Les illusions perdues de la gauche

« Le vrai politique, c’est celui qui sait garder son idéal tout en perdant ses illusions. » Ainsi parlait John Fitzgerald Kennedy, l’un des plus grands présidents que l’Amérique ait connus. L’idéal d’un « monde plus juste et solidaire », comme le scandait le clip de campagne des socialistes en 2007, semble avoir été enterré en même temps que les illusions qu’incarnaient les ministres débarqués. Le chef de l’État lui-même n’a pas fixé la barre très haut, assignant comme objectif à laFrance de « demeurer la cinquième puissance économique du monde ». Ceux qui espéraient que notre pays soit un phare repasseront. Avec le remaniement ministériel, repasseront aussi ceux qui voulaient de la justice sociale, de l’équilibre entre les riches et les pauvres, de l’homogénéité dans les conditions de vie de chacun, plus pour ceux qui ont moins, et inversement. Le cap est désormais fixé par le Medef et l’Allemagne.

Ce n’est pas moi, qui moque les vieilles lunes socialistes et réclame depuis des mois qu’on foute la paix aux petits patrons, qui irai me plaindre que le nouveau ministre de l’Économie, en plus d’être normalien et énarque, ce qu’on pourrait croire à tort synonyme de cultivé et compétent, connaisse le monde mondialisé de l’entreprise et plaide pour qu’on travaille plus. Ce jeune millionnaire souriant, à l’inquiétante perfection, est sans doute bienvenu à Bercy après le passage d’un Montebourg que l’histoire démasquera pour laisser apparaître l’acteur de boulevard qu’il est. J’ai toutefois du mal à ne pas penser à ce qui s’était passé en Italie quand des anciens de Goldman Sachs avaient pris les rênes de l’État pour le conduire à la quasi-faillite, avant qu’un vrai politique ne se saisisse in extremis du gouvernail. On peut avoir de bonnes idées de réformes, mais il faut savoir les faire accepter.

Protéger les sans-grade

J’ai eu un pincement au coeur lorsque j’ai vu le Premier ministre se faire acclamer par des centaines de patrons aux universités d’été du Medef quand il a affirmé deux fois de suite : « J’aime l’entreprise. » Ça n’est pas parce que l’entreprise est indispensable aujourd’hui qu’elle est un horizon indépassable. Ça n’est pas parce qu’elle est un mode d’organisation efficace du travail, de l’innovation, de la créativité et de la production de biens et de services qu’elle n’est pas en même temps le premier espace d’exploitation de l’homme par l’homme, du faible par le fort, du poète par le rase-moquette ambitieux. Or, si la puissance publique doit autant que possible éviter de mettre des bâtons dans les roues de l’entreprise, puisque cela équivaut à mettre des bâtons dans les roues des salariés qui y travaillent, de ceux qui voudraient y travailler, de ceux qui profitent d’une façon ou d’une autre du travail fournit, cette même puissance publique doit protéger les sans-grade de la tentation inévitable d’abus de leur pouvoir par les gens qui le détiennent. Quand j’ai entendu, auxdites universités d’été, Denis Kessler, un des patrons les mieux payés de notre pays, expliquer que nous, la France, avions tout intérêt à nous calquer sur la fiscalité suisse, j’ai été heureux que se trouve en face un brillant Alain Juppé pour lui rabattre son caquet et lui rappeler qu’une longue et grande histoire nous mettait au défi d’atteindre une telle extrémité, fût-elle profitable à quelques gros malins qui ont l’habitude de profiter de tout côté.

Le président de la République, quant à lui, est allé prendre une douche tout habillé à l’île de Sein pour une énième commémoration. Voilà ce que disait son prédécesseur, le général de Gaulle (1), il y a cinquante ans à peine : « Ce qui a rendu si rares les Français libres, c’est le fait que tant de Français soient propriétaires. Ils avaient à choisir entre leur propriété – leur petite maison, leur petit jardin, leur petite boutique, leur petit atelier, leur petite ferme, leur petit tas de bouquins ou de bons du Trésor – et la France. Ils ont préféré leur propriété. Quels ont été les premiers Français libres ? De braves types comme les pêcheurs de l’île de Sein, qui ne possédaient que leur barque et l’emmenaient ; des garçons sans attaches, qui n’avaient rien à perdre ; des juifs qui se sauvaient parce qu’ils devinaient qu’ils allaient tout perdre. Ceux qui avaient à choisir entre les biens matériels et l’âme de la France, les biens matériels ont choisi à leur place. Les possédants sont possédés par ce qu’ils possèdent. »

