J’aimais beaucoup Me Metzner

Les hommes se construisent beaucoup par imitation. Hollande singe Mitterrand, Guaino se rêve en Malraux ; on le leur a reproché. J’ai une très mauvaise vue : il m’est arrivé, au début de mes études de droit, alors que l’affaire Bettencourt faisait la une des journaux, de poser mes lunettes sur le bout de mon nez et de me prendre, le temps d’un commentaire d’arrêt, pour Olivier Metzner.

Je ne l’ai jamais rencontré ni croisé. Si tel avait été le cas, je lui serais tombé dessus et aurais demandé à le revoir, comme j’ai fait récemment avec son confrère Szpiner. Comme un gosse, j’ai mes idoles : je voudrais les rides et le verbe tranchant de Thierry Lévy, l’éloquence princière de Georges Kiejman, les cordes vocales de Jean-Yves Le Borgne, la carrure de Thierry Herzog, les gants de boxe de Pierre Haïk ou la force derrière la distinction du plus jeune Jérémie Assous. Et je me vois bien, passant la cinquantaine, fumer des cigares en buvant du cognac dans un immense bureau de la rue de l’Université, travaillant à ma prochaine déflagration judiciaire, à la fois respecté et craint de mes pairs, me moquant somptueusement de leur opinion, conscient de leur jalousie, vieux singe auquel on n’apprend pas…, comme Olivier Metzner.

Jeune aspirant avocat, je rends ici hommage à un homme sans qui je ne me serais probablement pas découvert de vocation. Il m’a, sans le savoir, évité de continuer la vie de noctambule aux paillettes éteintes que je menais depuis le lycée et permis d’emprunter ce long chemin bordé de ronces où je ne regrette pas encore de m’être aventuré.

« Comme lui… »

Comme lui, et grâce à lui, je serai avocat, résolument avocat, rien qu’avocat. J’essaierai, autant que je le pourrai, d’être l’épaule, la voix et les poings de ceux qui n’en ont plus, d’obtenir le pardon pour celui qui a commis l’erreur humaine, de rendre justice à la mère blessée ou à l’homme atteint dans sa dignité. J’essaierai d’être celui qui est là quand il n’y a plus personne et qui, pour tenir ce rôle, ne compte pas ses heures et y laisse le reste de sa vie.

Je serai avocat avec ma faiblesse, ma lâcheté, mes désirs, mes impuissances ou ma peur de la nuit, et, ce faisant, j’éclairerai peut-être, et rendrai presque arpentables, qui sait, quelques quartiers de la nuit des autres, et soulagerai un peu leur peur*.

Je remercie ici celui que je ne pourrai jamais appeler confrère, et regrette de n’avoir pas pu faire tout ça pour lui.

 

*Renaud Camus



Sarkozy court encore

Pour lancer sa campagne de 2012, le président Sarkozy avait donné une longue interview au Figaro Magazine, qui ne trouve guère à sa droite que Valeurs actuelles. C’est ce dernier titre de presse que l’ancien chef de l’État a choisi pour distiller quelques confidences brutales. Passons sur les propos qu’on lui prête, qui sont un message reçu cinq sur cinq par les adversaires du délire progressiste en voie de réalisation législative (il paraît que le publicitaire Jean-Michel Goudard se bornait à répéter, réunion après réunion à l’Élysée, qu’un message doit arriver à son destinataire), et sur la pâte « Buissonnière » qu’on aperçoit dans la manoeuvre : « Les Français foncent à tribord, je reviendrai par là. » Il est en effet évident, au regard de la désintégration du centre, des récents éléments que différentes enquêtes d’opinion ont apportés (demande de chef, d’autorité, rejet de l’islam, etc.) et de la popularité deMarine Le Pen que la stratégie sera de justifier le retour par le potentiel élevé d’accession au second tour de la présidente du FN et par la gravité de la crise économique que les socialistes n’auront pas su affronter. Nicolas Sarkozy pourra se présenter comme le seul à pouvoir parer aux deux risques, incarnant au passage l’homme providentiel, ce qui correspond aux institutions monarchistes de la Ve République.

Sarkozy court encore dans Liens mention_fr

Les bobos le prennent de haut et continuent leurs courses au marché d’Aligre

C’est l’histoire d’un type qui a tout pour déplaire. Parce qu’il porte de grosses montres, fait broder ses initiales sur ses chemises comme Patrick Abitbol dans La vérité si je mens, jogge avec un tee-shirt NYPD et ne s’embarrasse pas d’exactitude syntaxique, le vieil argent ne l’aime pas, le regarde de loin, mais « Sarko » leur tord le bras et ils votent quand même pour lui.

Parce qu’ils ne le comprennent pas et parce que Libération leur a dit que le bonhomme était infréquentable, les bobos essaient de le prendre de haut, le rangeant vite fait bien fait dans l’extrême droite, et continuent leurs courses au marché d’Aligre.

Parce qu’il les méprise, leur fait peur, les ridiculise, se moque complètement de leur avis et leur boxe régulièrement dans les dents, les cuistres qui font et défont les carrières dans les milieux médiatico-culturels subventionnés le détestent et le taxent de fascisme, au hasard, à court d’arguments.

Spontanément, j’ai plutôt de la sympathie pour quelqu’un qui a ce genre d’ennemis. Travers d’aspirant avocat, sans doute : quand des conglomérats se liguent contre quelqu’un, surtout s’ils se drapent d’oripeaux de vertu, j’ai tendance à vouloir le défendre. Il n’y a de pensée comme d’amour que lorsqu’il y a risque.

