Pourquoi j’ai changé d’avis sur le « mariage pour tous »

Cet article a d’abord fait l’objet d’une publication sur www.lepoint.fr

 

Il y a quelques années, voire quelques mois, j’étais contre, assez d’accord avec Éric Zemmour lorsqu’il affirmait que c’était « le dernier coup de militants d’extrême gauche contre le mariage bourgeois ». Être sur la même ligne que les Inrocks, ça me faisait mal. J’ai préféré prendre la défense de mes amies Christine Boutin et Frigide Barjot, qui me semblaient faire montre de plus de courage que les bonnes âmes germanopratines (à cette occasion, j’ai emmené ces deux mercenaires – séparément – déjeuner au café de Flore, parce que je suis facétieux. Au Flore…, où je croisais mon vieux compère Kappauf, dont je regrette chaque jour l’absence et qui m’a presque engueulé, de m’attarder ainsi sur ce mariage pourri de l’intérieur, n’entraînant à ses yeux que crimes et désolation).

J’aimais bien être un jeune écrivain pédé de droite réactionnaire, une sorte de Renaud Camus en plus jeune, ça ne manquait pas de panache. Las, intellectuellement au moins, j’essaie d’être honnête. Donc j’ai, comme dit notre président normal, « réfléchi et consulté » (sauf que, contrairement à lui, je ne suis pas habillé comme un chef de rang d’Hippopotamus, ce qui permit certainement de donner plus de latitude à ma réflexion – lui, il hésite encore, comme d’habitude…).

Que craignent les adversaires du mariage pour tous ? Qu’on fasse de leurs enfants des invertis ? Que le Code civil ne crée des homosexuels par milliers ? Si ce n’est que cela, qu’ils se rassurent : je prends le pari que l’inverse adviendra. Peut-être vais-je déclencher une fatwa progressiste en écrivant ce qui suit, mais il y a, dans cette identité, une dimension transgressive déterminante, qu’on s’apprête à lui retirer. Il y a une réaction à un ordre social, à des codes, à la tranquillité des familles. L’homosexualité est évidemment une transgression et c’est ce qui fait son charme. Avec cette loi, ce ne le sera plus, ou le sera moins, et on peut le regretter ; les pédés ne porteront plus vraiment le nom d’une insulte, embrasser un garçon sous une porte cochère perdra de sa saveur. Ce qui fait, parfois, la poésie d’un baiser entre hommes ou entre femmes, c’est de sortir du cadre, d’être à côté, de se sentir différent ; crisper la bourgeoise de Versailles ou le barbu d’Aulnay-sous-Bois a quelque chose de grisant – si le législateur permet de faire ça devant le maire, c’est toute de suite moins drôle.

Hormis cet argument, et encore ce que je prédis a-t-il peut-être déjà eu lieu, il me semble que pas une seule des raisons avancées contre le mariage homosexuel ne tient debout. On dit : « Le mariage, c’est depuis toujours l’union d’un homme et d’une femme ; faisons une union civile avec les mêmes droits, mais ne l’appelons pas mariage. » C’est un peu comme si on disait : une maison, c’est un rez-de-chaussée avec deux étages. Faisons des habitations à trois étages, mais ne les appelons pas maison. Il faudrait demander aux linguistes ou aux académiciens ce qu’ils en pensent (en l’occurrence, Giscard a donné son avis), mais je crois que la définition des mots peut changer sans que le quai de Conti s’effondre sur lui-même.

On brandit : « Le mariage en tant qu’union d’un homme et d’une femme tient la cité en équilibre depuis des siècles, cette loi va déstructurer la société, elle va déstabiliser les enfants ! » Comme si, parmi ces siècles, grâce à la vénérable institution, on avait évité les infanticides, les parricides, les incestes, les viols, les coups. Comme si la famille traditionnelle, justement, n’était pas le creuset des pires fantasmes, des huis clos les plus obscurs, comme si elle ne portait pas en elle, intrinsèquement, ainsi que l’écrit Renaud Camus, la « tristesse fondamentale d’exister ». Aujourd’hui, pédopsychiatres et dealers font fortune. Je crois qu’au point où en est la société et compte tenu de ce que nos enfants s’envoient dans le cornet dès l’âge de 13 ans, on ne tombera pas plus bas.

