurer d’accablement, mais c’est un fou rire qui m’a tiré des larmes. Pourquoi commémorons-nous Mai 68 aujourd’hui, partout, tout le temps ? Parce que le véritable résultat des lanceurs de pavés, leur véritable héros, c’est le capitalisme déchaîné lui-même. Les idées libertaires de 68, la transformation des moeurs, l’individualisme, le goût de la jouissance, trouvent leur réalisation dans le capitalisme post-moderne et son univers bariolé de consommation en tout genre.
Mais alors que je laissais cette sommité du néant qui se la pète s’en aller relire le dernier Bégaudeau pour en parler au Flore avec Nicolas Rey, une amie a fait déborder le vase de mon agacement en apparaissant avec le dernier numéro du magazine L’Imparfaite sous le bras. Quand on sait que le responsable des affaires culturelles de la Mairie de Paris, Christophe Girard, finance cette publication grotesque (« la revue érotique de Sciences Po », imaginez le massacre) avec le budget que M. Delanoë l’autorise à dépenser, c’est-à-dire avec mon argent, on se demande si on n’emprunterait pas sur vingt ans pour s’offrir les services d’Olivier Metzner et faire condamner pour abus de biens sociaux, une bonne fois pour toutes, celui qui est aussi conseiller du groupe LVMH. Martin Hirsch, avec ses histoires de conflits d’intérêts, ferait bien de se pencher sur l’exposition initiée par le même cultureux au Musée Carnavalet, exposition consacrée, tout de même, aux bagages Louis Vuitton (cherchez l’erreur).

Un citron, s’il vous plaît

Ce soir-là donc, j’ai été obligé de boire vraiment beaucoup, beaucoup de Gin Tonic pour ne pas sombrer dans une intense dépression qui se serait rapidement transformée en homicide volontaire ou en remake d’Elephant, et ce soir-là donc, j’ai rejoint le petit monde qui bave de vanité chez Yvon Lambert sur un point, mais un seul : la foire internationale d’art contemporain m’a flanqué une sérieuse gueule de bois.



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