Faut-il supprimer l’UNEF ?

J’ai découvert l’Unef lorsque mon lycée s’est vidé, sur injonction de nos professeurs, au moment des manifestations contre le CPE. J’ai eu alors l’occasion de mesurer ce que vaut « l’engagement des lycéens », et le niveau de mauvaise foi ou d’aveuglement des gens qui en ont soutenu la dernière expression. Penser que plusieurs ministres ont encouragé le récent mouvement, et que des parlementaires sont allés jusqu’à appeler à sa poursuite, notamment les Verts, offre un net éclairage sur l’ampleur du désastre. Comme l’écrit l’excellent Jean-Pierre Le Goff (« Briser l’influence du gauchisme culturel », Le Monde, 24 octobre 2013), « par un paradoxe historique et la grâce électorale du Parti socialiste, certains, toujours prompts à jouer la société contre l’État, à considérer l’idée de nation comme xénophobe et ringarde, se retrouvent ministres et représentants de la nation. » La gauche plurielle, c’est un alliage cauchemardesque qui conduit à ce qu’une dame comme Esther Benbassa, qui a accusé la police française de « rafle » dans l’affaire Leonarda, siège au Sénat.

 

Ces « nouveaux moralistes au pouvoir » qui « entendent éradiquer les mauvaises pensées et comportements en changeant les mentalités par la loi » sont, selon Le Goff toujours, « relayés par des militants et des associations qui pratiquent la délation, le lynchage médiatique et multiplient les plaintes en justice ». L’Unef en est un bon exemple.

Ce syndicat envahissant, je l’ai vu à l’oeuvre à l’université Paris-I. Ses militants sont aisément reconnaissables : ils n’ont pas encore découvert le shampoing ni la lessive, vous harponnent avec véhémence dans les amphithéâtres et déversent sur des étudiants consternés une espèce de bouillie léniniste tellement caricaturale qu’on se demande toujours s’il ne s’agit pas d’une caméra cachée. Si vous avez l’outrecuidance d’objecter à leur implacable doctrine quelque argument contraire, ou si vous soumettez par pure hypothèse la question de l’utilité de leur prise de parole, ils se font rapidement agressifs, voire très agressifs dans le cas où vous le feriez muni de vos mocassins à glands préférés, que par-dessus le marché vous portez en hommage au président Sarkozy et manifestez ainsi votre souhait de le voir revenir.

Rideaux de fumée

Or il semble qu’en les murs de la faculté sus-citée, ces gens qui se parent de toutes les vertus aient une nouvelle fois fait la démonstration de leur violence, physique cette fois, allant jusqu’à la rixe avec d’autres organisations étudiantes (voir l’article du Monde : Inquiétude après l’agression de deux étudiantes de l’Unef).

Les médias et les responsables politiques de gauche traitent toujours l’Unef complaisamment, alors que chacun sait très bien de quoi il s’agit. C’est un syndicat qui coûte cher au contribuable, qu’on interroge lorsqu’il s’agit d’entendre la jeunesse alors qu’il ne la représente pas, qui défile à la première occasion pour enfoncer toujours plus la France dans l’hébétude solférinienne et dont les responsables, outre le profit qu’ils tirent d’une gestion financière opaque, font leurs armes pour des postes et des circonscriptions. Ainsi a-t-on vu M. Bruno Julliard, ancien patron de cette association – un patron efficace, c’est grâce à lui que le CPE n’a jamais vu le jour et que des milliers de jeunes sans qualification sont restés au chômage – prendre du galon au Parti socialiste jusqu’à devenir l’adjoint à la Culture du maire de Paris (je cherche encore ladite culture).

Il faut « briser l’influence du gauchisme culturel », rappeler les lycéens à leur apprentissage de la complexité du monde, renvoyer les syndicats à leur inanité et supprimer leurs subventions. La majorité et ses démembrements se cachent derrière un lexique incontestable, agitant des mots comme « justice », « égalité » ou « progrès ». Avec eux, elle dresse des rideaux de fumée qui font office de paravent entre les citoyens et l’échec de l’idéologie au pouvoir. Ne nous laissons pas tétaniser par ces armes sémantiques. Elles ne nous écrasent que parce que nous ne les contestons pas.



Mais qui connaît M. Raouf Dafri ?

