Il faut dissoudre Terra Nova

Il y a plein de gens, en France, qui ont suivi des parcours universitaires assez vaseux les faisant docteurs de sciences qui n’en sont pas, et le travail de ces gens, qui représentent un poids financier pour la collectivité, prend la forme d’études, de livres ou de rapports. Ne mordant pas la main qui les nourrit, et qui les a créés, ces gens-là sont de gauche. C’est donc tout naturellement que, quand la gauche est au pouvoir, elle leur demande de produire telles ou telles recommandations qui la guideront dans son action.

Soyons justes : le président de la République, depuis le Brésil, a rappelé que les éléments contenus dans la bouillie en cinq partiestéléchargeable sur le site internet du Premier ministre ne reflétaient pas exactement la position du gouvernement. Mais comme ledit gouvernement n’a aucune position claire sur aucun sujet, rien ne peut jamais refléter exactement sa position. Passons. Retenons tout de même que le gouvernement commande des rapports sans doute fort coûteux (en l’espèce, ce sont plus de 250 personnes qui ont participé de près ou de loin à l’élaboration de cette potion magique)pour aussitôt s’en démarquer : belle leçon de gestion utile des deniers publics, d’efficacité de l’action politique, etc. (je crois que plus personne n’attend ce genre de chose de la majorité actuelle, on a renoncé).

Ils préfèrent la France sans son histoire, sans sa langue

Que le président s’en démarque ou pas, ces propositions sont le reflet de l’idéologie qui est au pouvoir. C’est un fait : ce sont ces « personnalités qualifiées », c’est Terra Nova, la Fondation Jean Jaurès, tous ces gens qui croient encore à Pierre Bourdieu et qui ne commenceraient pas leur journée subventionnée sans Libé.

Or, de quel pays rêvent-ils, ces qualifiés ? Ils voudraient que la France ne soit pas. C’est aussi simple que ça : ils n’aiment pas la France telle qu’elle est, ils la préféreraient sans son histoire, sans sa langue, sans ses rues, sans sa culture et sans son peuple. Dès lors, une question simple, innocente, candide, énoncée par pure hypothèse, se pose : pourquoi ne vont-ils pas quelque part où la France n’est pas ? Pourquoi s’acharnent-ils ainsi sur les 674 843 km2 de territoire administrés par l’État français alors que la surface terrestre est estimée à 510 067 420 km2 ? Pourquoi ne laissent-ils pas tranquilles les habitants de ce petit hexagone mélancolique et ne vont-ils pas voir ceux qui n’ont pas hérité de l’histoire de la France, qui ne parlent pas le français, qui n’habitent pas des rues portant les noms des anciens présidents français, qui ne vivent pas comme on vit en France et qui n’ont pas la nationalité française ? Cela représente plus de 7 milliards de personnes sur les kilomètres carrés sus-cités, voilà qui devrait suffire à nos 250 qualifiés.

Le français ne serait plus que la « langue dominante » d’un « pays multilinguiste »

Sur la terre de Saint Louis, les 250 cavaliers sans tête souhaitent, pêle-mêle, supprimer la loi qui interdit le port du voile à l’école, enseigner l’arabe et d’autres langues africaines au collège (le français étant réduit à la qualité de « langue dominante » dans un « pays multilinguiste », no comment), bassiner les élèves dès l’école primaire avec l’esclavage, la colonisation, l’immigration, etc. (pour, c’est bien le moins, les culpabiliser en tant que Français), donner des prestations sociales à toute personne se présentant du bon côté des Pyrénées, créer un délit de harcèlement racial dûment accompagné d’une sévère sanction (miam, encore un nouveau délit), mettre un musée des colonisations bien auto-flagellant dans l’hôtel de la Marine (l’un des plus beaux hôtels particuliers du monde qu’on aurait pu voir employé comme musée, comme lieu de pouvoir, comme lieu de beauté ou comme lieu d’art (mais tant pis, c’est la gauche qui décide, on vous dit), fliquer les entreprises qui ne respecteraient pas le « droit antidiscriminatoire » et les forcer (elles n’ont que ça à faire) à négocier en leur sein sur les « discriminations ethnico-raciales » (j’aimerais bien assister à ces négociations), créer une « cour des comptes de l’égalité » (on voit d’ici le tribunal grotesque pour accompagner cette grotesque police de la pensée et taper sur les doigts des réfractaires à ce rouleau-compresseur idéologique) et, cerise sur la gâteau, idée lumineuse, respect des morts, souffle des rois et des saints entre les murs du monde contemporain, revoir rétroactivement la distribution des tombes au Panthéon, jugé accaparé par de « grands hommes mâles, blancs et hétérosexuels », n’accueillant donc, évidemment, comment avait-on pu ne pas y penser plus tôt, et comment avait-on pu vivre si longtemps avec cette défaillance, pas suffisamment de petites femmes, noires et homosexuelles – lesquelles, de toute évidence, ont façonné notre pays depuis des siècles et des siècles.

