Faudra-t-il un printemps français ?

La semaine dernière, un homme s’est planté devant une agence Pôle emploi et a mis le feu à ses vêtements qu’il avait imbibés d’essence. Le temps pour les gens qui étaient là d’essayer de le sauver, c’était trop tard, il est mort brûlé. On n’est pas parvenu à décrocher la corde du pendu. À cet homme on avait refusé des allocations, il n’avait pas suffisamment cotisé, ou pas dans les règles, quelque chose comme ça. Les médias ont relaté les faits, les gens qui travaillent à la gestion du chômage ont invoqué leur manque de moyens, il y a eu quelques larmes de crocodile et quelques larmes sincères, et puis c’est passé. En Tunisie, c’est l’immolation d’un homme qui a déclenché la révolution, et celles de l’Égypte et de la Libye ensuite. Chez nous, rien. Chez nous, on mange n’importe quoi, on ferme les usines, on laisse les narcotrafiquants faire leur loi sur des villes entières, on déplore tous les jours mille chômeurs supplémentaires, on assiste impuissants au désastre scolaire et, de toute façon, on conseille aux jeunes de quitter le pays, à moitié en espérant qu’ils reviendront moins bêtes, à moitié parce qu’on a abdiqué et qu’on veut leur éviter les années qu’on leur fabrique.

Comme il l’avait annoncé, le président déjà sortant gouverne dans la concertation, c’est-à-dire en prenant soin de ne rien enlever aux privilèges catégoriels et individuels et en laissant divers lobbies lui dicter sa politique : il est faible avec les banques, faible avec les Allemands, faible avec l’idéologie des sociologues de gauche (pléonasme), du magazine Elle et d’Harlem Désir (triple pléonasme), faible avec les syndicats (quadruple pléonasme), faible avec les barons locaux (quintuple). Il est le roitelet d’Ile-de-France à la main de vassaux plus puissants que lui.

Place au cauchemar fiscal

Cela lui convient : comme il est mou, incompétent et inexpérimenté, François Hollande ne peut décemment faire confiance à son propre jugement. Donc il laisse faire et ménage sa bonhomie, rétablissant, par exemple, la durée de ses déjeuners à 1 h 30, là où son prédécesseur l’avait réduite à 1 heure. On ne va pas lui reprocher de profiter des merveilles qui vieillissent dans les caves du palais de l’Élysée (sauf que, du coup, il grossit et semble dégouliner par-dessus les cols pelle à tarte de ses chemises comme un soufflé qui déborde). Lui qui a vécu, depuis ses plus jeunes années, avec le confort que procurent la sécurité de l’emploi et les salaires confortables de la haute fonction publique ne sait rien de l’anxiété du patron indépendant ou de l’angoisse de la mère de famille. Dès lors, il n’a aucun scrupule à mettre tranquillement en place un cauchemar fiscal, et ne dort pas moins bien quand il sait que la spoliation généralisée qu’il installe, au-delà de l’atteinte manifeste à une bonne partie des libertés constitutionnellement garanties qu’elle implique, se solde par des faillites en série, des ambitions tuées dans l’oeuf, des maisons de famille vendues, des espoirs déçus, j’en passe. M. Hollande aime l’impôt, prononce le terme avec gourmandise et, sous le couvert d’une justice sociale, exproprie une France qu’il exècre du peu qu’il lui restait. Il lui retire ses biens, évidemment, le plus possible, mais aussi son modèle familial, son lien historique avec l’Église, le cadre de vie qu’elle aimait, l’éducation qu’elle aurait voulu que ses enfants reçoivent, une idée qu’elle se faisait de son pays, qu’elle aurait bien aimé continuer à voir grand, et non vautrée là où la gauche engraissée l’y enfonce entre deux visites d’associations subventionnées, c’est-à-dire dans la médiocrité.

