La gauche des symboles

À toutes les élections locales, il y a un débat pour savoir si leur enjeu est local ou national, et l’on finit invariablement par considérer que ledit enjeu est national. À toutes les élections depuis des dizaines d’années en France, l’UMP ou le PS est en tête, l’autre derrière le premier, et le FN progresse. Le centre n’existe pas, l’extrême gauche est en miettes, les sondages se sont trompés et l’abstention est record. Rien ne change, donc !

Que peut-on remarquer de singulier ? D’abord que, contrairement aux prédictions sombres ou enthousiastes de certains, le peuple français ne refait pas la Révolution que des gens comme Jean-Luc Mélenchon prédisent depuis 2012. Il y a une espèce de ronronnement dans l’enfoncement : les mêmes signaux négatifs continuent de s’allumer (chômage, émigration des jeunes, paupérisation généralisée, etc.), mais c’est tout de même business as usual, signe soit d’une bonne santé démocratique, soit d’une mollesse à tous les étages, chacun appréciera.

Ensuite que, décidément, la gauche ne fait pas recette. Elle qui n’a que des concepts à offrir, et pas les plus attrayants (égalité, parité, précarité), finit par faire fuir les électeurs, qui voudraient que la puissance publique serve non à faire des lois sur l’histoire de la colonisation, mais des hôpitaux propres, des universités efficaces et une fiscalité qui n’étouffe pas le travail. Cette gauche Najat, moralisatrice et creuse, tellement loin de l’action réelle, est sanctionnée.

On a sanctionné la façon dont les élus de gauche gèrent l’argent

Face à cela, la droite tire parti de cet agacement populaire contre le socialisme des symboles, parce qu’elle tient un langage compréhensible, pragmatique et détaché des déprimantes théories dont la fondation Jean-Jaurès abreuve la rue de Solférino, d’autant qu’il n’est pas de municipalité plus dispendieuse et taxatrice qu’une municipalité de gauche, or les socialistes au pouvoir n’ont tellement songé qu’à taxer-taxer-taxer qu’une absence de rejet populaire de cette spoliation eût été incompréhensible. Ce qui est sanctionné, c’est aussi la façon dont les élus de gauche gèrent l’argent qu’ils prennent à leurs administrés, finançant n’importe quelle association progressiste inutile, fût-ce au prix de prélèvements délirants. N’oublions pas la tribune au fusil à pompe de Nicolas Sarkozy, qu’on ne trouvait plus dans un seul kiosque au début de l’après-midi le jour de sa publication, et qui a sans doute mobilisé un électorat de droite qui avait envie d’en découdre et souffrait d’une absence de porte-parole pour cogner en son nom.

Enfin, bien sûr, il y a le cas Front national, qui se paye le luxe d’une élection au premier tour dans son poste avancé de Hénin-Beaumont. C’est le résultat d’un considérable travail de Marine Le Pen qui, contrairement à son prédécesseur à la tête du parti, ne se préoccupe pas uniquement des présidentielles, ou, plutôt, a réellement envie de remporter ces dernières, et n’ignore pas que pour cela l’enracinement est indispensable. L’indigence de la gauche au pouvoir, qui a perdu contact avec le peuple faute de l’écouter et de lui parler vrai, aura beaucoup aidé le Front national, qui sur les questions économiques et sociales propose à ses électeurs une offre bien plus à gauche qu’à droite : anti-libérale, anti-mondialisation, anti-capitaliste, anti-grandes entreprises, favorable à l’interventionnisme étatique, allant jusqu’à s’opposer aux réformes des retraites ou à l’assouplissement du droit du travail. Ce n’est pas le pays qui se droitise, c’est le FN qui se gauchise et le PS qui s’enlise dans l’idéologie Harlem Désir.

Il faut attendre le second tour pour y voir clair : la course à droite pour 2017 pourra commencer, avec Alain Juppé en première ligne, et le président de la République sera contraint de remanier. Espérons que d’ici là, l’UMP n’aura pas vendu son âme à un Front national qui ne pense qu’à le tuer.