Je tiens à féliciter de son désopilant spectacle la troupe comique qui a imaginé tout ça. Je lui conseillerais tout de même d’arrêter de travailler : d’une part, comme je l’ai dit, j’ai le tenace pressentiment que c’est la collectivité qui la rémunère. Or, en période de disette, il y aurait de belles économies à faire ici, et d’autre part elle est contre-productive. Et puis visiblement elle se sent mal là où elle est, puisqu’elle voudrait qu’on rase tout.

Le passé d’un pays doit avoir des droits sur le présent

Une supplique, quand même : qu’on cesse de nous répéter que la « diversité » fait la « richesse » de la France. C’est la France qui fait la richesse de la diversité. Et ce qui fait la richesse de la France, ce sont ses millions de citoyens qui (quelles que soient, pour le coup, leur origine, leur appartenance ethnique, leur couleur de peau ou leur culture – autant d’éléments que les auteurs du rapport préconisent de ne plus mentionner dans les médias, étant à la fois obsédés par ces choses-là et refusant qu’on les considère) essaient de travailler humblement malgré le harcèlement de leur administration. Ce qui fait la richesse de la France, ce sont les 2 000 ans d’histoire qui l’ont façonnée, qui l’ont fait être ce qu’elle est, l’un des plus beaux pays du monde encore. De cet héritage du temps, bien loin de faire comme s’il était encombrant, et bien loin de le pointer du doigt pour on ne sait quels méfaits inhérents à toute forme de puissance, nous devrions tenter de nous montrer dignes. Le passé d’un pays doit avoir des droits sur le présent, sinon ce n’est plus un pays, c’est un territoire. Les morts d’une nation doivent être entendus par les vivants qui leur succèdent, sinon ce n’est plus une nation et les vivants n’en sont pas les citoyens, ce sont des individus sans filiation cohabitant sur une zone délimitée du monde, livrée au grand bruit de la globalisation.

Ils sont tristes, ces rapports au sinistre lexique des sciences sociales : ils ignorent tout de ce dont ils parlent, ôtent à notre pays son charme, sa singularité, sa grandeur dissipée depuis pas si longtemps. Comme on est las de ces gens-là…



L’échelle de valeurs

Heureusement, il y a des contre-pouvoirs au fol alliage Parlement-gouvernement. Il y a les règles européennes et les juridictions supranationales qui vont avec ; elles font en sorte que notre pays ne quitte pas totalement l’économie de marché. Il y a le Conseil constitutionnel, qui essaie, même timidement, de préserver les libertés publiques, ce qu’il vient de faire en censurant d’importantes dispositions d’une loi hollandaise.

Assouvissant ses fantasmes les plus fous, la gauche au pouvoir avait épanché sa soif perceptrice en édictant une grosse loi de lutte contre la fraude fiscale. Après tout, pourquoi s’embêter à essayer de créer des richesses ? Il suffit d’aller ponctionner celles des autres ! Et qu’ils n’essaient pas de s’y soustraire, car on leur appliquera, le cas échéant, des mesures qui n’existent que pour le terrorisme, le trafic de stupéfiants et les délits commis en bande organisée. Si le Conseil constitutionnel n’était pas passé par là, la garde à vue d’une personne soupçonnée de fraude fiscale aurait pu durer jusqu’à 96 heures, avec un report de la présence de l’avocat à la 48e heure, pour des faits qui, ainsi que l’ont rappelé les sages, ne sont ni des crimes ni des infractions d’atteinte aux personnes.

Comme l’ont souligné de nombreux juristes, notamment l’avocat parisien Fabrice de Korodi, « il s’agit d’une loi de circonstance rédigée n’importe comment, dans la précipitation, au contenu profondément liberticide, et qui par-dessus le marché encourage à la délation ». Le texte prévoyait en effet la possibilité d’utiliser des documents obtenus illégalement, ce qui a été censuré.