Il faut regarder l’émission Ce soir ou jamais qui a été diffusée le vendredi 18 octobre sur France 3. Y participaient entre autres Alain Finkielkraut et Abdel Raouf Dafri, scénariste à succès de séries télévisées. Ce dernier, dès sa première prise de parole, indique qu’il souhaite sortir du débat et s’en prendre directement à Alain Finkielkraut, qu’il interpelle en le montrant du doigt. Prenant appui sur la lecture de L’identité malheureuse, il accuse, avec une violente hostilité, son auteur d’avoir « une nostalgie un peu rance pour uneFrance qui n’existe plus ».

Comme si l’on pouvait reprocher à quelqu’un d’être nostalgique, comme s’il était répréhensible de regretter « une France qui n’existe plus ». Puis il adresse cette injonction au philosophe, qui tente de répondre, avec une virilité un peu grotesque : « Regardez-moi bien ! » Il croit lui donner une information en annonçant que Barrès, qui est évoqué dans le livre sus-cité et dont M. Raouf Dafri prétend que le portrait qui y est dressé est complaisant, était antisémite. Finkielkraut répond « diffamation », étaye son point de vue sur Barrès, est interrompu encore par le scénariste, sort de ses gonds, et reprend son explication, une explication brillante et limpide, devant un agresseur qui sourit comme le Joker de Batman et dont on devine à son regard rapidement ennuyé qu’il ne comprend rien à ce que dit le professeur. Il gardera ce ton menaçant pendant tout l’échange, « la faiblesse attise la haine », écrit Nietzsche.

Monsieur Dafri et ses beaux principes

Raouf Dafri est un homme vulgaire et belliqueux. Il incarne assez bien cette nouvelle jet-set Canal+, fière d’être analphabète, de se dire « de gauche » et de produire des oeuvres nulles aux frais de l’État. C’est un de ces nouveaux membres de la « grande famille du cinéma », un de ces lofteurs endimanchés qui avancent la bouche dégoulinante de beaux principes qu’ils se gardent bien de s’appliquer à eux-mêmes. Quand cet homme s’attaque en ces termes à Alain Finkielkraut, qui est probablement l’un des intellectuels français les plus importants de notre temps, et sans doute le plus courageux, c’est un peu comme si Eve Angeli donnait une leçon d’élégance à Romy Schneider, ou comme si un chihuahua, créature laide, agitée et stupide, prétendait faire tomber, par une morsure au mollet, un éléphant d’Afrique, beau, mélancolique et majestueux.

Le pouvoir aujourd’hui, le pouvoir médiatique, politique et économique, c’est M. Raouf Dafri qui le détient. Ce sont des gens comme lui qui nous gouvernent, qui imposent la culture dominante, qui dictent leur loi aux hommes politiques, et bientôt à la loi elle-même, puisqu’on a vu avec « l’affaire Leonarda » que les « valeurs » d’Harlem Désir étaient au-dessus des lois – Kelsen n’a plus qu’à rhabiller sa pyramide.

Finkielkraut, lui, n’a pas le pouvoir : il a l’oreille du peuple, dont il exprime les tourments. C’est noble. Il a la réflexion scrupuleuse et une culture sans égal. Surtout il a l’honnêteté intellectuelle, et le courage. Alain Finkielkraut est un homme qui prend des risques inouïs depuis le début de sa carrière pour essayer de penser vrai, de penser juste. Et pourtant il est humble, et pourtant il n’a pas confiance en lui : sur les plateaux de télévision il tremble, mangé par le stress. Sa pensée, tortueuse, tumultueuse, complexe et patriote, est aussi un vague-à-l’âme, et c’est en cela qu’elle est si française. Alain Finkielkraut, c’est la singularité de notre pays, c’est la littérature, c’est l’engagement, c’est le combat sabre au clair. Alain Finkielkraut, c’est la France, et c’est la France, hier, qu’on a insultée.



Incohérence à gauche

L’affaire Leonarda est clivante, symptomatique des contradictions internes à la gauche, et elle pose des questions multiples, sur l’immigration, bien sûr, mais aussi, de façon plus générale, sur l’action publique.

