La gauche contre Balzac

La gauche a une dent contre la famille. C’est en tout cas un sujet qui la concerne : mariage pour tous, loi sur l’IVG, remise en cause du financement de la politique familiale, simplification de la procédure de divorce, et maintenant suppression du standard juridique du « bon père de famille » pour le remplacer par « gestion raisonnable », ce qui renvoie au standard anglo-saxon de « l’homme raisonnable », c’est-à-dire en droit libéral et individualiste, ce que la gauche est censée ne pas être.

Le « bon père de famille » est un standard utilisé en droit pour évaluer tel ou tel comportement. Le lexique Dalloz définit ce monsieur virtuel comme un « homme de vertu ordinaire, normalement avisé, soigneux, diligent ». Il sert de référence abstraite « pour apprécier si tel comportement a été fautif ou non, ou pour déterminer si la personne en charge des intérêts d’autrui ou détentrice d’un de ses biens, a correctement rempli son obligation ». C’est du droit ancien, balzacien, c’est la France, c’est ce qui m’a plu d’entrée de jeu quand j’ai commencé à lire des arrêts de la Cour de cassation, cette espèce de présence du passé, ce pays de littérature, de précision et de beauté dans les mots, ce souffle des morts, oserais-je dire de façon un peu pompeuse comme peuvent l’être certains textes de loi.

Le changement litigieux est d’inspiration féministe. Selon les députés Verts à l’origine de l’amendement en question, l’expression renvoie au « système patriarcal ». On notera que les élus écologistes, qui pour le reste ont toute ma sympathie (j’ai failli voter Eva Joly en 2012), sont très occupés au Palais-Bourbon. Tandis que tout s’effondre, ils emploient leur temps à changer des mots dans des lois existantes qui n’avaient pas besoin d’être modifiées. C’est ce qu’ils font aussi en ce qui concerne l’IVG, avec la suppression de la condition de détresse, dont chacun sait pourtant que son respect n’est plus demandé depuis longtemps.

Braquer les projecteurs

L’objectif est toujours le même : braquer les projecteurs médiatiques sur des thèmes clivants où le pouvoir politique a encore une marge de manoeuvre ; les éloigner des sujets compliqués, parfois inextricables et beaucoup plus graves, où la fin de l’Histoire théorisée entre autres par Fukuyama et, à sa façon, par le regretté Philippe Muray, ont mis un terme à toute ambition de réforme par l’action publique. La mondialisation, en effet, est le principal obstacle au socialisme. L’abolition des frontières, c’est-à-dire la simple possibilité (qu’on ne leur enlèvera pas) pour les entreprises de délocaliser leurs usines ou davantage dans des pays où la main-d’oeuvre est moins chère a tué la social-démocratie. Les patrons ont gagné : la gauche se console avec le Code civil.

Le féminisme est un combat sain, utile, qui connaît comme toutes les luttes politiques ses exagérations, et qui a encore du travail devant lui. En revanche, l’individualisme qui sous-tend l’oeuvre législative de la majorité sous couvert de progressisme a de quoi surprendre, puisqu’il s’agit d’une façon de penser la vie en société qu’on croyait réservée à la droite libérale, laquelle n’existe presque plus en France. Ce sont donc les collectivistes qui, aujourd’hui, défont ce dernier espace d’authentique communisme survivant dans nos pays capitalistes, la famille.



Comme on nous ment

Tout est faux, comme d’habitude, et les médias jouent le jeu, mettent en scène et retransmettent cette pièce de théâtre, y participent. J’ignore pourquoi. À Paris, tout le monde savait depuis son élection que le chef de l’État vivait sa vie d’homme de pouvoir et que sa compagne officielle était une personnalité à fleur de peau. Celui qui, sur un plateau de télévision, se dit surpris de ce que la presse people a révélé est un menteur. Personnellement, je crois que nous nous serions très bien passés de cette information qui ne nous regarde pas. Il a fallu beaucoup de temps pour que les individus se voient dotés d’une sphère privée à l’intérieur de laquelle ils n’ont pas de comptes à rendre, que ce soit à leur famille ou à l’État, à leurs voisins ou à l’opinion. Maintenons ce domaine interdit au public.