« Dogme »

Si vous ne vous soumettez pas à son dogme, la gauche vous écrasera. C’est le message qu’il y avait dans ce texte. C’est l’intention, le voeu, le rêve du gouvernement. Si vous refusez l’égalitarisme, le collectivisme, le nivellement par le bas, la médiocrité, la gauche vous écrasera. Elle utilisera la coercition s’il le faut, elle emploiera la force, mais elle vous écrasera. Mme Taubiraexplique pourtant avec raison que la prison est une barbarie qui ne doit être utilisée qu’en cas d’extrême nécessité et que les cachots français sont une honte, mais elle ne tient plus du tout le même raisonnement pour les fraudeurs fiscaux, car elle est, comme l’ensemble de la gauche, tellement égarée par son dogme que, dans son échelle de valeurs, il est beaucoup plus grave de soustraire quelques deniers à l’impôt que de brutaliser autrui ou de vendre de la drogue.

Pour les socialistes, il n’est d’argent sain que l’argent public. Tout doit être passé au broyeur étatique, dont le règne est sans partage. Si ça déprime les esprits actifs, tant pis. Si ça opprime les petites gens, tant pis. Si ça marginalise la France, si elle finit par être ridicule aux yeux des autres nations et repoussante à ceux des entrepreneurs, tant pis. « Tout ce qui est isolé est mauvais », disait Goethe. Il serait temps que la gauche aille voir ce qui se fait ailleurs – et qu’elle y reste.



Une classe folle

Le journal (1) que Frédéric Mitterrand a tenu lorsqu’il était ministre n’est pas seulement un livre politique, bien qu’il offre un éclairage intéressant et assez neuf sur le pouvoir ministériel. C’est un vrai livre, c’est de la littérature. Le propos est servi par une plume tenue et riche, suffisamment sophistiquée pour être belle, une vraie plume qu’on peut apprécier pour elle-même.

À la surface du texte, les petites intrigues de la Rue de Valois, la drôlerie du ministre qui ne manque jamais une occasion de faire le pitre, l’amusement et l’affection de son cabinet qui le couve et le protège quand il lui arrive d’être téméraire, ou gentiment naïf, rousseauiste, croyant dans la bonté des hommes.

L’ingratitude des gens de la culture

Un peu en dessous de la surface, la kyrielle des gens de la culture comme seule la France sait en produire, bouffis de vanité et de bassesse, qui viennent réclamer de l’argent public, c’est-à-dire de l’argent des autres, comme si c’était leur dû. Frédéric Mitterrand fait d’ailleurs souvent des portraits flatteurs de ces cuistres, se reprochant de ne pas leur donner assez, confondant lui-même l’argent du peuple avec le sien, ne répugnant pas à l’offrir au tout-venant des faux artistes qui ne conçoivent pas de se débrouiller seuls.

Un petit éclat de vérité jaillit. C’est la mansuétude à leur égard du président Sarkozy, qui, craignant sans doute leurs quolibets qu’il a quand même eu à subir, maintient le budget du ministère en dépit des efforts demandés partout ailleurs. Leçon d’ingratitude.

Reflets de François Fillon homme d’État, Roselyne Bachelot bonne copine, Jean de Boishue roublard bon vivant, Valérie Pécresse gentille, Laurent Wauquiez allumeur, Camille Pascal (conseiller du président) désagréable, Henri Guaino muet, François Hollande antipathique. Entre ces squales de grands fonds naviguent quelques garçons qui plaisent à un ministre qui leur fait maladroitement du gringue, obtient des numéros de téléphone qu’il égare, se remémore d’anciens amants connus au cours de ses dix vies.

Insondable tristesse

Irrésistible, enfin, la mère du ministre, dont le verbatim ponctue les pages : drôle, perchée, très aimée de ses garçons.

Au fond du texte, l’insondable tristesse de l’auteur, homme inondé de mélancolie, de solitude, d’espoirs fous et déçus. Sans doute écrirait-il mal sans cela, ou n’écrirait-il rien, et ne s’intéresserait-il pas autant à la moindre oeuvre d’art où il sait voir et aimer ce qu’elle montre de la sensibilité humaine. Mais quel prix paye-t-il ! Frédéric Mitterrand est un grand garçon gentil et désemparé, à la fois malin et pataud, plongé dans le désarroi de ceux qui ne reçoivent pas suffisamment d’amour, tout ce qu’on lui souhaite.

La récréation, Robert Laffont



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