Je ne parle pas en termes d’égalité et autres fadaises. Je suis contre l’égalité. Je suis, comme mon confrère Bonnant, partisan d’un darwinisme scolaire : « Que les uns triomphassent, et que les autres devinssent fonctionnaires. » Je ne parle pas non plus en termes de tolérance ; je suis intolérant, méprisant, désagréable au besoin. Comme disait Claudel, la tolérance, il y a des maisons pour cela. Je ne parle pas, enfin, en termes de lutte contre les discriminations. Je suis pour les discriminations. Je crois que discriminer, c’est choisir. Je fais tous les jours des efforts pour passer entre les mailles des inégalités, de l’intolérance et des discriminations. Je préfère m’en tirer moi-même qu’avec le concours du délire législatif de Najat Vallaud-Belkacem. « Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! »

 

On peut être attaché aux traditions, aux grands textes, aux grands morts, s’incliner devant les monuments, les poèmes et les noms de bataille, respecter l’héritage, vouloir le transmettre, croire qu’il est des institutions qui font la civilisation, et être amoureux.

Le mariage a déjà changé.

 

Il se trouve, hélas, et ce n’est peut-être pas indépendant de mon raisonnement, je le reconnais volontiers, qu’il est un homme qui, depuis des années maintenant, a souvent fait battre mon coeur.

Il y a un mec auquel j’ai pu penser en arpentant le bord de la mer, au froid de l’hiver, auquel j’ai pu rêver en regardant le ciel et l’eau, et la ligne où ils se confondent, à cause duquel il a pu m’arriver de pleurer d’un mélange de joie et de chagrin, parce qu’il n’était pas là.

C’est un homme dont j’ai eu besoin, régulièrement, d’entendre le souffle, la voix rauque, le silence. C’est un homme dont j’aime les jambes, les mains un peu tremblantes, les petites épaules, la façon de fumer. Quand il s’accroche à moi en scooter, quand il attrape un verre, quand il mange, quand il marche, j’ai toujours une pensée précise, toujours la même : c’est ma came.

Il est possible que sans la vue de son sourire d’enfant, sans le contact de ma langue sur ses dents et de mes doigts parmi ses cheveux (« All I ever wanted to do was / run my fingers through his curly locks »), sans la clandestinité avec lui, sans les nuits d’ivresse ou les balades sous les arbres ensemble, je n’aurais pas écrit, et il est à peu près certain que j’aurais moins pensé, moins fait, moins dit et moins espéré.

Avec ce mec-là, souvent, on a plaisanté en évoquant notre mariage. On a pu rêver, oui, qu’on fondait une famille, une famille joyeuse avec des enfants qui courent et des rires partout, on a pu rêver, en effet, de casseroles sales, de paniers de linge et de tartines qui crament ; on s’est dit que nos enfants auraient une mère et qu’on aimerait cette mère comme la nôtre et comme notre femme ; on s’est dit qu’on éduquerait ces gosses merveilleusement, qu’on leur donnerait les clés du monde, de leur liberté, de leur talent, de leur bonheur. On s’est dit que la vie aurait pu ressembler à ça, à quelque chose de tribal, d’intense et d’accueillant, et je crois qu’il vaut mieux trois adultes excités qu’un père alcoolique, et deux mecs qui s’aiment, qui baisent et qui s’engueulent que des gosses livrés aux pétards et à la télévision.

Qui a déjà eu affaire à une entreprise de recouvrement de créances sait que la société actuelle ne souffre pas d’un manque de cadre ou de limites, mais d’un manque d’amour.

Légiférons.



Faut-il guillotiner les exilés fiscaux ?