Demande de justice et d’équité

Les Français n’ont certes pas voté à gauche pour avoir la faillite subventionnée que défendent les frondeurs à 12 000 euros par mois, ni pour assister au théâtre grotesque et démagogique d’Arnaud Montebourg, ni pour que l’administration défende et favorise en toute circonstance la paresse contre le travail. Mais ils n’ont pas non plus voté à gauche pour que ceux qui nous gouvernent, tout en ne faisant pas les réformes fondamentales nécessaires, axent l’intégralité de leur action sur des mécanismes d’incitation fiscale qu’utiliseront principalement les grandes entreprises. Ils ont voté à gauche parce qu’ils voulaient de la justice, de l’équité, des bas salaires moins bas et des salaires moyens moins éloignés des très hauts, un système de santé égalitaire et efficace, une prééminence de la culture sur l’argent, de l’art sur le luxe, de la France sur l’égoïsme. Ils ont voté à gauche parce qu’ils rêvaient d’une autre société, et parce qu’ils croyaient que l’État serait de leur côté. Les voilà seuls.

(1) Propos rapportés par Alain Peyrefitte, dans C’était de Gaulle.



Les Français intermittents du spectacle de leur déclin

Alors que l’été s’achève déjà, les Français doivent en ce moment payer leurs impôts. La fiscalité est l’un des meilleurs instruments de mesure de la situation d’un pays : son taux témoigne d’un certain degré d’étatisation tandis que la fraude fiscale reflète le niveau d’adhésion populaire à la gestion publique. Quand celle-ci est jugée trop inefficace, les citoyens retirent leur consentement à l’impôt : c’est ce qui est arrivé notamment en Grèce et en Italie. En France, donner de l’argent à l’administration donne le sentiment de le jeter par la fenêtre. C’est un tonneau des danaïdes. Il est toujours révoltant, lorsque l’on s’acquitte d’une taxe, de songer au mauvais usage qui en sera fait, et d’avoir le sentiment que notre voisin, lui, non seulement ne contribue pas autant qu’il le devrait à l’effort collectif, mais qu’en plus il profite de notre propre contribution plus qu’il ne le mérite. Ce type de sentiment, qui n’est pas hors-sol, qui ne relève pas forcément du fantasme ni de l’aigreur, qui s’enracine dans une réalité, se répand en France, car notre pays est plus que jamais divisé en deux camps : les paresseux et les travailleurs ; les premiers vivant aux crochets des seconds. On m’opposera le caractère schématique, caricatural et binaire de cette proposition, mais on aura du mal à la démentir. Qui ne dénombre pas, autour de soi, de plus en plus de gens qui ont trouvé un plan B au travail et l’exploitent sans vergogne ? Qui ne connaît pas, dans son entourage, de gens qui font délibérément le choix de ne travailler qu’une petite partie de l’année, passant l’autre à vasouiller aux frais de notre République en haillons ? La France est devenue un gigantesque système d’intermittents ou l’on bûche trois mois pour en chômer six, à tour de rôle. Les Français sont devenus les intermittents du spectacle de leur déclin.

S’il y a une chose qu’il faudra changer à partir de 2017, c’est cette mauvaise habitude teintée de mauvaise foi sociale qui consiste à rémunérer la paresse sur le dos du travail. Il est devenu insupportable de voir une partie de la population se crever à la tâche pendant qu’une autre, profitant de tel ou tel système redistributif, baye aux corneilles. La France ne peut plus être ce pays où le petit patron, qui se réveille à l’aube et se couche dans la nuit pour faire tourner son entreprise, qui crée dix emplois, de la valeur pour ses clients et de l’activité pour ses fournisseurs, voit débarquer un beau matin sur le pas de son bureau un fonctionnaire des impôts qui, paré des habits de la morale, vient le ponctionner au nom de la loi en l’incriminant de diverses fraudes et autres détournements qui sont de plus en plus les masques de la spoliation publique du peuple qui se lève tôt.