On pourrait songer à faire une nouvelle révolution

Il faut que le peuple français soit bien ramolli pour ne pas se lever en masse contre ces coups, quotidiens, permanents, à sa liberté, à sa dignité, à son histoire. Il faut dire qu’on met désormais les plus lucides sous antidépresseurs : si les cinq millions de personnes ainsi maintenues au calme marchaient sur l’Assemblée nationale, je ne donne pas cher de la peau des parlementaires. L’on sait, aussi, que le RMI, inventé par M. Fragonard, auquel le gouvernement a récemment demandé de réfléchir à de nouveaux impôts (sur les allocations familiales, en l’occurrence : il faut être socialiste pour songer à fiscaliser des allocations), transformé en RSA par M. Hirsch (issu d’une famille aux trois générations de fonctionnaires), a été conçu non par souci de solidarité, mais pour éviter d’éventuels troubles à l’ordre public qu’auraient pu causer les plus révoltés. On donne à ceux qui pourraient songer à faire une nouvelle révolution juste ce qu’il faut pour les abrutir, quelques miettes pour s’acheter de la malbouffe et de la sérotonine artificielle. Voilà ce qu’il reste, grâce à l’énarchie socialiste, du peuple qui jadis dictait au monde la marche à suivre.

Par un retournement prévisible, la gauche a fait gagner le capitalisme ultralibéral. Sa détestation de l’idée nationale a détruit toute forme de patriotisme : la France ne se vit plus comme une patrie, ses citoyens ne se dessinent plus de destin collectif. Nous ne sommes plus qu’une région appauvrie et vieillissante du village mondial sur lequel règne Goldman Sachs. Ses aberrations idéologiques ont mis l’économie à terre, démotivé les entrepreneurs, effrayé les investisseurs étrangers. Nous sommes regardés comme un sublime pays mort. Sa francophobie a laissé se développer un communautarisme à l’américaine, avec un séparatisme territorial qui a installé, entre les différentes catégories de la population, un mélange de haine et de suspicion, de peur et de rejet, que les millions d’euros octroyés chaque année à SOS Racisme ne pourront juguler. Son délire progressiste a mis en pièces plusieurs siècles d’histoire, on est passé de Vaux-le-Vicomte aux barres d’immeubles, de Rameau à Sexion d’Assaut, d’Apostrophes à Canal+, de Ronsard à Christine Angot, du courage à la retraite anticipée, des bonnes manières aux injures. C’est fini, c’est trop tard. Pascale Clark a pris le pouvoir. Elle peut désormais, avec la bêtise goguenarde, méprisante et sûre d’elle qui la caractérise, triompher sur les ruines de ce qui lui a toujours échappé : l’élégance, la force, la classe, la fougue, le coffre, le souffle, une certaine conception du beau, un certain sens du charme, une certaine idée de la France. Qui se lèvera ?



L’Europe tuera-t-elle la France ?

Dans La dynamique du capitalismeFernand Braudel écrit : « La seule solution d’une certaine grandeur française, c’est de faire l’Europe. » Ce livre a été publié en 1985.
Je rencontrai récemment, au bar d’un grand hôtel parisien où m’invitait une femme qui s’est faite toute seule, un milliardaire chinois à qui je demandai, attendant mon hôte : « Que se passe-t-il de plus important, selon vous, dans le monde, aujourd’hui ? » Il réfléchit quelques secondes et finit par lâcher, me regardant droit dans les yeux : « Ce qui est à l’oeuvre aujourd’hui, c’est la destruction de l’Occident. » Pendant ce temps-là, le Parlement français, sur ordre irresponsable du président de la République et avec la complicité d’une opposition qui n’a rien à dire, a dépensé son énergie et notre argent à débattre d’une loi réclamée par le magazine Elle, comme les Byzantins discutaient du sexe des anges tandis que les Turcs assiégeaient Constantinople.