Si la majorité ne parvient pas à s’entendre sur un sujet comme l’immigration, c’est parce qu’elle manque de cohérence : elle est à la fois anti-libérale et sans-frontiériste, elle veut plus d’État, mais celui-ci ne doit pas avoir de territoire délimité d’action ou, s’il en a, ne doit pas y être souverain, par exemple ne pas avoir d’armée, comme le réclame M. Duflot, et en tout cas pas de frontières auxquelles raccompagner des étrangers. Cela revient à vouloir qu’il n’y ait pas d’État du tout, ce en quoi les socialistes et leurs alliés rejoignent les libertariens américains, à l’opposé exact de tout ce qu’ils professent.

La question de cette élève kosovare expulsée est une fausse question. C’est un miroir aux alouettes. Même s’il y a bien une vraie question dans la fausse, celle de la façon dont elle a été interpellée (si cela a en effet eu lieu dans les conditions brutales décrites par la presse, il faudra supprimer à l’avenir ce type de procédure), c’est un écran de fumée, parce que l’immigration de masse en France ne vient pas du Kosovo. La gauche semble être incapable d’aborder ce sujet autrement qu’en évoquant l’Europe de l’Est, alors que la grande majorité des étrangers venus s’installer en France depuis les années 1970 viennent d’Afrique, qu’il s’agisse du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne. Pourquoi craint-elle la vérité ? Pourquoi cherche-t-elle toujours à emprunter des détours ? Si seule l’extrême droite regarde le réel en face, il ne faut pas s’étonner que le peuple, confronté à ce réel et pas au monde imaginaire des socialistes, vote pour elle.

Débandade générale

Le conflit qui semble sous-tendre l’actualité récente est celui qui oppose ceux qui pensent que nous formons encore une collectivité à ceux qui estiment qu’il n’y a plus de pouvoir politique, plus vraiment de nation, les fameux citoyens du monde, c’est-à-dire Yannick Noah, l’icône de la campagne de François Hollande, main dans la main avec Goldman Sachs (toujours ces contradictions).

Voulons-nous, par exemple, décider collectivement qu’en France on ne travaille pas le dimanche, ni après 21 heures ? Je n’ai pas de religion bien arrêtée sur cette question, je suis plutôt libéral, j’aurais tendance à considérer qu’il faut laisser les travailleurs travailler et les entrepreneurs entreprendre, mais je n’ai pas vu non plus les Parisiens errer comme des zombies, morts de faim, parce que Monoprix avait fermé avant minuit, ni sentir tellement mauvais à force de déambulation parmi des rues éteintes qu’il leur faille se précipiter chez Sephora à 4 heures du matin sur les Champs-Élysées, pas plus que, le dimanche après-midi, je n’ai eu l’impression que des gens se soient cogné la tête contre des murs faute d’avoir pu acheter des clous chez Castorama. Cette frénésie anti-choix politique est absurde, qu’il s’agisse de politique migratoire ou de politique économique – ou alors, supprimons directement l’État français, pourquoi pas, il coûte tellement cher.

De la même façon, peut-on encore décider, rationnellement, sans dureté aveugle mais sans émotion non plus, de qui entre et qui n’entre pas sur le territoire français ? A-t-on encore le droit d’édicter, collectivement, des critères pour cela, voire des chiffres, un nombre de personnes à ne pas dépasser par an ? A-t-on la possibilité légale de dire que, l’intégration des étrangers fonctionnant mal depuis une trentaine d’années, il faut fermer la porte le temps de laisser la République adopter les nouveaux venus ? Ou bien est-ce que ça aussi, au nom de la débandade générale, doit nous échapper ?

Valls, le Dyson de la politique

Le grec Thucydide écrit quelque part que « tout être va jusqu’au bout du pouvoir qu’il peut détenir ». Le rôle de l’État, pour les libéraux comme pour les sociaux-démocrates, c’est de donner aux individus l’autonomie nécessaire à leur liberté, à l’exploitation maximale de leurs propres capacités. Le choix entre ces deux grands courants de pensée diverge quant aux moyens, mais il se rejoint sur la fin. Le problème est que la politique de M. Valls ne s’inscrit pas réellement dans cette idée de volonté collective transformée en actes. Elle n’est pas réelle. Il ne conduit pas réellement de politique, ou pas de politique réelle. Donc il n’est pas un responsable politique au sens vrai de l’expression. Le problème est que M. Valls est plus proche du ventilateur que du ministre : il brasse de l’air. Ses déplacements et ses discours constituent exclusivement une entreprise de communication, d’ailleurs fort coûteuse tant elle réclame de moyens logistiques. Il n’y a rien derrière, et lui-même n’est pas inquiet de la sécurité des Français. Il s’en moque. Il est inquiet de son agenda politique, du chemin à baliser jusqu’à la magistrature suprême. C’est une machine efficace, à l’américaine, c’est le ventilateur sans pales de Dyson.

