N’ayez pas peur !

Après l’écriture de mon deuxième livre, où il est question d’une forme de rédemption par rapport aux jours sans lendemain, et alors que je passais les examens qui allaient me faire décrocher, en cas de bonheur, un diplôme de droit – ce qui constitue une forme de projection dans l’avenir, la construction d’une vie d’adulte, bref, une page qui se tourne, quelque chose comme ça -, j’ai commencé à songer à arrêter de fumer, je fume un paquet par jour depuis environ sept ans. Le faire, ce serait en finir pour de bon avec cette vie de bohème que j’ai tant aimée, à laquelle tant de gens rêvent, qui est la nourriture de tant d’oeuvres, de tant de jolies chansons et de jolis films.

Ce songe que, à vingt-trois ans, j’avais terminé ma jeunesse, que baiser sans capote, cloper comme un porc, conduire mon petit scooter avec deux grammes dans le sang et raconter n’importe quoi, m’abandonner à la paresse, rêver, tout ça était fait, accompli, ce passage obligé où l’on brûle un peu ses vaisseaux, ce passage qu’on doit emprunter, je crois, parce que c’est bien, parce que c’est agréable, et je me demandais, tiraillé, s’il fallait vraiment arrêter cette existence-là, ce mode-là d’existence, juste parce qu’on a peur, parce qu’on a peur du sida, du cancer, de l’accident, du chômage, je me suis demandé si je n’avais pas envie de continuer, justement, à faire un peu n’importe quoi, en même temps que je me suis dit que j’allais sans doute le regretter plus tard, mais à vivre pour plus tard, on se réveille, retraité, sans avoir vécu (pirouette facile).

Je craignais, aussi, d’écrire moins ou moins bien, de ne plus aimer écrire ou de ne plus en être capable, tellement j’ai un rituel pour faire ça, de la musique et une cigarette, toujours, quoi qu’il arrive, c’est, par un retournement sémantique, une respiration pour moi, une pause, en même temps qu’un travail de l’esprit et des sens, de la sensibilité, je fais vibrer les cordes de mon coeur, et pour ça, j’ai besoin d’une chanson mélancolique et du tabac. On ne peut jamais jouir complètement, la mort est toujours proche, son idée, sa conscience et sa certitude vertigineuse.

Manifestants pour tous, vous vous trompez de bataille

Peut-être que l’urgence, finalement, en France, c’est la poésie, le retour à la poésie, peut-être que le plus urgent, c’est de ne plus avoir peur et de recommencer à fumer partout, de rire au nez des voisins qui demandent qu’on baisse la musique, de moquer les campagnes de prévention en tout genre qui mettent en garde contre l’alcoolisme ou la dépression nerveuse, peut-être que le plus urgent, c’est de boire, de rire et de conduire ivre, de téléphoner au volant, d’arrêter de mettre sa ceinture ou de vérifier que le shampoing qu’on achète ne contient pas de paraben, et de ne pas se laisser terroriser par les terroristes. Michel Houellebecq écrit que « ce qui aide le plus, psychologiquement, c’est de se dire que c’est maintenant ou jamais, now or never ». Je crois que les étudiants ont mieux à faire que de manifester pour leur retraite ou contre le mariage des folles sans qui ma vie serait bien fade.

Le débat qui entoure cette réforme législative aura été le théâtre d’un gigantesque naufrage intellectuel, la parade de l’intolérance la plus bête, l’expression d’un discours agressivement débile, et la libération d’une parole homophobe, d’une haine tranquille des homosexuels ou d’une répulsion des pédés et des gouines, d’un dégoût à leur endroit, au mieux d’une réprobation. Je trouve triste, franchement triste, de voir que tous ces gens qu’on n’entendait pas, et dont j’ai commencé par comprendre le combat, cachaient en fait une pensée dégueulasse, qui désormais s’étale calmement dans les déjeuners de famille et bruyamment autour de l’Assemblée nationale. À vous, les manifestants pour tous, je dis que vous vous trompez de bataille, qu’une partie d’entre vous, peut-être majoritaire, mène celle-là par pur rejet de l’autre ou, pour certains, par effroi de ce que vous êtes vraiment, du lieu où vous vous trouvez, c’est-à-dire tout simplement dans le placard, dont vous ne parvenez pas à sortir parce que vous êtes pleutres. Certains d’entre vous, s’ils avaient du courage, ne seraient pas dans vos rangs, mais dans ceux de la Gay Pride. N’en voulez pas à ceux qui n’ont pas peur d’eux-mêmes.