M. Montebourg souffle dans une direction intéressante

Le chef de l’État s’est fendu d’une grande interview au Monde pour déminer le terrain après les très mauvais résultats économiques publiés ces derniers jours. Les journalistes venus l’interroger, qui n’ont pas dû voir une entreprise normale depuis plusieurs années, lui ont posé la question touchante de savoir si le « patronat joue le jeu du pacte de responsabilité ». Et le président de répondre que les syndicats et lui attendent dudit patronat des contreparties, et d’annoncer qu’il organise prochainement des « assises de l’investissement » afin d’ »inciter les banques à prêter davantage aux PME ». L’économie fonctionne ainsi, c’est bien connu. Les entreprises passent leur journée à se demander ce que l’État fait pour elles et prennent garde de surtout lui renvoyer l’ascenseur. Si les banques sont frileuses à prêter de l’argent, ce sont évidemment des assises qu’il faut pour les convaincre de le faire. Les patrons n’ont que faire de leurs clients, de leurs produits, de leurs publicités ou de leurs magasins : ils occupent leurs après-midi plongés dans la littérature produite par Michel Sapin pour voir quel profit ils pourraient tirer du crédit impôt compétitivité-emploi, une usine à gaz à l’image de ce « pacte de responsabilité » auquel personne ne comprend rien et dont personne n’attend rien. Mais qui élabore ces mesures ? Le biographe de Kafka ?

Il n’y a guère que M. Montebourg pour donner le sentiment d’être un tout petit peu au contact du réel. Certes, il brasse plus d’air qu’un ventilateur sans pales de chez Dyson, mais au moins semble-t-il souffler dans une direction intéressante – je parle des professions réglementées, ces corporations qui bouchent les artères du pays. Je ne prendrais qu’un exemple : comment se fait-il qu’il n’y ait toujours eu aucune vraie réforme du permis de conduire ? Le permis de conduire, c’est le symbole de l’entrée dans l’âge adulte, c’est le moment de l’émancipation, le début de l’indépendance. Et tout ce que le pays a à répondre au jeune qui voudrait pouvoir enfin voler de ses propres ailes, c’est que ça coûte une fortune, au bas mot 1 500 euros, et que ça consiste à se faire escroquer par des auto-écoles malhonnêtes avec le consentement lâche et silencieux des pouvoirs publics. Pourquoi est-ce que rien ne change ?

Des frondeurs à 12 870 euros par mois !

Il y a, paraît-il, une « fronde » au sein du Parti socialiste. Il faut les voir, les frondeurs à 12 870 euros par mois, et il faut voir ce qu’ils réclament : plus de dépenses, plus de règles, plus d’impôts ! Ce qu’il faudrait, c’est réformer les frondeurs. Or, sur la question de la représentation politique, tout ce que le président et, avec lui, ses conseillers, ses ministres et ses députés ont a répondre, c’est qu’ils ont fait le non-cumul des mandats – comme s’il n’y avait pas déjà beaucoup trop d’élus – et qu’ils réfléchissent à une dose de proportionnelle. Je propose que l’on mette l’expression « dose de proportionnelle » sous cloche et qu’on l’expose au musée de Cluny, celui consacré au Moyen-Âge. Comment peuvent-ils en être encore là ?

La démocratie représentative avait un sens quand le peuple était ignare. On gouvernait à sa place parce que n’écoutant que lui-même, il aurait agi contre son intérêt. Comment ne pas voir, à notre époque où la population est largement informée, largement consciente de ce qui est bon pour elle, que ces 577 députés et 348 sénateurs, qui ne sont pas d’un meilleur niveau que la moyenne nationale – et je ne parle pas des 233 membres du Conseil économique, social et environnemental qui sont plus inutiles qu’un congélateur en Antarctique -, ne servent plus à rien, sinon à relayer les prétentions de quelques privilégiés organisés qui vivent sur la bête, c’est-à-dire sur l’État ? Le Parlement est devenu la caisse de résonance des lobbys, et rien d’autre. Il suffit de voir comment la loi Hamon supposée introduire la class action en France a été détricotée à l’Assemblée et au Sénat pour comprendre que ce ne sont plus des représentants de la nation qui siègent dans ces hémicycles, mais des mandataires de banques, compagnies d’assurance, laboratoires pharmaceutiques, chauffeurs de taxi et autres notaires. Seul le référendum permet la démocratie direct, la vraie démocratie, le gouvernement des citoyens par eux-mêmes. Grâce à internet, le référendum peut devenir un outil simple et efficace de gouvernance. Utilisons-le.

