Stockholm

Une clameur s’est levée contre l’embastillement de Nicolas et c’est heureux. Comme d’habitude, l’État, le gouvernement, les juges, la loi censée être « la même pour tous, soit qu’elle protège soit qu’elle punisse », la France en ce qu’elle est personnalisée juridiquement par ses institutions est comme atteinte du syndrome de Stockholm : brutale avec ceux qui l’aiment, qui la défendent, qui cherchent à préserver ce qui la fait exister depuis deux mille ans, et incroyablement laxiste, faible, permissive, couchée devant ceux qui la détestent, la heurtent, la blessent, et sont indignes d’elle.

Les jeunes qui avaient agressé des passagers d’un RER D à Grigny s’en tirent à bon compte, Nicolas est incarcéré à Fleury-Mérogis. Pour faire un exemple, paraît-il ; l’individualisation des peines va contre tout jugement à caractère politique : ces juges-là ont outrepassé leurs prérogatives.

À Grigny, les barbares d’un genre qu’on ne présente plus ont droit à la clémence d’un État fou, tandis que le Veilleur, militant d’idéaux qui le regardent, qui ne sont pas les miens, mais qui, au moins, ne sont pas tournés vers tel ou tel subside, allocation, droit pécuniaire, ce militant qui ne brûle pas de voitures, ne caillasse pas de camions de pompiers, ni ne tape sur sa femme ou sa soeur a droit à Fleury, car il menace la doxa de cette gauche infâme, à la fois socialisante et aplatie devant la mondialisation, cette gauche qui met la France au chômage et l’ouvre à tous les vents, à des courants d’air froid, ceux du monde globalisé, c’est-à-dire ceux du consumérisme, du déracinement, de l’hébétude. Ces courants-là sont ceux des États-Unis et de la Chine, de la vulgarité et de l’esclavage. Ce sont ceux de l’ère du prénom.

Les barbares de Grigny aiment ces vents-là : ils veulent de la thune, de grosses voitures et des meufs réduites à barboter dans des piscines hollywoodiennes pendant qu’ils beuglent leur soif du vide insondable de la jet-set.

Les Veilleurs veulent autre chose. La moindre des corrections, de la part de l’État français, serait de leur en savoir gré.



La vie en gauche

Nous sommes entrés en gauche. Ça y est. Les contrôleurs aériens ont entamé une grève honteuse pour continuer à travailler cinq fois moins que leurs collègues américains. Les cheminots leur ont emboîté le pas, sans que l’on sache vraiment pour quelle raison, sinon maintenir un système qui rend le train hors de prix, la taxe facile à bord et coûte cher à l’État. Avec la même volonté d’assommer les plus méritants au profit des plus paresseux, le gouvernement annonce une réforme de l’auto-entreprise qui ne manquera pas d’abîmer une des meilleures innovations du précédent quinquennat.

Pendant que les auto-entrepreneurs usagers d’Air France et de la SNCF, c’est-à-dire les gens qui-se-lèvent-tôt-le-matin, doivent composer avec ce délire syndical bâtisseur de chômage, le président de la République pérore avec la jet-set, se voyant gratifier de tous les compliments par l’icône de l’esprit Canal Jamel Debbouzequi insulte au passage et à l’Élysée l’ancien chef de l’État, tout ça sous le regard attendri de la très utile et très compétente Yamina Benguigui, qu’un juge d’instruction consciencieux aurait déjà dû mettre en examen pour détournement de fonds publics. Éclatante illustration de ce que pointait récemmentAlain Finkielkrautla France réduite à la nuance du Festival de Cannes et des banlieues.

Le socialisme s’arrête là où s’arrête l’argent des autres

Hollande et Ayrault semblent avoir réellement décidé de ne pas mener de politique courageuse. Augmenter les impôts, contrairement à ce que pensent des gens qui croient être des hommes d’État parce qu’ils exproprient le peuple, n’est pas courageux. Ce qui témoignerait d’un peu de punch, ce serait de mettre en pièces les privilèges catégoriels : ceux sus-cités, et les autres. Anéantir définitivement toute forme de système permettant à quelqu’un comme M. Guéant de se servir allègrement dans les caisses étatiques.

Remettre en marche les médias publics, façon grecque. Faire un choix quant à la mondialisation : veut-on continuer à ne presque pas payer nos vêtements au prix d’un chômage de masse, ou a-t-on envie d’autre chose ? Supprimer toute forme de perfusion allocative à la kyrielle d’associations inutiles et autres intermittents paresseux (je force le trait, sans doute, mais ça existe). Etc., bref, assainir considérablement, complètement, la façon dont le pouvoir politique gère l’argent des autres – puisque, on ne le rappellera jamais assez, le socialisme s’arrête là où s’arrête l’argent des autres.