Le gouvernement dans son ensemble ne mène pas non plus de politique. C’est pour ça qu’il ressemble à un orchestre cacophonique. Sans doute va-t-on encore entendre l’épouvantable Mme Duflot faire semblant de s’émouvoir du sort de cette collégienne, puis le Premier ministre et le président de la République tenir des propos ambivalents ou contradictoires, tout en affirmant, comme souvent puisqu’il y en a plusieurs, qu’il n’y a qu’ »une seule ligne » au gouvernement. La raison à cela étant que l’exécutif ne sait pas vraiment où il va ni où il emmène la France, misant tout sur sa bonne fortune (car hélas, le chef de l’État est un optimiste).

La question de ce qu’il faudrait faire pour redonner une réalité à l’action publique est pourtant fondamentale et actuelle, à l’heure où la dérégulation du secteur privé, en particulier s’agissant de la sphère financière, a montré ses dangereuses limites. Décidons-nous encore de quelque chose par les voies démocratiques ? Si oui, le faisons-nous à échelle nationale ou européenne ? Jugeons-nous encore que la politique doit aussi s’occuper de symboles, de valeurs, de culture, que par conséquent il faut délimiter des symboles, des valeurs et une culture français, c’est-à-dire une identité nationale, ou bien que la politique doit restreindre son champ d’action au dynamisme économique et à la réduction des inégalités ? Ce sont toutes ces questions qui se cachent derrière l’actualité récente, et personne n’y répond.



Voter FN n’est pas français

Comme d’habitude, les sphères politique et médiatique s’agitentdevant les scores du Front national dans les sondages et dans les urnes. Dès qu’est démontrée, par une étude ou une élection, la progression constante de ce parti, chacun semble surpris, inquiet, et cherche à trouver des arguments pour retenir ceux qui seraient tentés par le vote extrême. Pour cela, certains, comme Harlem Désir, font ce qui n’a jamais marché et qui est sans doute contre-productif, de l’antiracisme. D’autres font ce que faisait Nicolas Sarkozy, aller sur le terrain du FN pour canaliser l’exaspération, c’est à ça que sert Manuel Valls. D’autres enfin ont une réponse creuse parce qu’ils sont creux, c’est le cas de la plupart des futurs candidats à la primaire UMP.

François Fillon a ouvert une étrange et dangereuse brèche en mettant sur le même plan les candidats socialistes et frontistes. Il n’a de toute façon en tête que l’élection de 2017, ce qui est regrettable compte tenu de l’actualité d’autres enjeux. Bruno Le Maire passe pour un type sérieux et raisonnable, mais on ne retient rien de ses interventions, ce qui est le cas aussi de François Baroin, lequel a au moins le mérite de rappeler l’imperméabilité de la frontière qui existe entre droite et extrême droite. Alain Juppé semble hésiter à se lancer dans la course, son état d’esprit depuis une trentaine d’années. Jean-François Copé ne parvient pas à mettre les sus-cités sous son autorité de président du parti, et pour cause, l’ombre de Nicolas Sarkozy continue de planer. Ce dernier, pour l’instant, ne fait rien. Il est d’ailleurs assez décourageant de constater que celui qui se voulait le président des entrepreneurs, du mérite, des risques, etc. n’ait strictement rien accompli de substantiel, de créatif, de réel depuis qu’il n’est plus chef de l’État, quelques conférences mises à part.

Comment peut-on à la fois réclamer des Français qu’ils se lèvent plus tôt, pour travailler plus longtemps, probablement avec des salaires plus faibles et moins de droits sociaux, dénoncer les avantages dont bénéficient les fonctionnaires et le niveau des impôts qui s’abattent sur les salariés du privé et s’exonérer soi-même de ce discours en profitant des largesses d’un État ruiné ? La République ne peut plus se payer le luxe d’entretenir des enfants gâtés et son ancien président devrait en prendre conscience.