À ceux qui se proposent de gouverner la France après le sidérant quinquennat qui est en cours, j’adresse ce message : si vous avez l’imagination et le courage de proposer un vrai programme de redressement total, de libération des énergies, de suppression de toutes les entraves, et si vous valorisez l’effort, l’intelligence, la création de valeur véritable, celle qui, pour naître, n’a pas besoin du soutien d’une collectivité locale ou d’une association subventionnée, c’est un boulevard qui vous conduira jusqu’au palais de l’Élysée. Dans le cas contraire, vous y arriverez peut-être, mais ce ne sera plus qu’un château de cartes.

Alors que l’été s’achève déjà, les Français doivent en ce moment payer leurs impôts. La fiscalité est l’un des meilleurs instruments de mesure de la situation d’un pays : son taux témoigne d’un certain degré d’étatisation tandis que la fraude fiscale reflète le niveau d’adhésion populaire à la gestion publique. Quand celle-ci est jugée trop inefficace, les citoyens retirent leur consentement à l’impôt : c’est ce qui est arrivé notamment en Grèce et en Italie. En France, donner de l’argent à l’administration donne le sentiment de le jeter par la fenêtre. C’est un tonneau des danaïdes. Il est toujours révoltant, lorsque l’on s’acquitte d’une taxe, de songer au mauvais usage qui en sera fait, et d’avoir le sentiment que notre voisin, lui, non seulement ne contribue pas autant qu’il le devrait à l’effort collectif, mais qu’en plus il profite de notre propre contribution plus qu’il ne le mérite. Ce type de sentiment, qui n’est pas hors-sol, qui ne relève pas forcément du fantasme ni de l’aigreur, qui s’enracine dans une réalité, se répand en France, car notre pays est plus que jamais divisé en deux camps : les paresseux et les travailleurs ; les premiers vivant aux crochets des seconds. On m’opposera le caractère schématique, caricatural et binaire de cette proposition, mais on aura du mal à la démentir. Qui ne dénombre pas, autour de soi, de plus en plus de gens qui ont trouvé un plan B au travail et l’exploitent sans vergogne ? Qui ne connaît pas, dans son entourage, de gens qui font délibérément le choix de ne travailler qu’une petite partie de l’année, passant l’autre à vasouiller aux frais de notre République en haillons ? La France est devenue un gigantesque système d’intermittents ou l’on bûche trois mois pour en chômer six, à tour de rôle. Les Français sont devenus les intermittents du spectacle de leur déclin.

S’il y a une chose qu’il faudra changer à partir de 2017, c’est cette mauvaise habitude teintée de mauvaise foi sociale qui consiste à rémunérer la paresse sur le dos du travail. Il est devenu insupportable de voir une partie de la population se crever à la tâche pendant qu’une autre, profitant de tel ou tel système redistributif, baye aux corneilles. La France ne peut plus être ce pays où le petit patron, qui se réveille à l’aube et se couche dans la nuit pour faire tourner son entreprise, qui crée dix emplois, de la valeur pour ses clients et de l’activité pour ses fournisseurs, voit débarquer un beau matin sur le pas de son bureau un fonctionnaire des impôts qui, paré des habits de la morale, vient le ponctionner au nom de la loi en l’incriminant de diverses fraudes et autres détournements qui sont de plus en plus les masques de la spoliation publique du peuple qui se lève tôt.