Le reste du monde se moque pas mal du Vieux Continent

Or les chefs d’État européens viennent de négocier la répartition du budget qu’ils accordent à l’Union, lequel ne correspond qu’à 1 % de la richesse des 27, et Merkel et Cameron ont obtenu une baisse de ce budget. Éric Zemmour affirmait avec justesse – sauf que lui s’en réjouit – qu’on pouvait observer là un retour aux tendances séculaires des nations européennes. Le naturel est revenu au galop : quand tout va mal, la France sort son épée et s’en va sabre au clair dézinguer des islamistes en Afrique, et la vieille alliance entre Grande-Bretagne et Allemagne retrouve ses droits au détriment de la France. Personnellement, je ne vois pas dans ce rétropédalage une promesse de lendemains qui chantent.

En l’état actuel des choses, le reste du monde se moque pas mal du Vieux Continent. Les Américains, en leur pouvoir politique comme économique, n’ont d’yeux que pour l’Asie, qui représente désormais à la fois une usine, un laboratoire et un marché. Certains, chez nous, croient encore, de façon naïvement prétentieuse, que nous avons l’intelligence et eux les esclaves pour en fabriquer les produits. C’est un raisonnement stupide. L’Asie n’est pas faite que de bras, elle a des cerveaux, et dépose déjà elle-même ses brevets tandis que nous lui bradons des transferts de technologies. Tous ces pays font du protectionnisme, sauf nous. Résultat, nous sommes la zone où la croissance économique est la plus faible.

Notre rayonnement passe par le sacrifice de nos institutions nationales

Trois possibilités s’offrent aux pays européens : la première consiste à continuer comme c’est parti, c’est-à-dire ne rien faire, et nous sombrerons. La seconde implique d’appliquer le programme d’Emmanuel Todd, de Marine Le Pen et de Jacques Sapir, c’est-à-dire de détruire l’euro, revenir à nos monnaies nationales, dévaluer la nôtre, remettre en place des droits de douane, bref faire comme a toujours fait. C’est une porte de sortie possible, jugée envisageable par certains experts, mais il faut prendre en compte le fait que bon nombre d’entre eux considèrent que cela peut être aussi une catastrophe et que, face aux monstres qui nous entourent, en termes de territoire et de population, le paquebot France pourrait bien vite ressembler à un frêle esquif bientôt naufragé. La troisième voie que nous pouvons emprunter, c’est l’Europe politique, l’Europe fédérale. Beaucoup d’arguments peuvent être brandis pour démontrer que ça n’est pas souhaitable, ou que c’est impossible, même si ce dernier terme n’est pas français.

Aux patriotes, aux amoureux de la culture française, à ceux qui sont décidés à la transmettre encore et à continuer de l’enrichir, à ceux qui pleurent à l’écoute de la musique de Ravel ou de celle de Debussy, et qui s’émeuvent à la lecture des oraisons de Bossuet ou des poèmes de Rimbaud, à ceux qui veulent un horizon vaste, une capacité d’agir, individuelle et collective, à la mesure des temps modernes, aux conservateurs qui veulent sauver ce qui peut l’être, la nouvelle donne mondiale commande de tuer non pas la France, mais son État, son État devenu tellement ridicule, petit, étriqué, dispendieux et obèse. Le rayonnement des pays européens passe par le sacrifice de leurs institutions nationales. C’est ainsi, c’est difficile à entendre ou à envisager, c’est un bouleversement immense, mais il est une chose certaine, c’est que les seuls qui n’y ont pas intérêt sont les petits politiciens nationaux affairés à grignoter leur fromage et incapables, c’est humain, d’imaginer un projet historique consistant à s’autosupprimer.

Vive l’Europe de Zweig, Proust, Apollinaire et Picasso !

Il faut un président de l’Europe élu au suffrage universel direct. Il faut à l’Europe des ministères, deux chambres parlementaires, une Constitution et un conseil pour en contrôler le respect, etc.