Alors que notre pays traverse une crise protéiforme, une crise à la fois économique, sociale, culturelle et spirituelle, une crise de civilisation, une crise de gouvernance et une crise de valeurs, je crois qu’il faut que son peuple reprenne les armes qui ont fait sa gloire. La France est comme perdue, n’a plus ni cap ni capitaine, c’est un vieux paquebot magnifique pris, moteur éteint, dans la tempête de la mondialisation libérale, un système nouveau qui ne correspond pas à nos cinq ou six derniers siècles d’histoire. Nous ne savons pas faire sans l’État, sans que les ordres viennent d’en haut ni que les réussites individuelles créent la richesse collective, parce que nous n’avons jamais procédé ainsi. Les Français attendent encore que le roi leur donne du travail et du pain, ils en veulent encore à leur voisin quand il change de voiture, et leurs ministres en sont réduits à clamer partout qu’ils sont tellement mauvais gestionnaires de tout qu’en vingt ou trente ans de carrière ils n’ont pas réussi à gagner d’argent.

La France a besoin d’une grande entreprise de responsabilisation individuelle

J’entends tous les jours des jeunes diplômés des plus grandes écoles françaises déplorer auprès de moi qu’ils ne trouvent pas d’emploi. Et je réponds inlassablement qu’ils n’ont qu’à le créer. Quand aucune entreprise ne veut nous recruter, il ne faut pas s’en prendre aux riches, à la conjoncture ou au gouvernement, même si on peut leur trouver une responsabilité dans notre malheur, et se déclarer précaire avec le langage de l’Unef : il faut monter sa boîte, essayer de la faire tourner, trouver une idée, échafauder un projet, et au moins tenter le coup, quitte à échouer une ou deux fois, avant d’aller quémander tel ou tel salaire public. « Le socialisme ne dure que jusqu’à ce que s’arrête l’argent des autres », disait Margaret Thatcher. La France a besoin d’une grande entreprise de responsabilisation individuelle, il faudra dire qu’on ne peut pas impunément tenir des discours rassis ou adopter un comportement bovin face au travail sans en payer les conséquences. Tout, hélas, n’est pas de la faute de notre président désinvolte, même s’il serait bon qu’il démissionne tout de suite.

À ceux qui battent le pavé en mocassins Tod’s en se découvrant tout à coup une passion pour le régime juridique de la filiation, à ceux qui croient n’être recrutés nulle part à cause de la consonance de leur nom, à ceux qui demandent à l’État de salarier les étudiants, aux Versaillais et aux gauchistes, aux jeunes-de-banlieue-victimes-de-discriminations, aux bobos illettrés et aux syndicalistes, n’ayez pas peur ! Il n’y a de pensée comme d’amour que lorsqu’il y a risque. On pourrait ajouter de bonheur, de joie, de succès, de plaisir. Le salut de la France viendra de notre capacité à retrouver notre âme de guerrier, car nous sommes en guerre, ne serait-ce que pour tenir notre rang sur la scène mondiale. Françaises, Français, formez vos bataillons !



Que reste-t-il du socialisme ?

Dans les pays démocratiques, il est beaucoup de gens dont le rôle consiste exclusivement à commenter l’action des gouvernants. C’est souvent mon cas dans cette chronique et c’est une position confortable, d’autant que les commentés sont presque obligés de ne pas répondre. On comprendrait une forme de mépris de leur part, tant il est difficile de tenir les rênes d’un ministère et facile d’en accabler le cocher sous les invectives. Sauf que les gouvernants ont voulu gouverner, ils ont voulu sinon le pouvoir, au moins ses attributs, son adrénaline, son prestige, et la réponse qu’il constitue à qui cherche à donner un semblant de sens à son existence. Pourquoi décide-t-on de présenter sa candidature, de briguer un poste ? Comment en arrive-t-on à penser qu’on peut ou qu’on doit être utile à son pays ? Quelle est la proportion de patriotisme, quelle est la proportion d’ego ? Soulève-t-on une salle pour le salut de laFrance ou pour panser les plaies d’une blessure narcissique, d’un besoin de reconnaissance ? Derrière chaque réussite se cache sans doute une revanche, la réparation d’un malheur ou d’un outrage.