Le sarkozysme est l’alliance du colbertisme et du libéralisme

Ma conviction est que le sarkozysme existe bel et bien. C’est une sorte de philosophie politique de l’action, l’alliance du colbertisme et du libéralisme, l’idée que la France peut se battre dans la mondialisation sans sacrifier la force de son État.

Mon autre conviction, c’est que la droite ne peut pas se passer de son leader. Il ne me semble pas que la pensée notariale de M. Fillon ou l’expertise du marketing dont fait preuve M. Copé suffiront à emporter suffisamment d’enthousiasme pour battre M. Hollande, qui n’est pas le moins habile.

Ma troisième conviction, c’est que les socialistes ont fait la démonstration, en quelques mois à peine, de leur absolue nullité. D’une part, leurs mesures qu’on croirait enseignées par un professeur sénile de Nanterre sont en train d’étouffer le pays. D’autre part, ces mesures, masquées par un lexique trompeur (« égalité », « justice », etc.), sont clairement liberticides ; il ne se passe rien d’autre qu’une spoliation à grande échelle.

Il m’arrive de rencontrer, probablement par masochisme, des directeurs d’établissement public, des patrons de musée, des responsables de diverses associations pour la jeunesse ou l’insertion, des têtes de gondole du cinéma ou des élus aux mandats multiples. Tous ces gens ont en commun de vivre de l’argent public, de l’argent des pauvres. Aucun, parmi eux, ne s’en tourmente la conscience. Dépenser allègrement les deniers des paysans pour organiser tel ou tel vernissage inutile, où vient pérorer toujours le même aréopage d’arrivistes arrivés, leur paraît être le cours normal des choses. Dans ce genre d’événement où l’on croise Pierre Bergé ou Jean-Michel Ribes, Christophe Girard ou Nicolas Demorand, Valérie Trierweiler et tous les Inrockuptibles réunis, c’est la gauche Nouvel Obsdans ce qu’elle a de plus semblable aux anciennes élites de la RDA, vautrée sur les banquettes du Lutetia, c’est-à-dire sur les ruines confortables et fumantes d’une France qui s’est déjà effondrée. Elle n’est qu’un symptôme, celui d’une dérive historique, d’un naufrage administratif. « Le poisson pourrit toujours par la tête », disait Mao.

L’administration a renoncé depuis longtemps à mettre ses salariés au travail

Le pouvoir socialiste ne fera rien contre ça. C’est parce qu’il n’anéantit pas les privilèges catégoriels qu’il ne peut qu’augmenter les impôts. L’oligarchie étatique, c’est lui. A-t-on vu un quelconque début de réforme des collectivités locales, plus impotentes que jamais ? Non. A-t-on entendu qu’on allait aligner les conditions de travail des salariés du public sur celles du privé ? Bien sûr que non, on est pour l’égalité, mais pas jusque-là. Va-t-on cesser de perdre des milliards dans la politique de la ville ? Vous n’y pensez pas. La liste est longue, je m’en tiendrai à ces exemples.

Il suffit d’essayer d’obtenir quelque chose du secrétariat de mon université, la Sorbonne, pour comprendre que l’administration a renoncé depuis longtemps à mettre ses salariés au travail. La France est ce pays étrange où une partie du peuple se crève à la tâche pour que l’autre puisse continuer son interminable léthargie.

Peut-être faudra-t-il, dès lors, qu’un type à l’énergie communicative vienne inverser le processus. J’avais crié son nom dans des salles surchauffées au printemps 2007. Cinq années durant, je ne l’ai pas regretté. J’ai continué de le soutenir contre tous, autant que possible, peut-être par fidélité. Il est vrai qu’à ce que je dénonce, il n’a guère touché autant qu’il eût fallu ; mais c’était la crise, et la crise, c’est la nouvelle guerre : il faut parer au plus urgent. J’aimais bien, moi, ce mec aux faux airs de Tony Montana, qui parlait franchement, arborant régulièrement le teint de quelqu’un qui dort peu, qui se bat, qui doute, qui avance. J’ai toujours trouvé bon signe qu’il ait eu contre lui les journalistes, les syndicats, les militants de l’Unef et une bonne partie des intermittents du spectacle. Qu’a-t-on lu dans les récents ouvrages narrant les coulisses de son mandat ? Le portrait d’un homme d’État obsédé par le maintien du rang de la France, son redressement économique, son avenir. Je suis navré d’avoir à écrire que le pays se portait mieux pendant les quatre années de crise qu’il a eu à subir que depuis neuf mois. Aujourd’hui, tout est congelé : les entreprises sont suspendues à l’instabilité fiscale. Et je dois bien affirmer, aussi, qu’il est une jeunesse qui ne se reconnaît pas dans ce que l’énarchie socialiste veut pour elle ; une jeunesse qui n’a pas envie de travailler 32 heures par semaine, de prendre sa retraite le plus tôt possible ou de faire payer son loyer par l’État. Il y a une jeunesse qui a encore un appétit pour la conquête, un goût pour la bataille et le sens de l’honneur. Les pensées vertueuses ne sauraient lui suffire, elle se moque des voeux pieux égalitaristes et de l’abdication intellectuelle de la gauche Pascale Clark. Cette jeunesse-là est étouffée.

Le bouleversement dont la France a besoin demande du courage, de la ténacité, un zeste d’autorité, le sens de l’État et la force de la conviction. De Gaulle est mort, Sarkozy court encore.



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