Rappelons qu’en 1940, avant que nous ne sombrions dans Vichy, l’Angleterre et la France ont été d’accord, quelques heures, pour fusionner les deux nations face à la gravité des événements. Rappelons qu’il n’y aurait là que la reformation de l’Europe de Rome, à laquelle ne manquait que la Germanie, l’Europe de Charlemagne, c’est-à-dire l’Europe telle qu’elle a été durant presque un tiers de notre histoire depuis Jésus-Christ. Rappelons que ce ne serait que la consécration de l’Europe intellectuelle, celle des Lumières au XVIIIe, puis celle de Zweig, de Rilke, de Proust, de Freud, d’Apollinaire ou de Picasso.

Le président ainsi élu parlera au nom de la première puissance économique du monde. Il s’agira de faire en sorte qu’il s’exprime aussi au nom de la première puissance culturelle. Je crois, à l’apercevoir, que la jeunesse y est prête. Le désastre scolaire pointé par Alain Finkielkraut ou la grande déculturation dénoncée par Renaud Camus l’ont rendu possible. Les jeunes gens d’aujourd’hui, pour regrettable que cela puisse paraître, sont indéfectiblement mondialistes : car le savoir enracine, et ils sont majoritairement nombreux à ne pas le détenir. Pour ceux qui ont réussi à en attraper un bout, leur littérature est japonaise, leurs films allemands, leur musique brésilienne, leurs tremblements politiques américains, leur peinture chinoise, leurs rêves transfrontaliers. Ceux qui ont des attaches les ont dans le monde, et dans la gigantesque guerre économique d’aujourd’hui, c’est dans le monde qu’il faut se battre. Alors, France, ressors ton épée, mais fais-le à la hauteur de tes adversaires.



Faut-il avoir peur de l’islam ?

Cet article a d’abord fait l’objet d’une publication sur www.lepoint.fr

 

C’est une enquête spectaculaire que publie Le Monde dans son édition du 26 janvier : réalisée par Ipsos, elle indique que 74% des Français estiment que l’islam est une religion « intolérante », et que 8 Français sur 10 « jugent que l’islam cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres ». Les médias s’en sont peu faits l’écho, tout mobilisés qu’ils étaient par l’ennuyeux débat qui entoure le mariage pour tous.

 

Parler d’islam quand on n’est pas musulman, c’est tendu (comme disent les jeunes). Associer islam et peur, c’est brûlant. Les accusations sont vites portées et tout ça est régit par la loi pénale ; je la connais ; je fais gaffe. Mais nier le réel, comme le font ceux qui prétendent qu’un enfant peut avoir deux mères, ou faire comme s’il n’existait pas, comme M. Hollande qui estime qu’il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par régler, c’est irresponsable ; on sait depuis longtemps que le progressisme consiste en un mélange d’irresponsabilité et d’illettrisme (d’illettrisme, car le savoir enracine : il fait les conservateurs).

 

Si la politique suivie par les gouvernants actuels consiste à ne pas aborder les sujets qui fâchent, cela n’aura eu jusqu’à maintenant aucun effet sur leur persistance, voire leur expansion. On parle moins, aujourd’hui, de l’immigration, de la place de la religion musulmane en France ou, plus généralement, des diverses crises qui secouent le pays (crise de civilisation, crise de l’école, crise de la culture, crise de la langue, crise identitaire), et cela n’a pas pour conséquence d’améliorer le sentiment populaire à leur égard ni, évidemment, de les régler. Patrick Buisson répondra peut-être que c’est une des raisons du forage sondagier entrepris par le président et son premier ministre, ainsi qu’un des facteurs, sinon le facteur, de crise (encore une) de confiance du peuple dans l’action de ses représentants (un autre sondage récent indiquait qu’une très forte proportion de Français, plus de 70%, considèrent que les responsables politiques agissent avant tout dans leur intérêt personnel).