Le président sortant n’accomplira pas ce travail gaullien. Quelqu’un qui n’a jamais travaillé dans une entreprise, et qui n’a probablement jamais travaillé tout court (dixit Martine Aubry), qui n’a jamais eu à faire en sorte de terminer l’année avec un bilan comptable positif, et qui n’a jamais été dans la situation de devoir se battre pour garder son emploi, ne peut pas gouverner ainsi, c’est au-dessus de ses forces. Le laisser-aller, les poches trouées, les déjeuners à rallonge, bref, la vie dispendieuse et lente, sont sa façon d’être depuis une trentaine d’années, comme ses conseillers et ministres. Donc c’est parti pour quatre ans, quatre ans de crochet mou du gauche.



Virtuels

Il paraît que les cons osent tout, et que c’est même à ça qu’on les reconnaît. Les élèves de Sciences Po qui ont entonné le Chant des partisans en hommage au défunt adolescent dont on parle sur toutes les antennes ont osé. Il paraît que la vieillesse est un naufrage. Pierre Bergé a coulé. L’indécence médiatique oblige à rompre le délai de décence qui suit la mort d’un homme.

On ne sait par quel bout prendre l’hystérie collective qui agite les médias depuis ce triste événement. Il y a, dans ce déferlement de politiquement correct, une extraordinaire obscénité : la gauche Demorand semble presque contente d’avoir enfin là quelque chose qui viendrait valider trente ans de mensonge idéologique. Le journalLibération s’est une fois de plus ridiculisé, avec sa « mort d’un antifa » qui nous fait revenir à un certain 21 avril 2002 où France Inter se prenait pour Radio Londres.

Combat d’arrière-garde

À part l’implacable réalité du crime, tout est faux là-dedans : les étudiants de l’école la plus soumise qui soit à tous les dogmes se prennent pour des résistants, des groupuscules de déséquilibrés mentaux pour une menace fasciste, le ministre de l’Intérieur pour le gardien de l’ordre, les éditorialistes pour de grands esprits courageux.

Il n’y a aujourd’hui en France ni fascisme, ni résistance, ni ordre, ni courage. Ce militant avait sans doute la funeste illusion d’atteindre la fièvre de la lutte politique radicale, comme ses meurtriers. Mais que pouvaient-ils, chacun avec leurs noirs desseins, face aux forces qui actionnent désormais le destin des hommes et des peuples ? Rien. Le combat est ailleurs, et le leur est d’arrière-garde – plus déplorable encore est son issue.



Pour NKM #2

Le soir de la clôture de la primaire parisienne de l’UMP, je pérorais avec un ami en mocassins à glands rue du Faubourg-Saint-Denis, à la terrasse de Jeanette, repaire de la nouvelle boboserie parisienne. Au moment de quitter les lieux, vers une heure du matin, nous croisâmes, entourée de trois de ses conseillers, Nathalie Kosciusko-Morizet, diablement élégante dans un large pantalon blanc duquel dépassaient des talons à faire se pâmer d’admiration Anna Wintour.

Le débat public souffre d’un trop-plein de démagogie. L’heure est à la récupération : Copé avec la Manif pour tous, Valls avec les faits divers, Montebourg avec la colère syndicale. Si NKM a un mérite, et je crois que c’en est un, c’est de ne pas sacrifier le style aux exigences populaires de la politique, voire à y mettre un peu d’esthétique. Nombreux sont ceux qui auraient rapidement fait de lui conseiller de davantage « faire peuple », à la manière de l’horrible Marie-Arlette Carlotti qui prend l’accent du Sud quand elle fait campagne pour Marseille et le perd lorsqu’elle intervient en tant que ministre. NKM est ainsi définie par une raffarinade : « un produit de luxe en politique ».

Notre responsabilité, c’est de faire le plus beau continent du monde

Or, parmi la politique de responsabilité qu’avec d’autres je prône, les gouvernants d’aujourd’hui ont une responsabilité historique : quels grands chantiers, quels grands accomplissements prenons-nous à la charge de notre génération ? Au-delà de la gestion sociale du bien-être (ou du moins mal-être possible), que faisons-nous devant l’Histoire ? Quelles cathédrales ? Quel Versailles ? Quelles Florence, Bruges, Oxford, Venise, Amsterdam, Hambourg ?

Je crois que l’héritage singulier de l’Europe, c’est son patrimoine artistique, c’est la beauté. Notre responsabilité, c’est de faire le plus beau continent du monde, les plus belles villes, les plus belles banlieues, les plus belles côtes, mais aussi les plus belles voitures, les plus beaux immeubles, les plus belles maisons, les plus beaux trains, etc. Ce sont des chantiers immenses, du travail pour tous. Ce n’est possible qu’en sacrifiant d’autres conforts (la santé gratuite, le chômage payé, les emplois de Martine Aubry qui faisaient se tordre de rire le regretté Philippe Muray).

Ces conforts ne créent aucune valeur, alors que la beauté est une valeur autant pour nous-mêmes que comme bien à « échanger », notamment par le tourisme, devenu la première industrie mondiale, et aussi par le luxe au sens large, tout ce qui recèle une valeur esthétique. NKM en a une, serait une formidable ambassadrice de la France en général et de Paris en particulier. Faisons-la gagner !



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