M. Montebourg souffle dans une direction intéressante

Le chef de l’État s’est fendu d’une grande interview au Monde pour déminer le terrain après les très mauvais résultats économiques publiés ces derniers jours. Les journalistes venus l’interroger, qui n’ont pas dû voir une entreprise normale depuis plusieurs années, lui ont posé la question touchante de savoir si le « patronat joue le jeu du pacte de responsabilité ». Et le président de répondre que les syndicats et lui attendent dudit patronat des contreparties, et d’annoncer qu’il organise prochainement des « assises de l’investissement » afin d’ »inciter les banques à prêter davantage aux PME ». L’économie fonctionne ainsi, c’est bien connu. Les entreprises passent leur journée à se demander ce que l’État fait pour elles et prennent garde de surtout lui renvoyer l’ascenseur. Si les banques sont frileuses à prêter de l’argent, ce sont évidemment des assises qu’il faut pour les convaincre de le faire. Les patrons n’ont que faire de leurs clients, de leurs produits, de leurs publicités ou de leurs magasins : ils occupent leurs après-midi plongés dans la littérature produite par Michel Sapin pour voir quel profit ils pourraient tirer du crédit impôt compétitivité-emploi, une usine à gaz à l’image de ce « pacte de responsabilité » auquel personne ne comprend rien et dont personne n’attend rien. Mais qui élabore ces mesures ? Le biographe de Kafka ?

Il n’y a guère que M. Montebourg pour donner le sentiment d’être un tout petit peu au contact du réel. Certes, il brasse plus d’air qu’un ventilateur sans pales de chez Dyson, mais au moins semble-t-il souffler dans une direction intéressante – je parle des professions réglementées, ces corporations qui bouchent les artères du pays. Je ne prendrais qu’un exemple : comment se fait-il qu’il n’y ait toujours eu aucune vraie réforme du permis de conduire ? Le permis de conduire, c’est le symbole de l’entrée dans l’âge adulte, c’est le moment de l’émancipation, le début de l’indépendance. Et tout ce que le pays a à répondre au jeune qui voudrait pouvoir enfin voler de ses propres ailes, c’est que ça coûte une fortune, au bas mot 1 500 euros, et que ça consiste à se faire escroquer par des auto-écoles malhonnêtes avec le consentement lâche et silencieux des pouvoirs publics. Pourquoi est-ce que rien ne change ?

Des frondeurs à 12 870 euros par mois !

Il y a, paraît-il, une « fronde » au sein du Parti socialiste. Il faut les voir, les frondeurs à 12 870 euros par mois, et il faut voir ce qu’ils réclament : plus de dépenses, plus de règles, plus d’impôts ! Ce qu’il faudrait, c’est réformer les frondeurs. Or, sur la question de la représentation politique, tout ce que le président et, avec lui, ses conseillers, ses ministres et ses députés ont a répondre, c’est qu’ils ont fait le non-cumul des mandats – comme s’il n’y avait pas déjà beaucoup trop d’élus – et qu’ils réfléchissent à une dose de proportionnelle. Je propose que l’on mette l’expression « dose de proportionnelle » sous cloche et qu’on l’expose au musée de Cluny, celui consacré au Moyen-Âge. Comment peuvent-ils en être encore là ?

La démocratie représentative avait un sens quand le peuple était ignare. On gouvernait à sa place parce que n’écoutant que lui-même, il aurait agi contre son intérêt. Comment ne pas voir, à notre époque où la population est largement informée, largement consciente de ce qui est bon pour elle, que ces 577 députés et 348 sénateurs, qui ne sont pas d’un meilleur niveau que la moyenne nationale – et je ne parle pas des 233 membres du Conseil économique, social et environnemental qui sont plus inutiles qu’un congélateur en Antarctique -, ne servent plus à rien, sinon à relayer les prétentions de quelques privilégiés organisés qui vivent sur la bête, c’est-à-dire sur l’État ? Le Parlement est devenu la caisse de résonance des lobbys, et rien d’autre. Il suffit de voir comment la loi Hamon supposée introduire la class action en France a été détricotée à l’Assemblée et au Sénat pour comprendre que ce ne sont plus des représentants de la nation qui siègent dans ces hémicycles, mais des mandataires de banques, compagnies d’assurance, laboratoires pharmaceutiques, chauffeurs de taxi et autres notaires. Seul le référendum permet la démocratie direct, la vraie démocratie, le gouvernement des citoyens par eux-mêmes. Grâce à internet, le référendum peut devenir un outil simple et efficace de gouvernance. Utilisons-le.