Depuis bientôt un an, l’actualité politique vit au rythme des erreurs et des errements de la nouvelle majorité. Je n’en ferai pas l’inventaire jusqu’à ses dernières illustrations, j’ai plutôt tendance à défendre ceux que tous moquent ou conspuent, et n’aurais guère de difficulté à me faire l’avocat de M. Hollande. Il devient lassant de lire et d’entendre ces torrents de vérités à son sujet, de voir les médias, qui ont voulu son élection, rappeler chaque jour qu’il est mou, qu’il est nul, qu’il est faible, qu’il est creux, qu’il n’est pas calibré pour la fonction, qu’il négocie mal avec nos partenaires européens et qu’il a fait redescendre la France de la place que son prédécesseur avait réussi à lui faire regagner sur la scène internationale. Les faits sont durs, mais ce sont les faits : les Français ont pris acte de leur déclassement en élisant cet éternel premier secrétaire. Ils ont envoyé un message que le monde a reçu cinq sur cinq : on jette l’éponge.

Dépression

Cette actualité masque comme d’habitude la réalité des choses, qui est la dépression nerveuse de la nation, physiquement incarnée par le Premier ministre. Les socialistes s’attaquent aux conséquences en en créant les causes : ils constatent le chômage, décident de le sur-indemniser (on ne compte plus le nombre de gens qui touchent indûment des allocations), et pour ce faire sont contraints d’augmenter les impôts, ce qui a pour effet mécanique de créer encore plus de chômage. Les entreprises, molestées par la conjoncture, licencient pour alléger leurs frais fixes, les socialistes répondent par un Code du travail obèse qui dissuade l’embauche. Les lycéens ne savent plus lire ni écrire, on s’empresse de baisser le niveau du baccalauréat, puis on crée des « emplois d’avenir » pour les jeunes en perdition que ce système a produits. Ces emplois coûtent cher, donc on augmente les impôts, donc on déprime tout le monde, et les jeunes qualifiés s’en vont. C’est sans fin jusqu’à l’effondrement complet, mais l’histoire nous a enseigné que le pire peut indéfiniment s’aggraver.

Le socialisme est une belle idée qui ne peut être viable que si elle n’est pas synonyme d’impotence publique. Le socialisme, c’est bien, mais pas quand ça donne lieu au naufrage intellectuel que constitue le progressisme. Faire de grands projets publics, c’est une tradition française depuis Louis XIV, mais ça n’autorise pas les conseils régionaux à faire n’importe quoi avec l’argent des pauvres. Accueillir les malheureux de la terre, c’est contribuer au rayonnement de la France dans le monde, mais ça ne veut pas dire qu’il faut pour cela mettre à bas cinq ou six siècles d’histoire au nom d’une conception excessive de l’hospitalité, d’un manque de courage et d’une haine de soi. L’impôt, la redistribution, la santé et l’école gratuites, ça fait la conscience collective, mais ça n’implique pas nécessairement de basculer dans l’expropriation. Or, c’est ce qui advient aujourd’hui. Ce ne sont ni Blum ni Jaurès qui sont au pouvoir, mais Audrey Pulvar et Roselyne Bachelot, c’est-à-dire une vision de la société culturellement pauvre, philosophiquement nulle et spirituellement inexistante.

Que la gauche devienne réactionnaire, qu’elle bouscule les corporatismes par son sens de l’État, qu’elle supprime les privilèges catégoriels par son intransigeance, qu’elle renvoie la jet-set à son vide insondable, et elle retrouvera peut-être le sens du peuple. C’est mal parti.



Une gêne obscure

À la fin de la pièce d’Edmond Rostand, le comte de Guiche, devenu duc, dit à Roxane, évoquant Cyrano :

Oui, parfois, je l’envie.

- Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie,

On sent – n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal !

Mille petits dégoûts de soi, dont le total

Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure ;

Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure,

Pendant que des grandeurs on monte les degrés,

Un bruit d’illusions sèches et de regrets,

Comme, quand vous montez lentement vers ces portes,

Votre robe de deuil traîne des feuilles mortes.