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Ceux qui passent les frontières pour échapper à l’impôt font, d’où le titre de ce texte, un peu figure de nobles fuyant la Révolution et désertant la France pour se retourner contre elle. Il y a quelque chose de tout à fait pitoyable à prendre ses quartiers à Néchin ou ailleurs pour quelques écus quand on en a déjà beaucoup, et quelque chose de triste chez ces gens qui se retrouvent entre riches, loin du musée d’Orsay, du théâtre du Châtelet ou des châteaux de la Loire. Il faut être un peu plouc, écrivons-le, pour préférer les banques luxembourgeoises aux trésors du Louvre.

À cet égard, le cas de M. Depardieu a de quoi provoquer quelque mélancolie. Un homme qui a incarné Cyrano de Bergeracmagnifiquement, au front contre des troupes espagnoles plus nombreuses et mieux équipées, tranchant leurs gorges d’envahisseurs avec le panache des cadets de Gascogne, peut tout de même difficilement trahir sa patrie sans sombrer dans une forme d’indignité, d’autant que l’homme se targue d’avoir déjà payé des millions d’euros d’impôts, alors que, sans l’État français, il n’aurait pas le début du premier sou. Quand on a fait sa fortune grâce au ruineux système des intermittents du spectacle, dans un secteur, le cinéma, qui ne vit que grâce à une perfusion d’argent public permanente, et sans que l’efficacité et la pertinence de ce mécanisme trouvent aucune espèce de réalité particulière, la moindre des choses est de renvoyer l’ascenseur aux petits, aux obscurs et aux sans-grade qui ont travaillé pour soi sans même que l’on s’en aperçoive.

N’avons-nous plus que le vin, les sacs à main et la galerie des Glaces ?

La question, hélas, subsiste de savoir ce qu’il reste d’attirant en France ; ce qu’elle peut encore offrir comme rêves, comme envies, comme désirs, comme soifs et comme soifs de batailles. Les gens ne s’en vont pas que pour leurs petits sous. Les étudiants ne vont pas ailleurs à la première occasion pour des raisons fiscales, pas plus que les jeunes diplômés ou les entrepreneurs. De quel mal ce pays autrefois si impressionnant est-il rongé ? Pourquoi Apple, Google et Facebook sont-ils américains, James Bond et son Aston Martin anglais, pourquoi nombre de nos grands esprits sont-ils à New York, Berlin ou Shanghai ? Sommes-nous, comme le prophétise Michel Houellebecq, réduits à servir, le torchon sur l’avant-bras, les touristes aisés du monde entier ? N’avons-nous plus que du vin, des sacs à main et la galerie des Glaces, plus que nos clichés ?

Peut-être, en effet, les pouvoirs publics mettent-ils trop d’énergie à nous saper le moral. Peut-être l’argent déversé par les collectivités locales pour enlaidir le paysage avec leurs ronds-points grotesques pourrait-il être mieux employé. Il y a peut-être, en effet, quelque chose de profondément déprimant dans les grèves de la SNCF, la taille de l’hôtel de région de Languedoc-Roussillon et la lenteur de La Poste, trop de bêtise dans les discours d’Harlem Désir ou de mépris sur les ondes de France Inter. Quelque chose doit changer. Le président de la République ne pourra pas durant tout son mandat s’habiller comme un réceptionniste d’hôtel Mercure. Le Code du travail ne pourra pas éternellement empêcher les gens de travailler. Si on laisse notre État autrefois efficace et scrupuleux rester cette espèce d’obèse impotent, ça n’est pas la croissance qui est au bout du chemin, mais l’infarctus. Puisqu’on a choisi le capitalisme mondialisé, il faudra bien s’y adapter.

Rolex

On doit pouvoir, en France, rêver de devenir une rock star, un grand architecte, un sphinx du barreau ou un auteur de best-sellers. Il doit être possible, en France, de penser qu’on pourra se hisser à la force du poignet, sans le sinistre concours des autorités administratives indépendantes. Les adolescents doivent avoir le droit de travailler dur pour espérer s’offrir une grosse Rolex qui brille ou une Ferrari rugissante, même si seuls certains doivent y parvenir.