Il faut sauver le soldat Ryan

Si Nicolas Sarkozy a enfreint la loi, il devra en répondre comme tout le monde. Il ne saurait y avoir d’impunité pour lui, car il n’y a pas d’impunité pour les autres. Si l’État libyen a participé au financement de sa campagne de 2007, s’il a joué un rôle dans l’affaire Karachi, s’il a apporté son concours au scandaleux arbitrage dont a bénéficié M. Tapie, s’il a tenté de faire pression sur des magistrats de la Cour de cassation, il devra s’en expliquer. Pour l’instant, M. Sarkozy n’a fait l’objet d’aucune condamnation : il est donc, pour l’heure, un homme au casier judiciaire vierge. Nul ne sait s’il le restera ou non, ni dans quelle mesure.

Il y a Nicolas Sarkozy d’une part, l’homme qui est à la fois un homme politique et un chef de bande, un ancien président et un candidat putatif, un chiraquien et un balladurien, un bourgeois de Neuilly et un aristocrate hongrois, un libéral et un colbertiste, et il y a Nicolas Sarkozy d’autre part, l’incarnation et l’animateur d’un courant de pensée et d’action, d’une façon de voir les choses, d’une perception de la France et du monde. Parce que je pense que le sarkozysme existe, que c’est une proposition utile aujourd’hui pour notre pays, et qu’il est assez isolé sur l’échiquier politique, je pense qu’il ne faut pas le passer par pertes et profits, qu’il faut le sauver.

« La France est un pays sinistre », écrit Michel Houellebecq, qui ajoute : « Administratif et sinistre. » La France est aussi un pays merveilleux, notamment parce que la France enfante des écrivains comme Michel Houellebecq, mais il y a une donnée incontestable : c’est un pays qui va mal. Or, qu’il s’agisse de ces derniers mois ou des expériences du passé, tout démontre que ce n’est pas avec le socialisme qu’on s’en sortira. Ledit écrivain a d’ailleurs confié à son retour d’Irlande : « Je suis revenu pour voir sombrer le socialisme. »

« Il me donnait de l’énergie »

En dépit de ce qu’affirment de nombreuses belles âmes, le socialisme ne fait pas de nous, Français, un peuple en avance, par rapport aux Anglo-Saxons notamment. Il ne fait pas de nous un peuple plus généreux, même si dans les faits nous sommes un des plus solidaires, sans être pour autant, loin de là, le plus heureux. Le socialisme est une idéologie comme une autre, éprouvée, à laquelle on adhère ou non, qui correspond à un modèle de société, qu’on peut avoir envie d’atteindre ou non. Je pense qu’en son état actuel le socialisme n’est pas compatible avec la mondialisation pour un pays comme la France, qui a besoin du contraire.

J’avais dix-sept ans en 2007 et Nicolas Sarkozy me fascinait. Il me donnait de l’énergie. Littéralement. J’étais un grand dadais un peu gros, un peu excentrique, assez mal dans sa peau, mauvais au lycée que j’ai quitté avant terme et, tandis que je montais ma première petite entreprise juste après le bac, Nicolas Sarkozy me donnait l’envie de me lever tôt, de travailler, de réussir. Ce que pouvaient dire les autres, à droite ou à gauche, ne m’atteignait pas : je n’aimais écouter que ce type au ton de voix tranchant, au pas pressé et aux traits tirés, qui avait des réformes et du changement plein la bouche. Il parlait aux banlieues, aux usines, aux jeunes. Il proposait quelque chose pour la France, lui donnait une réalité, nous faisait ressentir notre appartenance à un ensemble. Nos destins étaient liés.

Pour atteindre ses objectifs, Nicolas Sarkozy disait qu’il allait falloir se battre. Si chacun se retroussait les manches, la France demeurerait un pays prospère. On avait topé là, à 53 %. Et puis il y a eu la crise et tant d’autres embûches, et rien n’a changé. C’est finalement un représentant de l’exact contraire de la « France d’après » dont parlait le patron de la droite avant son élection qui a été élu. Hollande 2012, c’était l’antithèse de Sarkozy 2007 : on avait rêvé de mouvement, on a eu l’immobilisme. On avait manqué d’énergie, on a eu la mollesse. On avait voulu travailler plus, exporter, inventer, bâtir, on a eu des concepts progressistes, sans matérialité. À l’enthousiasme a succédé le découragement : la France de 2014 a les bras ballants.