À ceux qui se proposent de gouverner la France après le sidérant quinquennat qui est en cours, j’adresse ce message : si vous avez l’imagination et le courage de proposer un vrai programme de redressement total, de libération des énergies, de suppression de toutes les entraves, et si vous valorisez l’effort, l’intelligence, la création de valeur véritable, celle qui, pour naître, n’a pas besoin du soutien d’une collectivité locale ou d’une association subventionnée, c’est un boulevard qui vous conduira jusqu’au palais de l’Élysée. Dans le cas contraire, vous y arriverez peut-être, mais ce ne sera plus qu’un château de cartes.



L’été meurtrier

Entre les villages et les marais de l’île de Ré se dessine une Franceprospère, tranquille et sûre d’elle-même, dépensière et sportive : une France américaine. On tache son polo Lacoste avec des glaces au caramel et au beurre salé, on se refait une santé en pédalant pendant des heures à travers champs, on court sur le littoral pour affirmer son sarkozysme, on regarde défiler ses souvenirs sur les bleus de l’horizon, on lit un peu plus que d’habitude et on dort 18 heures par jour. Entre les villages et les marais de l’île de Ré, la France pète la forme.

La presse estivale nous apprend pourtant que notre pays a battu en 2013 son record de faillites d’entreprises, avec « un total de 63 452 défaillances, pour un coût financier de plus de 4,8 milliards d’euros » (Le Figaro). L’année dernière pourtant, le chef de l’État déclarait : « La reprise est là. » On aimerait bien. Aujourd’hui, il affirme : « La France entend rester la cinquième puissance mondiale. » On signe ! Au deuxième trimestre 2014 pourtant, la croissance française atteint… 0 %.

Comme d’habitude, le gouvernement revoit à la baisse ses estimations pour les mois qui viennent. Comme d’habitude, les ministres déploient des argumentaires très convaincants pour expliquer qu’ils ont la situation bien en main et, surtout, que ce déplorable revirement ne leur est pas imputable. Comme disaitChurchill, « être homme politique, c’est être capable de dire à l’avance ce qui va arriver demain, la semaine prochaine, le mois prochain et l’année prochaine. Et d’être capable, après, d’expliquer pourquoi rien de tout cela ne s’est produit. » Nous y voilà.

La France ne doit pas renoncer

L’incompétence de nos gouvernants ne fait plus guère de doute. C’est désormais un paramètre que les Français ont intégré : le pays est gouverné par des gens qui sont à l’action publique ce que les moniteurs d’auto-école sont à la Formule 1. La question qui se pose n’est donc pas de savoir si l’équipe en place peut obtenir un redressement de la situation : la question est de savoir si, in abstracto, un tel redressement est possible.

La France ne doit pas renoncer. Il ne faut jamais renoncer. Celui qui abandonne la partie pour moins que ce qu’il aurait en continuant à se battre a toujours tort. Nos frères ennemis anglais, qui ont ressenti plus durement que nous les effets de la crise née fin 2008, n’ont pas renoncé : après un programme de réformes drastique, ils sont aujourd’hui à plus de 3 % de croissance et leur taux de chômage recommence à tourner autour des 6 %. Les États-Unis aussi ont redémarré. L’Italie se réforme à marche forcée. Même l’Espagne montre des signes de rétablissement. Nous pouvons encore leur emboîter le pas : ça n’est pas le changement qui est brutal, ce sont les conséquences de l’inertie. Partout, des propositions fleurissent : je ne vais pas les détailler ici, elles se feront entendre à partir de septembre. Nous devons passer de la jalousie à l’ambition. « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! »