Guiche était ce qu’on appellerait aujourd’hui un « responsable politique », pas Cyrano. Le premier sent une gêne obscure peser sur ses épaules, pas le second, qui aux honneurs publics, à l’argent, aux laquais a dit non, merci. Un fossé manichéen sépare-t-il les deux hommes ? Non. Le puissant, dans cette épopée, est presque un brave homme, touchant dans son amour éconduit, valeureux au combat, capable d’avouer le dégoût qu’il a de lui-même.

Peut-on tout exiger de nos parlementaires, de nos ministres et de nos rois ?

Descendre de l’Olympe en quelques heures devient presque habituel : hier DSK, aujourd’hui Cahuzac… Ces deux-là ont en commun d’avoir cru pouvoir tout avoir et partagent un goût pour le secret assez amusant à l’heure du Big Brother webmatique, où l’idée même de vie privée risque de devenir un concept ancien. Il n’est pas de grand homme pour sa femme de chambre. Il est souvent décevant de trop bien connaître quelqu’un qu’on a admiré.

À l’heure où une gauche qui se voulait morale et blanche pointait les liens de la droite avec les détenteurs des moyens de production, je pensais : « C’est sûr, quand on n’a jamais mis les pieds dans une entreprise et qu’on doit tous ses subsides à la collectivité, il est assez facile de ne pas se compromettre avec Bouygues. » L’intégrité d’un homme est-elle vraiment totale quand il a vécu grassement, depuis ses vingt ans, de l’argent de l’État ? C’est le cas de M. Hollande et de nombreux membres de son entourage.

L’intégrité d’un homme est-elle vraiment salie quand il a, pour créer telle ou telle affaire, dû s’arranger un peu avec sa déclaration fiscale ? C’est le cas de beaucoup des entrepreneurs qui créent les emplois des salariés français. Je n’en sais rien, je n’ai pas de réponse, je pose simplement ces questions.

Veut-on vraiment d’un système à la nordique où, quand un ministre s’achète un tube de dentifrice, il doit en produire la facture pour qu’on soit certain qu’il l’a fait avec ses propres fonds ? Les barons locaux du socialisme décentralisé, qui se créent des obligés grâce aux ponctions qu’ils font sur leurs administrés, ont-ils la conscience tranquille pour juger du cas de M. Cahuzac ? Les décideurs du cinéma français peuvent-ils vraiment aller distribuer leurs leçons de morale sur les plateaux de Canal+alors qu’ils ne tiennent leur fortune que de la générosité d’un peuple écrasé par son administration ? Je pose les questions.

Qu’il est difficile aujourd’hui d’être un homme politique !

Le général de Gaulle qui disait craindre que Colombey-les-Deux-Églises ne devienne Colombey-les-Deux-Mosquées n’aurait pas échappé à l’accusation en vogue d’islamophobie. Churchill était un alcoolique patenté et réjoui. John Fitzgerald Kennedy, un obsédé sexuel caractérisé. Trois des plus grands chefs d’État du XXe siècle que Mediapart pourrait aujourd’hui faire exploser en vol.

S’il ne faut pas fermer les yeux sur le risque toujours présent d’une captation du pouvoir par une oligarchie mêlant puissance publique, puissance privée et puissance médiatique (en gros, les gens qui déjeunent à la Cigale Récamier), il ne faut pas non plus écarter le constat qu’il est très difficile, aujourd’hui, d’être un homme politique. Le physique est moqué, l’action méprisée, la parole ridiculisée. Les humoristes des matinales de radio ont bien plus d’influence que les ministres, qui en ont nettement moins que les patrons de banque. On ne s’intéresse guère à la probité des dirigeants économiques, car ils n’ont pas reçu de mandat populaire et ne prennent pas de décision quant à la destination de l’argent public. Mais ce sont eux qui ont le pouvoir, et ils sont nombreux à s’enrichir sur le dos des pauvres. Ne doit-on pas leur demander de rendre des comptes ? Que craint-on ? Stéphane Guillon doit-il continuer de s’acharner sur Nadine Morano ou devrait-il s’attaquer, pour une fois, à plus fort que lui ? L’ivresse du pouvoir devra bien aboutir à la cellule de dégrisement, si l’on tient à ce que force reste à la loi.



L’affaire Cahuzac s’achèvera-t-elle aux assises ?