« Garder son idéal, perdre ses illusions »

 » Le vrai politique, c’est celui qui sait garder son idéal tout en perdant ses illusions », a dit un jour John Fitzgerald Kennedy. L’idéal sarkozyen était simple : un peu plus d’Amérique en France. Un peu moins d’impôts, un peu plus de travail. Un peu moins de jalousie, un peu plus d’ambition. Un peu moins de puissance publique, un peu plus d’initiative privée. Cela voulait dire aussi un peu moins d’égalité contre un peu plus de liberté, ou un peu moins de rééquilibrage contre un peu plus de loi du plus fort, mais c’était ce par quoi il fallait passer pour faire cette espèce de grand territoire dynamique et solide que vantaient les clips de campagne. La France étant un pays dépressif, il faut bien trouver une solution : faire ce que font en ce moment les socialistes, rien, est de ce point de vue irresponsable. Il faut au moins essayer une voie : c’est ce que propose le sarkozysme.

À droite, et ce fut sans doute le truc qui permit d’en réunir tous les courants, il est le seul à proposer ce chemin bonaparto-atlantiste. On a beaucoup caricaturé Nicolas Sarkozy en le rattachant à la droite de l’argent, celle de Balladur, qui ferraille depuis plusieurs siècles contre la droite de l’État, celle du général de Gaulle, des grandes entreprises publiques, du sens de l’intérêt général, de l’ENA. Mais Jacques Chirac appartenait à cette frange-là et, comme l’a assez justement pointé ledit Balladur, « Sarkozy, c’est Chirac ». Il faut bien voir qu’au-delà des mots Nicolas Sarkozy n’a pas fait de la France le territoire dont rêvent Nicolas Bazire ou Alain Minc. Souvent il disait qu’il voulait bien renverser la table, mais pas qu’elle lui retombe dessus. Finalement, il ne l’a pas renversée, mais elle lui est quand même retombée dessus. Le peuple, qui attendait qu’on remette tout le monde au boulot, qu’on supprime tous les petits privilèges indus, qu’on baisse substantiellement les impôts et qu’on défriche à la tronçonneuse les ronces de règles qui ont poussé depuis cinquante ans en France, ce peuple a été déçu. Dans les faits, Nicolas Sarkozy a été beaucoup plus mesuré que l’on pouvait craindre ou espérer. Il n’a été ni le fasciste que promettait Télérama ni la Thatcher qu’attendaient Les Échos. Il a été un homme politique assez classique, avec un peu plus de gueule que la moyenne. Ça n’a pas suffi en 2012.

L’idéal que porte la droite sarkozyste n’est peut-être pas l’idéal suprême que des patriotes anachroniques de mon espèce pourraient avoir au fond de leur coeur. Mais il a au moins le mérite de se détacher des vieilles lunes d’un service public mythifié, de prendre le contexte mondial avec lucidité, de permettre une forme de justice fondée sur la récompense du travail de chacun, et surtout il contient les vraies clés de la prospérité que sont la sueur et la liberté de suer. La meilleure illustration du sarkozysme, c’est le jogging. Comme le disait Picabia, « la seule façon d’être suivi, c’est de courir plus vite que les autres ». Qui l’aime…



Rupture d’égalité



Bruits de palais

Ce qui m’a le plus frappé, dans les petites bribes d’écoutes Buisson qui ont été dévoilées par la presse, c’est la suffisance du bonhomme. Il faut les entendre, Jean-Michel Goudard et lui, à l’arrière de leur carrosse moderne, prendre de grands airs pour juger de la qualité de tel ou tel ministre ou déplorer que le président de la République veuille donner une tonalité rassembleuse à ses discours. Tout ce qu’on perçoit, c’est qu’ils sont contents d’être là, et persuadés de détenir un génie supérieur à la moyenne, celui qu’il leur a fallu pour se hisser jusqu’aux ors d’un pouvoir qui s’écroule. Les faits ont eu raison de ces suffisances, puisque le candidat objet de leurs conseils a perdu les élections de 2012.