À cet égard, parce qu’il s’agit davantage d’informations à prendre pour leur intérêt historique, je signale le livre de Cécile AmarJusqu’ici tout va mal (Grasset), bel éclairage sur les coulisses de l’Élysée sous l’ère Hollande, où l’on apprend ce que (pardon de faire le je-vous-l’avais-bien-dit) j’ai toujours su ; à savoir qu’il est dur comme tous ceux qui arrivent à ce niveau de responsabilité, et très loin de l’image de gentil nigaud bien intentionné et un peu pataud que les journalistes continuent de véhiculer en dépit de leur métier.

S’agissant du « pacte de responsabilité » proposé par le chef de l’État lors de sa dernière conférence de presse, personne n’y croit sérieusement, mais ceux qui à droite font mine de penser qu’ils ne souscrivent pas à une grosse partie du nouveau discours de la majorité sont des comédiens : l’UMP est évidemment favorable à un abaissement des taxes sur les entreprises ou à une politique de l’offre, et d’une façon générale à un discours volontariste sur le terrain de la croissance, au combat pour le dynamisme économique, le plein emploi, etc., tous ces concepts déprimants qui désignent une réalité déprimante et me font penser aux poèmes par lesquels le président Pompidou répondait aux questions des journalistes ; les temps changent, les références aussi.

La gauche découvre que 1 et 1 font 2

Les médias et les commentateurs font semblant de voir dans ce pacte un tournant dans l’action du pouvoir en place, comme si les chauves qui nous gouvernent avaient été aveugles et qu’ils avaient soudain, à la faveur d’une proposition du Medef, recouvré la vue. Si quelqu’un a la conviction sincère que la gauche au pouvoir ne savait pas avant la conférence de presse sus-citée que nous étions dans un monde globalisé, avec des pays concurrents aux fiscalités plus avantageuses, des entreprises mobiles et un déplacement de la production industrielle vers les pays émergents, qu’il prenne des vacances.

Les socialistes savaient cela, bien sûr, mais comme c’est assez désespérant, ils ont préféré agiter leurs vieilles lunes pour que de vieux gauchistes touchants mais naïfs leur apportent leurs voix lors des élections. Ils ont pris des mesures keynésiennes en début de mandature, car elles auraient eu un effet plus rapide que les vraies mesures de fond utiles (qui sont de droite) et auraient permis, si elles avaient fonctionné (mais l’échec a été total et la démonstration a encore été faite que la France a grand besoin d’un peu de libéralisme et d’assainissement de ses structures publiques), de faire inverser une courbe qui de toute façon ne représente pas la vérité du chômage en France.

La situation commanderait que cesse ce bal des menteurs, mais l’hypocrisie continue d’être l’attitude la plus répandue à la télévision. Je conseille d’ailleurs un autre ouvrage politique permettant de quitter un peu cette mascarade qu’est devenu le débat politique français : Europe, amour ou chambre à part ? (Flammarion) de l’eurodéputée Sylvie Goulard, européiste et fière de l’être, comme votre serviteur.



Pour l’Europe

Comment ne pas être attristé lorsqu’on voit des employés victimes d’un plan social séquestrer leurs cols blancs ? Sans doute est-ce moins effarant que la lutte qui avait vu s’affronter des salariés d’une autre usine il y a quelques mois, avec d’un côté ceux qui voulaient faire grève et de l’autre ceux qui voulaient reprendre le travail, scène qu’on n’avait pas été contraint d’observer depuis les mineurs anglais sous Margaret Thatcher. Mais tout de même, quel crève-coeur ! Et n’est-il pas rageant de voir M. Mailly, apparatchik du syndicalisme endormi dans son fauteuil de Force ouvrière, expliquer que « ça n’est pas un drame » ? Honte sur lui, honte sur ces syndicats qui (bien souvent, ça n’est pas toujours le cas, certes) contribuent bien davantage, par leur action globale, à détruire des emplois qu’à en sauver.