 

Moi perso, je m’en fous un peu de l’islam. Comme je m’en fous un peu du mariage pour tous : viendra le temps où je pourrai répondre, comme l’a fait mon confrère Vergès dans sa dernière participation à l’émission Ce soir ou jamais, que « ce que font nos autorités morales ou politiques, je m’en fous : tout ce qui m’intéresse, c’est ma vie privée, et mon métier d’avocat ». Rétorquer ça à presque toutes les questions que lui posait Frédéric Taddéï, ça ne manquait pas de panache. Mais je suis un patriote inquiet, tout ce qui concerne les environs de Versailles me concerne et la religion musulmane est la deuxième de France. Elle ne l’est pas par l’histoire, elle ne l’est pas par la place qu’elle a pris dans la construction du pays, elle l’est par la population. Il est évident que les Français se réclamant de cette confession doivent être respectés au même titre que tous les autres, car ici tous les hommes « naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Cela ne doit pas empêcher de voir ce que nous voyons sans chausser les verres occultants de l’idéologie wierviorko-plénelienne.

 

Quel constat peut-on poser sans langue de bois ?

Qu’il y a un problème, aujourd’hui, d’absorption de l’islam par la France. Que la situation est celle d’une cohabitation plus que d’un vivre-ensemble. C’était à prévoir : on ne fait pas entrer 200.000 personnes par an sur un territoire donné sans heurts. Il en découle un bouleversement démographique dont le produit est imprévisible, et qui sera peut-être un changement de civilisation.

Car la question se pose davantage des enfants de l’immigration que de leurs parents : n’est-il pas troublant de voir des jeunes gens parler des « français » sans s’y inclure alors qu’ils en sont ? Qui peut accepter que soient légions, dans des centaines de collèges et de lycées, les insultes francophobes ou racistes à l’encontre des blancs ? Comment peut-on accepter que des enfants soient traités de faces de craie ? Ne peut-on pas regretter que ces faits ne soient pas condamnés avec plus de vigueur et de visibilité par les musulmans modérés ? Lorsque des intégristes catholiques viennent prier d’une façon grotesque devant l’Assemblée Nationale, Canal + est là pour les moquer dans les plus brefs délais, et toute l’intelligentsia avec, notamment des catholiques. Or aujourd’hui, au pays de Voltaire, plus personne n’oserait monter la pièce Mahomet. N’y a-t-il pas de quoi être inquiet quand on sait, par exemple, que le Cheikh Al-Qaradaoui, qui fut accueilli avec vénération par les manifestants de place Tahrir pendant toute la révolution égyptienne, s’est rendu célèbre par des propos d’une grande violence contre les juifs, contre leur « arrogance », estimant qu’Hitler leur avait « administré une bonne leçon » ? Pourquoi les médias font-ils comme s’il ne passait rien ? Pourquoi n’entend-on pas Mme Taubira user de son éloquence, remarquable (reconnaissons-le), pour dénoncer cela ? Le prétexte de l’utilisation du problème par l’extrême-droite et de la peur de la stigmatisation n’est que l’expression d’un manque de courage.

 

La place de l’islam en France ne peut être traitée ni par le rejet inconséquent d’une partie de la droite, ni par la faiblesse coupable d’une partie de la gauche. C’est une des questions majeures qui sont posées en ce début de siècle à quiconque a encore un peu d’espoir pour le pays de Saint Louis, et qui croit que le pouvoir politique peut encore quelque chose. Car la mondialisation libérale s’en moque : que nous sombrions en tant que peuple, que nous n’ayons plus de destin commun, que ne continue pas ce qui a été entrepris depuis six ou sept siècles n’a aucune importance du moment que les échanges commerciaux continuent. La jeunesse d’aujourd’hui, hélas, est comme ça et il sera intéressant de voir si les responsables politiques, funestement, s’y adaptent : elle ne veut plus de frontières, elle ne prendrait pas les armes pour les défendre, elle préfère quitter le navire plutôt que d’essayer de le faire échapper au naufrage. En un sens, elle est lâche et individualiste, c’est-à-dire en phase avec son époque. Il sera intéressant de voir si, dans dix ou vingt ans, les mots de Malraux ou d’Ernest Renan résonnent encore dans les discours électoraux. La candidate Joly a entamé le mouvement, en 2012, avec sa campagne totalement dénationalisée : les Verts sont parfois les alliés des grandes compagnies pétrolières.