Attention, les Français sont des gens qui coupent des têtes

Il faut bien avoir en tête qu’une des raisons déterminantes de la tentation Marine Le Pen, c’est le sentiment diffus et fondé que l’administration, au lieu d’être efficace, juste et scrupuleuse, comme le justifierait son coût exorbitant pour des millions de Français obligés à mille renoncements pour s’acquitter de leurs impôts, est en fait gangrenée de bas en haut par un essaim de petits et grands abus. Les contribuables ont l’impression, souvent à raison, que la puissance publique jette leur argent par les fenêtres, l’emploie à mauvais escient, se laisse guider et aveugler par l’idéologie ou la corruption sous toutes ses formes, et de cela, constatant que la gauche comme la droite laissent perdurer le système, voire l’aggravent, ils sont exaspérés et se tournent plus ou moins timidement vers celle qui semble la plus déterminée à trancher dans le vif.

Comment la classe politique fait-elle pour ne pas réagir ? N’a-t-elle pas conscience qu’elle creuse sa tombe ? Que les Français sont des gens qui coupent des têtes ? Qu’ils ont du courage, de l’indépendance d’esprit, savent faire la guerre et forcer les portes des palais ? Si chaque jour depuis le 6 mai davantage de gens annoncent qu’ils voteront à l’extrême droite, ça n’est pas parce qu’ils sont racistes, stupides ou frustrés. C’est parce qu’ils sentent qu’une partie des élites les méprise, parce qu’ils savent qu’une partie du pays profite d’un système exsangue que l’autre partie se crève à faire subsister, et parce qu’il y a trop de gens, beaucoup trop de gens, qui bénéficient de passe-droits, de petites subsistances du passé, de privilèges illégitimes, de salaires indus et de fonctions fantômes. Bien entendu, je noircis le trait, mais le trait est noir.

Il faut tout changer, sinon Mme Le Pen sera élue

Bien sûr, la majorité des fonctionnaires et des élus agissent avec le sens de l’État et la volonté de faire que la France reste la France. C’est sans doute pour cette raison qu’ils peinent à répondre aux invectives lancées avec vigueur par cette dame à la voix rauque qui est en train de gagner le coeur des Français. Mais peut-on pour autant ne pas réagir ? Il faut tout changer, sinon Mme Le Pen sera élue, gouvernera avec son sinistre entourage et isolera un pays qui a besoin de l’Europe pour se battre dans la mondialisation. Les efforts qui sont faits dans la réduction des déficits ou la moralisation de la sphère publique doivent être loués, mais pointés pour leur insuffisance. Les exemples abondent, marronniers des hebdomadaires qui consacrent au moins deux unes par an à la fuite en avant des finances des collectivités locales ou à l’argent caché de telle ou telle institution

Un exemple, un seul parmi mille : peut-on encore accepter que les élèves de l’École normale supérieure soient rémunérés par l’État pendant leurs études, au nom d’un travail de recherche qu’ils se gardent bien d’accomplir et alors que ce sont pour la plupart des enfants de bourgeois ? Combien coûte cette farce ? Pourquoi ne pas au moins soumettre le versement de ces salaires à des conditions de ressources familiales ? On peut dire que c’est mineur, que le dénoncer est populiste, que c’est une goutte d’eau… ; on peut dire ça à chaque fois et c’est parce qu’on dit ça à chaque fois que rien ne change, et c’est parce que rien ne change que l’envie d’un grand coup de balai monte dans le pays.

Voter pour des candidats du Front national est un abaissement, une erreur, une légèreté coupable. Mais il incombe au pouvoir en place de désigner un objectif et d’indiquer la voie pour l’atteindre. « Réussir la transition énergétique » ou « être en pointe sur le numérique », comme semblent le souhaiter les ministres, n’est pas à la hauteur d’un pays comme la France, terre de nuit, de violence et de sang. Il lui faut autre chose. Notre rôle dans le monde, c’est de le réenchanter. Notre force, c’est l’art, c’est l’écriture, c’est l’élégance mélancolique, c’est le charme. Marine Le Pen n’a rien de tout ça.



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