Quand reverra-t-on notre système de relations collectives du travail ? La protection des salariés, en particulier des plus faibles, est indispensable, et elle constitue une avancée sociale – une avancée tout court. Mais cet aspect positif des choses ne doit pas occulter la réalité, qui est désagréable, mais qui est la réalité quand même et qui est la rigidité d’un marché du travail où les recrutements sont freinés par un excès de règles, et surtout par un excès de charges. Ce que certains syndicats refusent de regarder en face, c’est que c’est en partie leur idéologie qui est responsable du chômage. C’est cette gauche, pour laquelle l’État et ses démembrements doivent à la fois nourrir les gens, les soigner, les divertir, leur offrir une maison et une voiture, et des vacances, tout ça sans forcément passer par la case travail, qui est responsable de la disparition de celui-ci enFrance.

Philippe Starck à la tête de Peugeot !

Si les usines ferment, c’est certes parfois parce que les patrons se comportent avec un cynisme ridicule et criminel. C’est aussi parce que le gouvernement, à la tête de notre État colbertiste, n’a pas de politique industrielle – songez que la tâche est confiée à Arnaud Montebourg ! Mais c’est enfin et surtout parce que la mondialisation a déplacé la main-d’oeuvre, parce que l’Europe ne taxe pas ses importations ni ne facilite ses exportations autant que ne le font les États-Unis ou la Chine, et parce que nous n’inventons rien ! Où sont le Google européen, le Facebook, le Apple ? Qu’avons-nous comme équivalent de Stanford ? Certainement pas l’Ena ! Le problème de la France, c’est qu’en guise d’élite nous formons des technocrates qui soit n’étaient déjà pas d’un naturel créatif en entamant leurs études, soit ont vu leur imagination détruite par celles-ci. Le problème de la France, c’est que nous mettons Philippe Varin à la tête de Peugeot alors qu’il faudrait confier le poste à Philippe Starck.

L’Europe devrait être le grand sujet de débat, de préoccupation

Le problème de la France, c’est aussi l’inefficacité de l’Europe. M. Hollande semble avoir décidé de ne plus rien initier sur la scène européenne, sinon demander que les États y dépensent encore plus d’argent, qu’ils n’ont pas, protégés par l’Allemagne en cas d’inquiétude des marchés financiers. Où est le protectionnisme européen ? La politique industrielle européenne ? Airbus fonctionne, pourquoi s’arrêter là ? Partout sur le Vieux Continent, les partis nationalistes tonnent et se font entendre. À force de ne pas vouloir vraiment d’une grande Europe, nous ne l’aurons pas. Les élus nationaux se comportent, sur ce sujet, de façon irresponsable : l’Europe devrait être le grand sujet de débat, de préoccupation, de tension et de désir des peuples qui la composent. Or, il n’en est rien : en France, on passe une semaine sur Leonarda, six mois sur le mariage gay, les médias découvrent tous les hivers qu’à cette période il neige et il fait froid, tous les étés qu’une canicule est à craindre, toutes les rentrées que les cartables sont trop lourds et tous les premiers de l’an que des gens se mettent parfois dans de sales états lorsqu’ils font la fête. En attendant, Mme Le Pen, de loin la personnalité politique la plus en progression dans le coeur des Français (et peut-être la seule), a déclaré tout à l’heure faire de « la lutte contre l’Union européenne » sa « priorité pour 2014″. Qui pour lui répondre ?



L’amour et la violence

L’an 2013 s’achève en France dans l’atmosphère vaguement déliquescente d’un pays et d’un peuple qui semblent avoir renoncé. Nous prenons le chemin qu’a emprunté l’Italie : beaux vestiges, gastronomie raffinée, bons vins, laisser-aller général, populisme politique et tourisme. La prophétie de Michel Houellebecq s’avère, comme souvent hélas, lucide : la France est « un pays sinistre, administratif et sinistre », qui va devenir, si ce n’est déjà le cas, une sorte de parc d’attractions pour les riches du monde entier. Et les Français, les grands français, les guerriers, les poètes, seront réduits à servir tous ces ploucs à Versailles le torchon sur l’avant-bras.