 

La France manque d’un chef, d’un cap, d’une envie, d’un désir. Elle ne fait plus écouter Rameau, lire Ronsard ou entendre Racine à ses enfants, qui s’éloigneraient peut-être des vociférations rappeuses s’ils s’imbibaient de ce triptyque en R. Elle ne leur fait plus voir Poussin, ils préfèrent le street-art et le Palais de Tokyo s’adapte. Elle ne leur promet rien, ne parle que de dialogue social, c’est-à-dire de chômage, et n’exige rien d’eux. A quels enfants la laissons-nous ? Elle ne se vit plus comme une nation fière, comme une vieille terre glorieuse, forte, auréolée de mille victoires, militaires et architecturales, musicales, littéraires. Elle ne sait pas comment combattre dans la globalisation, son Etat colbertiste s’accordant mal avec les principes européens de concurrence libre et non faussée. Et, fille aînée de l’Eglise, elle a un peu de mal avec l’islam, qui a un peu de mal avec la laïcité telle qu’on la conçoit ici. Sauf que parler de laïcité pour l’appliquer à l’islam ne sert à rien : il faut retrouver, collectivement, un chef, un cap, une confiance, une envie, un désir.

 

 



Le débat

Cet article a d’abord fait l’objet d’une publication sur www.lepoint.fr

 

Dimanche 20 janvier, j’ai participé à une émission où j’ai plusieurs fois eu l’occasion d’être invité, le Forum citoyen d’Europe 1. On est quatre « Français », représentant plus ou moins la sociologie du pays : un jeune, un vieux, un syndicaliste, un chef d’entreprise, etc. J’ai été quelque peu terrassé par la pauvreté des sujets abordés, de la guerre à propos de laquelle nous n’avions pas grand-chose à dire, au mea culpa de Lance Armstrong, qui a été l’occasion pour moi de rappeler que sans l’absinthe, nous n’aurions peut-être pas l’oeuvre de Rimbaud ni celle de Verlaine (Je me remémorais, intérieurement, la chanson de Barbara, « ils buvaient de l’absinthe, comme on boirait de l’eau »… J’aurais dû la chanter en direct). Je suis frappé, y compris pour ce réquisitoire, de la pauvreté non pas de l’actualité, mais du débat politique qui l’entoure, voire du débat intellectuel. Le seul sujet qui agite ces dernières semaines à la fois les philosophes, les écrivains ou les députés est le fameux mariage pour tous, au sujet duquel je n’ai pas entendu jusqu’alors de démonstration d’ampleur (hormis mon précédent réquisitoire, bien sûr, et le texte de Renaud Camus sur Causeur.fr).

Rentrant chez moi, avec peine et à cause de la neige, par le métro (voilà un sujet intéressant : sommes-nous contraints au collectivisme ? Je préférais le temps où chacun avait sa calèche ; moins d’impôts, moins de collectif, je vous en prie !), je me suis demandé ce qui avait changé depuis quelques mois pour que les micros d’Europe 1, ou même ceux de France Culture, soient ainsi employés à retransmettre des échanges aussi tièdes. Pourquoi Finkielkraut et Badiou ne trouvent-ils plus de matière à croiser les fers de leur éloquence ? J’ai un début de réponse.