Les auteurs contre les écrivains

La Revue littéraire des éditions Léo Scheer m’a fait passer une liste des livres paraissant à la rentrée de septembre, en me demandant d’en choisir deux à critiquer. Il s’agissait d’un travail non rémunéré que j’ai accepté pour des questions d’image, préférant rester pauvre mais invité au prix de Flore. À la lecture de la liste, j’ai trouvé qu’il y avait toujours les mêmes noms, les mêmes noms de vieux schnocks qui écrivent pour écrire, qui écrivent parce qu’ils écrivent, qui vont se taper les mêmes salons que ceux qu’ils se tapent depuis dix ou quinze ans ou davantage, qui vont être invités dans les mêmes émissions de radio et, pour ce qu’il en reste, de télévision, et qui vont subir les mêmes louanges des mêmes journaleux avec qui ils copinent par intérêt autour des boulevards du Montparnasse et Saint-Germain – et avec lesquels ils passent leur temps à parler des autres, les autres écrivains, les autres journalistes, en général des gens qui marchent mieux qu’eux.

Des textes qui ne devraient pas paraître

Je n’ai donc choisi qu’un seul nom, un Américain qui a plutôt bonne réputation, et on m’en a collé un second, français celui-là, au hasard (apparemment parce que personne n’en avait voulu parmi les autres plumes de la revue). Les deux livres étaient mauvais. L’un relevait du divertissement, l’autre était dénué d’intérêt.

J’ai eu ensuite trois autres livres de la rentrée entre les mains et rien de valable. Je ne puis donc, aujourd’hui, prendre à part l’un de ces cinq livres et en offrir ici un compte rendu enthousiaste. Je ne peux pas non plus en choisir un pour le descendre, car aucun n’est suffisamment immonde ou indigne. Ce ne sont rien de moins ni de plus que des textes qui ne devraient jamais paraître.

La presse estivale nous a appris que cette année plus de 600 livres allaient être proposés à la vente en septembre. Si mon échantillon est représentatif, autant dire qu’ils n’ont de livres que l’aspect. Les écrivains – qu’on n’ose plus appeler ainsi, les qualifiant plutôt d’ »auteurs », dans une sorte d’aveu ou de scrupule -, ou une grande partie d’entre eux – enfin je ne saurais la quantifier à moins de me taper les 50 premières pages des 600 polycopiés sus-cités -, n’écrivent plus parce qu’un texte leur brûle les doigts et les yeux, parce qu’ils ont trop de paysages en tête qui leur serrent le coeur, parce qu’ils ont trop de souvenirs, trop de beauté dans les pensées ou trop d’ardeur au fond du ventre. Ils n’écrivent plus parce qu’ils ont trop aimé ou trop souffert, ni même parce qu’ils ont aimé ou souffert. Ils n’écrivent plus parce qu’un enfant les a fait pleurer, parce qu’ils ont plus de regrets que de désirs ou parce que le temps a emporté toutes leurs chances d’être heureux.

Nécessité impérieuse

Lesdits auteurs, qui sont 600, mais peut-être 570, peut-être peut-on en sauver une trentaine (encore que je ne comptabilise pas ceux qui essaient, parfois depuis des années, de publier un roman), écrivent pour faire un livre, pour explorer un sentiment, pour raconter une époque, pour rendre sa dignité à tel ou tel groupe humain, et autres fadaises qui ne cachent que leur vanité et l’insignifiance de leur existence. La plupart, croyant pouvoir devenir écrivain, ont raté leur vocation. Ils étaient faits pour d’autres métiers.

Le législateur français devrait créer une loi subordonnant la publication de tout livre à une condition de nécessité impérieuse. La jurisprudence viendrait préciser que cette nécessité pourrait être de deux natures alternatives : il pourrait s’agir soit d’une nécessité pour l’auteur lui-même, qui ne pourrait faire autrement que d’écrire et publier son texte, répondant ainsi à un impératif plus grand que lui (une commande de son âme, de Dieu, de ses souvenirs, des morts) ; soit une nécessité pour la population, pour le public, qui, si l’oeuvre devait ne pas paraître, y perdrait un apport substantiel à son élévation culturelle, morale, artistique ou spirituelle. Les ouvrages ne répondant manifestement pas à une nécessité impérieuse pourraient se voir attaquer devant les tribunaux, et leurs auteurs condamnés à verser des dommages-intérêts aux lecteurs et à l’État pour le préjudice subi par la collectivité.

« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » Ainsi parle Marguerite Duras dans Écrire. À tous ceux qui ne connaissent pas cette solitude, abstenez-vous.

 



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