Quel mal nous ronge ? Paresse, envie, bêtise ? Fatigue ? Tout porte à croire que l’Europe traverse un déclin historique, écrit d’avance, comme d’autres civilisations avant elle. La roue tourne, tout le temps et dans tous les domaines : les émergents prennent le pouvoir et nous sommes broyés. Plus personne n’attend rien d’un gouvernement à la dérive, dépassé par l’ampleur et la complexité de la tâche à accomplir, aveuglé par l’idéologie et usé des petites luttes de pouvoir qui sévissent en son sein. Ceux qui veulent le bien de la France savent qu’il leur faut agir sans son gouvernement, voire malgré lui, tant ses choix peuvent être malheureux, absurdes, décalés et, pour finir, contre-productifs.

Faut-il prendre le risque du libéralisme ?

Des pieds à la tête, le corps français est gangrené d’une multitude de petits privilèges qu’on ne retire pas. Il pourrit sous le poids de trente ans de lâchetés, de renoncements, de pleutreries, d’intérêts personnels avant le général. Le président élu un an et demi plus tôt est le produit de ce système, le produit et l’acteur, le concepteur, l’incarnation, que nul ne compte donc sur lui pour y faire le ménage. Personne ne sait à quel saint se vouer. Faut-il accomplir le socialisme, au nom de l’égalité, de la justice, de la solidarité, de la douceur aussi, du respect ? Prendre le risque d’un échec, d’une sanction économique durable, d’un enfoncement cubain ? Faut-il au contraire entrer enfin dans le libéralisme, au nom du mérite, de l’effort, du pragmatisme, de la liberté, justement ? Et prendre le risque, pareillement, d’un creusement entre les classes sociales, d’un accroissement des écarts de revenus, d’une dissolution de l’unité du peuple, du sentiment, qu’il a encore, d’appartenir à une même collectivité ?

N’en déplaise à la presse économique mondiale, au Medef, aux cadres dynamiques, à moi-même qui leur emboîte le pas, le capitalisme débridé a apporté dans le monde son lot de malheurs, d’injustices, et surtout de brutalités. Les pays qui s’y livrent délaissent leurs pauvres et leurs faibles, laissant les forts tout écraser au nom de l’autorégulation du marché et des vertus de ce système. Il y a quelque chose de rassurant dans notre grand État et ses démembrements, il y a tous ces agents publics qui essaient de bien faire pourvu qu’on ne leur en demande pas trop, agissant humblement sur ce territoire maillé de chemins de fer ou d’hôpitaux, de mairies, de bureaux de poste et d’antennes syndicales. En France, on ne peut pas virer quelqu’un n’importe comment, vendre n’importe quoi, construire n’importe où de n’importe quelle façon.

Toutes nos plages, par exemple, font partie du domaine public et ne peuvent par conséquent être privatisées. Sur toutes les plages de France les amoureux peuvent accoster, et ce au nom d’un des plus vieux textes du droit administratif, l’ordonnance de la marine de Colbert, édictée en 1681 et toujours en vigueur : « Sera réputé bord et rivage de la mer tout ce qu’elle couvre et découvre pendant les nouvelles et pleines lunes, et jusqu’où le grand flot de mars se peut étendre sur les grèves. » Jadis la poésie et le droit se rejoignaient.

Des bouffées délirantes de la gauche

Le problème, c’est que la gauche plurielle a une montée de fièvre. Au-delà du fait qu’elle ne compte que très peu de personnalités à la hauteur de leur tâche (il faut tout de même songer au fait que Mme Vallaud-Belkacem est porte-parole du gouvernement français), que d’autres sont prises de bouffées délirantes (la loi Duflot sur le logement est tout simplement une aberration) et que d’autres encore font une espèce de sous-travail qui n’aura aucun effet même à moyen terme (la réforme des retraites, celle des rythmes scolaires), elle semble prête à sacrifier la France sur l’autel de son dogme. La préservation de la douceur sus-décrite ne saurait être assurée par cette grande entreprise d’écrasement de toutes les forces vives de notre pays.