Ceux qui prétendent détenir le pouvoir l’ont abandonné

Beaucoup de sachants disent que le pouvoir politique n’en est plus un : que dans la mondialisation, les gouvernements ne peuvent rien faire ; que malgré l’étendue des prérogatives dévolues au président de la République par les vénérables, et autrefois efficaces institutions de la Ve République, il n’a plus guère de leviers réels à actionner pour influer sur le cours des choses. Il est vrai que Bruxelles a pris une place considérable dans la production législative, qu’on va bientôt lui abandonner jusqu’à notre souveraineté budgétaire et qu’on ne peut plus battre monnaie. Et l’on est obligé de constater que le président est aujourd’hui redevenu le roitelet d’Ile-de-France, dépassé par ses vassaux que sont MM. Mittal, Arnault ou Mulliez. L’histoire nous a pourtant enseigné qu’il suffisait au roi d’un peu de volonté pour remettre les puissances d’argent sous son joug, par ruse ou par force. M. Sarkozy n’était-il pas fort, ni M. Hollande rusé ?

S’il n’y a plus de pouvoir politique en France, c’est parce que ceux qui s’en prétendent détenteurs l’ont abandonné, par lâcheté. Et c’est à cause de cet abandon que nous ne débattons pas : puisque aucune décision sérieuse n’est prise, il est compliqué d’échanger à propos de rien ; il faut être Audrey Pulvar pour y parvenir, et je n’ai pas les moyens de son lunetier.

Comme c’est impressionnant. L’Insee annonce 40 000 chômeurs de plus tous les mois, les usines ferment, on en est arrivés à licencier au moyen de « plans de sauvegarde de l’emploi », ce qui ne manque pas de sel sémantique ; la criminalité progresse, des villes entières vivent du trafic de drogue ; le désastre scolaire continue de produire ses éclatants résultats (je me souviens de ce professeur de collège qui avait publié les dictées de ses élèves de classe de cinquième, où étaient retranscrites des onomatopées en fait de mots) ; une partie de l’islam se radicalise et bascule dans la haine ; les aliments sont truffés d’OGM sans qu’on puisse en avoir connaissance ; même l’eau est devenue à peine potable à cause des divers médicaments contraceptifs ou antidépresseurs qui y séjournent, et tout ce que M. Ayrault trouve à faire, c’est le mariage gay.

Monsieur le président de la République, gouvernez !

Si nous avions vraiment un gouvernement de gauche, on en arriverait aux mains sur le plateau de Frédéric Taddéi : si nos ministres et parlementaires décidaient, au nom de leur sinistre égalité (« l’utopie des indignes », selon mon confrère Bonnant), de plafonner les salaires, de détruire l’avenue Foch pour y mettre des HLM, de réquisitionner Vaulx-le-Vicomte pour y accueillir des sans-papiers très bientôt régularisés, de passer aux 25 heures de travail hebdomadaire ou de tripler l’ISF, peut-être pourrions-nous parler de quelque chose.

Si nous avions vraiment eu un gouvernement de droite, si Nicolas Sarkozy avait supprimé les 35 heures et le statut des fonctionnaires, privatisé France Télévisions et la SNCF, rayé un échelon de décentralisation, voire deux (sous Napoléon il y avait un préfet, rien qu’un préfet par département, et l’administration suivait), et gardé un petit tiers du Code du travail pour donner un peu d’air aux entreprises françaises, nous n’en serions peut-être pas là.

Alors j’adresse une supplique au président Hollande : M. le président de la République, gouvernez ! Au point où nous en sommes, quoi que vous fassiez, ce sera bien. Si vous appliquez votre idéologie qui n’a marché nulle part, le pays mourra et ce sera l’occasion de tout reconstruire. Si vous êtes pris d’une lueur de pragmatisme, et qu’en conséquence vous appliquez le programme de l’UMP, tant mieux, les manifestants pour tous battront les pavés pour vous soutenir, et moi avec. Retroussez ces manches de chemise trop longues, ajustez cette veste trop petite, repositionnez cette affreuse cravate qui vous fait ressembler à Manuel Valls, attrapez le stylo en or et saphirs que votre prédécesseur a bien dû oublier dans un tiroir de votre bureau, et signez donc les quelques décrets qui s’imposent ! Et rappelez-vous Danton : de l’audace !



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