La France peut encore être le pays où un homme jeune peut songer qu’un jour il sera dans la situation d’avoir ces mots du comte de Guiche :

« Oui, parfois, je l’envie.
Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie,
On sent – n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal !
Mille petits dégoûts de soi, dont le total
Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure ;
Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure,
Pendant que des grandeurs on monte les degrés,
Un bruit d’illusions sèches et de regrets,
Comme, quand vous montez lentement vers ces portes,
Votre robe de deuil traîne des feuilles mortes. »



Nicolas Sarkozy doit-il changer d’avocats ?

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Amis juristes, je ne parle pas ici, bien sûr, de notre vénérable et vénéré confrère Thierry Herzog, dont le talent et la loyauté font l’unanimité respectueuse. Il est certain que, dans ses relatifs démêlés judiciaires, Nicolas Sarkozy sera bien défendu.

On les a entendus claironner sur tous les plateaux la victoire de leur motion : Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, toujours présentés dans cet ordre (je ne doute pas que, s’ils étaient trois, le nom de M. Didier serait énoncé en troisième), ont porté la Droite forte en tête des suffrages militants lors des dernières élections internes à l’UMP. Ces deux trentenaires, dont les ficelles qu’on verrait presque tant elles sont épaisses sont agitées par l’obscur Patrick Buisson, ont fait une OPA sur le nom et le slogan de l’ancien président de la République, proposant toutes sortes de mesures caricaturales que les votants n’ont probablement même pas lues. Il y a eu un effet de marque, on a voté Droite forte comme on aurait acheté Damome ou Herpès. Il y a eu tromperie sur la marchandise.

Bling-bling

Il aura vraiment fallu une immense fatigue de fin de mandat, puis de fin de campagne, et de grandes vertus de mystificateur à M. Buisson pour laisser croire à Nicolas Sarkozy qu’il avait gagné en 2007 grâce à son idée de donner un ministère à l’identité française (concept que je n’estime pas intouchable), et qu’il aurait gagné en 2012 s’il avait proposé qu’on autorise le port d’armes.

Il y avait, en 2007, autre chose. Il y avait l’envie d’un sursaut, une idée que la France n’était pas vouée à s’enliser dans les sables mouvants de son ennui et de sa paresse ; il y avait l’espoir d’une vie meilleure, b.a.-ba peut-être de toute campagne électorale. Sarkozy, c’était à la fois Bonaparte et Tony Montana, c’était l’exaltation de la grandeur de la nation et du volontarisme en même temps qu’un désir fou de bling-bling, signe extérieur de réussite personnelle. C’était une philosophie américaine, les victoires individuelles font la richesse collective, et un colbertisme, l’État tordra le bras de Mittal.

Grandeur

Las, Lehman Brothers a fait faillite, l’effet domino a prouvé sa pertinence et les Français, qui avaient enfin accepté de se battre dans la guerre économique mondialisée, ont été stoppés net dans leur élan. Ils ont choisi, cinq ans plus tard, un type qui incarne physiquement le droit administratif ; un type qui ressemble à la fois au contrôleur de la SNCF, au postier, à l’agent de mairie, bref au fonctionnaire, le rassurant fonctionnariat qui exclut tout ce qui fait peur au XXIe siècle, licenciement, déclassement, privatisation. L’actuel président de la République a été élu sur la frustration par un peuple résigné. Ensuite, l’abîme appelle l’abîme.

Il y a, en France, beaucoup plus de génie, d’énergie, de force et de rêves que les maîtres sondeurs de l’UMP veulent bien le croire. Il y a trop d’intelligence, trop de culture, trop de patrimoine et trop de grands morts pour laisser penser qu’on gagnera le coeur des gens avec des arguments répondant aux fantasmes les plus tristes. Au ciel de la France planent la poésie d’Apollinaire et la foi de Claudel, les vers de Racine et les tourments d’Hugo. Les vignes de Château-Chalon résonnent encore des mots du prince de Metternich à Napoléon III (« Sire, le plus grand vin du monde se récolte dans un petit canton de votre empire, à Château-Chalon ») et les sous-sols de la Vendée tremblent toujours du sang des chouans. La droite française n’est pas étrangère à ces grandeurs, la grandeur est une idée qui ne lui est pas étrangère. Qu’elle la retrouve.



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