En 2014, je propose que l’opposition s’oppose au moyen d’un projet pour la France, et d’un projet viable, nouveau, sérieux et entraînant. Je propose que Jean-François Copé mette ses fiches au broyeur, que François Fillon cesse de susciter des prescriptions en masse d’antidépresseurs, que François Baroin prenne sa carte au PS s’il aime les impôts tant que ça, que Nathalie Kosciusko-Morizet cesse de penser qu’elle est la plus intelligente et la plus belle des 7 milliards d’êtres humains qui peuplent la terre, que Xavier Bertrand s’aperçoive qu’il y a une vie en dehors de la politique et qu’il faut expérimenter la première pour réussir la seconde, que Bruno Le Maire prenne, pour le coup, des cours de théâtre, qu’Alain Juppé se lance s’il a envie de se lancer, et que Nicolas Sarkozy se reconnecte avec les Français d’en bas, qu’il voie des vraies gens, qu’il comprenne qu’un chêne est plus fascinant qu’un milliardaire mexicain et qu’un président français doit préférer le premier au second.

Des artistes partout, mais pas subventionnés

Je propose qu’on accepte que la présence au monde est dense, irrésolue, difficile à appréhender, et qu’on arrête, par exemple, de former des experts, qu’on dise enfin qu’un banquier qui n’aime pas l’art ne sera jamais un Rothschild mais un naze, qu’un avocat bon en droit n’est pas un bon avocat, car un bon avocat passe plus de temps dans les tragédies grecques que dans le Code monétaire et financier, qu’on n’est pas « brillant » quand on a fait Normale Sup, on est brillant quand on a inventé un vaccin. Je propose que l’on revoie ce qui est enseigné dans les grandes écoles et comment on y entre, afin que notre pays se dote d’élites créatives, audacieuses, loin des technocrates chauves qui ne pensent qu’à intégrer des structures déjà existantes pour y accomplir des actes de gestion là où il faudrait innover, inventer sans cesse, renouveler l’offre, régénérer la marque.

D’une façon générale, je propose qu’en 2014 on valorise l’imagination, qu’on l’incite, l’impulse, la force même, qu’on arrête de la cadenasser, de l’écraser sous les taxes et les règles et les railleries des envieux qui votent à gauche. Il faut remettre des artistes partout, des ingénieurs artistes et des artistes tout court, mais pas des artistes subventionnés, pas ces artistes lamentablement institutionnels, pas des artistes engagés ! Il faut des artistes très dégagés politiquement, ça oui, des artistes au-dessus ou à côté, autre part, rafraîchissants, sans lien avec Jean-Michel Ribes.

Remettre ceux qui dorment debout au travail

En 2014, je propose qu’on arrête de mentir aux jeunes, de leur dire qu’un master de sociologie est une bonne affaire et que les cours de théâtre mènent à tout : la sociologie, ça ne sert à rien, et le théâtre, quand c’est bien, ce qui est rare, c’est magnifique, mais dans les deux cas il ne faudra pas venir se plaindre si aucun salaire ne tombe en fin de mois et accuser l’État ou les riches de ses propres turpitudes.

Je propose qu’en 2014, quand on vasouille et qu’on subit les conséquences de ce vasouillage, on s’en prenne à soi-même.

D’une façon générale encore, je propose qu’on remette au travail ceux de nos compatriotes qui vasouillent. Je propose qu’on refasse travailler tous ces gens qui dorment debout grâce à la sueur des autres. Régimes spéciaux et autres particularismes publics propices au moindre effort sont une de nos plaies : suturons-la, nous ferons des économies, nous abolirons la rancoeur des salariés du privé à l’encontre de ceux du public, et dynamiserons l’ensemble.

De même, je propose qu’en 2014 nous cessions de subventionner tout ce qui nous passe sous le nez (le théâtre sus-cité, la presse, les associations de quartier). L’aide publique, au-delà du fait qu’elle peut avilir, empêche la remise en question. Si le cinéma a tant besoin de l’État et de ses démembrements, par exemple, cela ne pose-t-il pas la question de sa qualité, de son utilité, de sa pertinence ? S’il était qualitatif, utile et pertinent, devrait-il faire autant appel à la générosité de gens qui aimeraient bien que leur argent serve à autre chose qu’à financer les vanités du Festival de Cannes ? En 2014, je propose qu’on arrête avec la fascination pour ces paillettes, qu’on ne laisse plus Jamel Debbouze administrer ses leçons de morale ridicules depuis les perchoirs télévisés, qu’on cesse d’être des adolescents.

Pourquoi baisser les bras devant Cyril Hanouna ?