Cahuzac, c’était un type qui avait réussi à faire en même temps deux des carrières réputées les plus chronophages, celle de médecin et celle d’homme politique. C’était un type qui se défonçait au sport, apprenait des poèmes par coeur, persécutait Bernard Tapie (on se poile) et pulvérisait les rangs parlementaires de la droite par son talent d’orateur brutal. Il se considérait lui-même comme « la révélation du gouvernement ». Las, de la même façon que tous les gens bien informés savaient que Dominique Strauss-Kahn ne luttait pas contre son addiction sexuelle, le goût pour l’argent de M. Cahuzac était connu, la meilleure preuve étant sa clinique d’implantologie capillaire, métier qui, pour un chirurgien, n’a aucune noblesse et n’est exercé que pour sa rentabilité (les ex-chauves du Tout-Paris en savent quelque chose).

Il a confié la répression des fraudes à un fraudeur !

Drôle de gauche. Quand on repense à l’attitude de père Fouettard dont avait usé M. Hollande à l’encontre du président Sarkozy lors du débat qui les opposa en 2012, on se pince. En dix mois, le candidat socialiste a fait tomber le rideau, définitivement : sur le mélange vie privée-vie publique qu’il reprocha à son adversaire, il est totalement décrédibilisé par l’hystérie bécasse de sa compagne. Sur la justice, alors qu’il avait accusé Nicolas Sarkozy d’être le « président des riches », il a tellement déchiqueté les pauvres de sa tronçonneuse fiscale qu’on se demande de qui il est le président, à part des cadres de la CGT. Sur la jeunesse, il ne s’est strictement rien passé. Elle s’en va quand elle le peut, et pour celle qui reste, soit elle deale de la drogue soit elle vote Le Pen. Sur l’Europe, où on allait voir ce qu’on allait voir, c’est Merkel qui décide et c’est tout. Et maintenant sur l’exemplarité, dont M. Hollande parlait avec un ton professoral, comme s’il allait de sa règle en fer taper sur les doigts de M. Sarkozy, on découvre, moins d’un an après l’élection, qu’il a confié la répression des fraudes à un fraudeur. Quelle débâcle ! C’est à se demander si ce président-là pourra terminer son mandat.

Le plus éclairant, ce qui permettra d’évaluer l’ampleur de cette affaire, énorme ou gigantesque, sera de savoir d’où viennent les fonds approvisionnant les comptes secrets de l’ancien ministre du Budget et à quelle date ils ont été versés.

Car si, comme il se raconte, l’argent vient de laboratoires pharmaceutiques et qu’il est venu pendant que M. Cahuzac s’occupait des fameuses autorisations de mise sur le marché de médicaments au cabinet du ministre de la Santé Claude Évin, ou peu de temps après en guise de remerciement, la qualification juridique des faits va changer.
Il faudra déterminer :
1/ quels médicaments ont obtenu leur AMM avec le concourt de M. Cahuzac ;

2/ quels médicaments, parmi eux, se sont trouvés être finalement défectueux ou nocifs.

D’où viennent les fonds ?

Car pour des produits inoffensifs les laboratoires n’ont pas besoin de corrompre les pouvoirs publics : ils achètent l’âme de gens comme M. Cahuzac lorsqu’ils se demandent si, par hasard, telle ou telle nouvelle molécule au fort potentiel de rentabilité ne va pas au passage achever une ou deux centaines de malades.
Par ricochet, l’ancien ministre du Budget, au-delà d’avoir porté un très grave coup à la parole publique (qui n’en demandait pas tant), pourra s’être rendu coupable de faits extraordinairement plus lourds. Il ne faudra pas oublier, non plus, les généreux auteurs des libéralités lui ayant été consenties : d’où viennent les fonds ? J’ai cru lire ça et là dans la presse quelque amitié liant l’ancien maire de Villeneuve-sur-Lot à quelque « responsable des relations publiques » d’un grand laboratoire français. À charge pour l’institution judiciaire, maintenant, de faire mentir la fable de La Fontaine sur les jugements de cours.

Jérôme Cahuzac avait beaucoup gagné.

Rien n’a changé depuis La Thébaïde de Racine :

« La victoire, Créon, n’est pas toujours si belle :

La honte et les remords vont souvent après elle.« 



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