Ma conviction est que Nicolas Sarkozy a gagné en 2007 bien davantage grâce à son éloge de l’effort que sur le ministère de l’Identité nationale ; il a gagné parce qu’il a promis qu’on allait enfin donner plus de place au mérite individuel en France et le récompenser, il a gagné parce qu’on s’est dit que ce souffle d’Amérique dans nos mentalités égalitaristes ferait baisser le chômage, que ça nous redonnerait de l’énergie, nous éviterait le déclassement ; qu’on pourrait assainir l’État, donner leur place aux jeunes, faire en sorte que les pauvres le soient moins, que les riches ne s’en aillent pas et que la France reste la France et pas cette espèce de parc d’attractions pour touristes fortunés qu’elle est en train de devenir. Las, la crise a eu raison de ce bel élan, et, le poisson pourrissant toujours par la tête, l’ambiance crépusculaire de la sphère politique française n’est que le symptôme de notre déclin.

Les ministres ne gouvernent pas, ils jouent au ministre

Ce que nous traversons, c’est l’effondrement d’un régime, la fin d’une période de l’histoire. Ce qui le démontre, c’est que, tandis que la machine publique ne fonctionne plus, coûtant trop cher et n’agissant pas efficacement, ceux qui en ont la charge ne songent qu’à s’engraisser dessus. Prenons d’abord l’exemple du gouvernement : les ministres ne gouvernent pas, ils jouent au ministre. Manuel Valls ne pense pas sincèrement que ses instructions contribueront d’une quelconque façon à la lutte contre la délinquance, il joue au ministre de l’Intérieur en pole position pour le poste de Premier ministre, étape décisive vers l’Élysée. C’est un feuilleton. Personne ne croit à autre chose qu’à un feuilleton.

Ensuite les « affaires », qui se chassent les unes les autres à un rythme délirant depuis quelques semaines. Les micros partout, les soupçons, les méfiances : c’est la chute de Rome. Ce sont les bruits de palais, les dagues qu’on plante dans le dos de ses amis entre deux portes, les petites manoeuvres et les opérations de déstabilisation, avec un seul leitmotiv : tous les moyens sont bons, la fin les justifie. Or la fin, quelle est-elle, sinon celle d’un grand pays ? Leur fin, à tous ces gens, ce sont des voitures avec chauffeur à l’arrière desquelles ils peuvent cyniquement commenter les joies et les peines d’un peuple pour lequel ils sont censés oeuvrer. Leur fin, c’est de se prendre pour Mazarin ou Saint-Simon alors qu’ils n’en ont que lointainement les apparences. Leur fin, ils l’ont signée en détruisant leur jouet : l’État français. Il faudrait que le peuple se révolte, mais le peuple est maintenu au calme de mille façons et s’est comme résigné, ne s’intéressant plus que vaguement à tout ça.

Il faut une nouvelle génération de responsables publics

Comme c’est dommage ! Comme notre pays est encore beau, malgré tout ! Il suffit de s’y balader un peu pour se rendre compte qu’on ne voit que ça. La beauté singulière de la France existe bien. Son génie palpite. Une des causes de nos maux, c’est la représentation politique. Il est encore temps de la changer. Il ne faut plus que nos gouvernants viennent de ces écoles où l’on forme des gens souvent sans imagination ni créativité, ni même, semble-t-il, sens de l’intérêt général.

Il faut faire entrer, pour de bon, des artistes et des chefs d’entreprise à l’Assemblée nationale. Il faut créer un Sénat où il n’y aurait que ça : des peintres, des historiens, des industriels, des patrons de start-up. Il faut une nouvelle génération de responsables publics qui soient vraiment désireux de faire le bien pour l’avenir, et pas de gérer au mieux leurs petites carrières dont il ne restera rien. Vertu, morale, probité ne sont pas de vains mots. Je ne parle pas de devenir des Suédois, chez qui les ministres ne peuvent acheter un tube de dentifrice sans devoir publier la facture : je parle d’être à la hauteur de la tâche qui nous incombe, celle de sauver, de la France, ce qui peut l’être et de recréer ce qui est mort.

 



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