Ceux-ci, justement, il faut qu’en 2014 on leur refasse lire de vrais textes, voir de vraies belles choses, faire un réel apprentissage de la complexité du monde, de son bruit et de sa fureur. Les sous-réformes du gouvernement en place et les polémiques qui les accompagnent laissent croire qu’il y a effectivement des réformes en cours. C’est faux. Il n’y a pas de réforme du système éducatif. Une réforme simple et rapide, ce serait de hisser les adolescents hors de leur bêtise, de leurs portables, de la vulgarité gloussante et glosée des jeunes filles. Pourquoi ne pas réquisitionner les smartphones à l’entrée des collèges et des lycées, réhabiliter l’uniforme, et faire de ces établissements les lieux où l’on immerge dans la poésie et la science ? Pourquoi baisser les bras devant Cyril Hanouna ?

En 2014, je propose qu’on redore le blason du mépris. Le mépris est sain. Mépriser, c’est hiérarchiser, c’est avoir une idée du beau, du bon, du juste. Le mépris, c’est la sanction sociale qui accompagne les règles de la civilisation. En 2014, je propose qu’on méprise Cyril Hanouna, ce braillard illettré et sa bande de ploucs. En 2014, je propose qu’on reparte dans le sens de la civilisation, qu’on arrête d’ériger la médiocrité en valeur, qu’on cesse de vouloir tirer son voisin aussi bas que soi et, qu’à l’inverse, on commence à tenter de se hisser aussi haut que lui.

Arrêter de spolier les gens

Je propose que la puissance publique cesse de ratisser les gens en prolétarisant tout le monde, qu’elle respecte le travail et qu’elle fasse en sorte qu’il y ait moins de pauvres au lieu de dépecer des riches qui pour la plupart ne le sont pas tant que ça, et qui, s’ils le sont, le sont parce qu’ils ont crevé pour. Taxer les riches, c’est bien, il faut le faire, les riches sont pour la plupart des gens désagréables et malhonnêtes, mais il faut raison garder sur les taux, or ceux qui sont en vigueur depuis l’élection de François Le Débonnaire constituent une violation du droit de propriété comme de la liberté du commerce et de l’industrie, voire du droit à la sûreté.

Ce triste sire avait parlé de « réenchanter le rêve français ». Qu’on le fasse ! Mais alors qu’on regarde rationnellement ce qui marche à l’étranger, quels moteurs de croissance tournent effectivement : nous ne pourrons que constater que ce qui marche, c’est le travail, et que ce qui le tue, c’est l’excessive providence de l’État. Il faut arrêter de spolier les gens, leur argent n’est pas l’argent des socialistes qui nous gouvernent, leur argent, c’est leur argent, et s’ils consentent à en donner une part à la collectivité, c’est pour que nous soyons une nation, pour qu’il y ait des écoles et des routes, des pompiers et des musées, pas pour que les cabinets ministériels se distribuent des primes délirantes comme s’ils étaient les organes de direction d’une entreprise florissante, ni pour que M. Hollande ruine le pays avec ses emplois aidés qui ne servent à rien et qui ne lui auront, finalement, même pas permis de nourrir son mensonge sur l’inversion de la courbe du chômage.

Maintenant ou jamais !

Je propose qu’en 2014, on se remette à créer les seules entités vraiment capables de venir à bout du chômage : des entreprises. Il faut former les jeunes à être ces entrepreneurs, sans tomber dans la vision un peu débilitante des discours officiels sur le sujet (ce lexique de l’entrepreneur qui prend des risques, qui est dynamique et motivé, qui fait du sport et dont on se demande si, tout compte fait, il ne va pas finir par se flinguer), mais en les formant effectivement à la création. Le chômage des jeunes est en grande partie un manque d’imagination.

En 2014, je propose qu’on fasse à la fois l’amour et la guerre. Qu’on se batte et qu’on s’embrasse. Qu’on réfute l’idée que notre pays est mort. J’espère, je n’en suis pas certain, que la France n’est pas morte. Le même Michel Houellebecq, qui a toujours raison, écrit ailleurs que « psychologiquement, rien n’aide plus que de se dire que c’est maintenant ou jamais, now or never« . Aux armes !



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