De l’indécision

Qu’on soit de droite, de gauche ou sans étiquette, légitimiste ou révolutionnaire, libéral ou étatiste, difficile de reconnaître à François Hollande et ses ministres le moindre mérite dans leur gestion du conflit taxis / Uber.

Nuit politique

Lâcheté, déconnexion, aveuglement et faiblesse ont été leurs seuls phares dans cette nuit politique. Quand M. Hollande cessera-t-il, sur absolument tous les sujets, de ménager la chèvre et le chou ? Quand comprendra-t-il qu’il est grand temps de trancher, de décider, de choisir, bref de gouverner ? Le système des taxis est obsolète, sur-réglementé, totalement dépassé. Celui de UberPOP est sous-réglementé et réclame un cadre juridique et, puisque c’est l’obsession en France, pourquoi pas fiscal au moins sur les charges sociales. Interdire purement et simplement (« dissoudre » ?) ce service qui facilite la vie de milliers de gens, et pas les plus riches, est une stupidité. Réciproquement, ne pas réformer de fond en comble la législation subie par les taxis constitue, de la part des responsables publics, un manquement notoire à leurs responsabilités.

Racheter les licences

Il y aurait eu une solution simple, demander aux entreprises de VTC, dont Uber fait partie, de racheter leurs licences aux taxis contre leur droit d’entrée sur le marché français. Dans un deuxième temps, on aurait pu créer un nouveau régime, le même pour les taxis et les VTC. Au lieu de cela, comme d’habitude, on n’a rien fait. On n’a rien décidé, on a fait une loi inutilement compliquée, on n’a rien inventé et pour finir on n’a rien résolu. Comme beaucoup d’hommes politiques français, M. Hollande pense que c’est en ne réformant pas qu’on maintient la paix sociale. Tout montre pourtant depuis le début de son mandat que c’est l’inverse : à force de se défausser devant les exigences de sa tâche, il laisse pourrir des problèmes qui conduisent à des scènes de guerre civile. Pitoyable violence des taxis, pitoyable mollesse du pouvoir exécutif, pitoyable spectacle d’un pays coincé dans de petits corporatismes et de grands renoncements qui finiront mal.



Fleur

Les attentats du 7 janvier et l’ahurissant retournement politiquement correct qui les a suivis nous ont plongés dans le dernier best-seller de Michel Houellebecq, Soumission. Le mécanisme mental de l’aplatissement face à la peur, la relativisation du mal, le renoncement et la lâcheté devant le basculement de civilisation ont lieu aujourd’hui tels qu’ils ont été décrits par l’oracle revenu de son exil d’Irlande pour « voir sombrer le socialisme ».

Le public acteur et spectateur

Quel plaisir d’habiter des romans ! Hier, à l’occasion de la fête de la Musique, nous étions dans Muray jusqu’au cou. La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a expliqué, souriante, positive, progressiste, que, cette année, elle avait voulu des « concerts participatifs », « pour que le public soit aussi acteur, et plus seulement spectateur ». Il fallait y penser ! Il me tarde d’assister aux concerts de la Philharmonie où le public pourra s’emparer des violons, hautbois et autres clarinettes pour marier son talent à celui des musiciens ! Que de belles symphonies en perspective ! Quel bonheur que d’être tous égaux à ce point ! Dans le monde de Fleur Pellerin, dans l’esprit de la gauche, il n’y a pas de génie, pas de faculté, pas d’aptitude particulière, et surtout il n’y a pas de travail, pas de compétence ni d’expérience : il n’y a que l’égale possibilité pour chacun de faire tous la même chose. Le chef de l’État s’est d’ailleurs félicité que la fête de la Musique soit celle « de tous et pour tous », quelque chose comme ça (il y avait presque plus de « tous » que de mots dans sa phrase). Mais après que l’artiste officiel de la Mairie de Paris et du magazine Elle (c’est pareil), JR, a repeint le Panthéon, où l’on croyait devoir sanctifier les grands hommes, de milliers de visages d’anonymes béats (et sans doute gentils, progressistes eux aussi, citoyens du monde), transformant ainsi un lieu par essence inégalitaire, glorifiant même l’inégalité, la démontrant, en tombeau « pour tous », comment s’étonner ?

Égalité réelle et folie dogmatique

C’est la fameuse « égalité réelle », celle des conditions, celle qui avale les mérites et les efforts, les dons et les prouesses, et jusqu’aux héroïsmes. C’est cette folie dogmatique, démentie sans discontinuer depuis cinq mille ans par les faits, selon laquelle nous serions tous à mettre strictement sur le même plan, et n’y serions-nous pas que l’État s’en chargerait. C’est ce négationnisme de la diversité humaine qui a conduit à l’horreur communiste, dont le Parlement français compte encore des sympathisants sans que cela n’émeuve. C’est, enfin, cette matrice intellectuelle qui fait qu’aujourd’hui notre vieux pays, autrefois si vivant, étouffe dans le carcan d’un État jamais rassasié et, surtout, jamais réformé.

Le président désinvolte

M. Hollande a donc déjà fini son mandat. Il est en campagne pour sa réélection. Hier il allait voir les jeunes, toute cette semaine il court le pays. Il sourit, discute, serre des mains avec gourmandise. Pour un peu, on croirait qu’il a fait son travail et qu’il profite des succès obtenus avec une foule reconnaissante. Or qu’est-ce qui a changé, dans la vie quotidienne des Français, depuis 2012 ? Se sont-ils enrichis ? Ont-ils cessé de s’appauvrir ? Ont-ils vu la qualité de leurs hôpitaux, de leurs écoles ou de leurs trains s’améliorer ? Les entrepreneurs ont-ils vu leurs charges baisser ? Les petits salariés leur rémunération augmenter ? Notre pays est-il écouté à l’international ? A-t-il gagné en influence ? Vivons-nous dans une société plus juste ? Avons-nous des responsables publics plus honnêtes ? Des politiques ou des législations plus transparentes ? A-t-on avancé d’un pouce s’agissant des banlieues, de l’intégration, des questions de religion ? S’est-on attaqué au moindre privilège, à un début de régime spécial, à un des innombrables avantages indus qui tuent la République ? Qu’a fait le gouvernement français depuis 2012, à part taxer aveuglément un peuple épuisé ?

Rien, bien sûr. M. Hollande restera comme le président le plus désinvolte de la Ve République, dévot de sa bonne étoile, optimiste jusqu’à la déraison. Il semble se demander pourquoi, alors que lui vit si bien dans ce système à bout de souffle, les gens n’en font pas autant. Il feint de ne pas voir qu’en laissant pourrir la machine publique, il laisse le pays s’enfoncer dans cette espèce d’agonie lente et silencieuse qui a déjà commencé, qui nous conduira vers un autre cauchemar que ceux de Houellebecq ou de Muray, et que nul ne peut prévoir.



L’utilitarisme contemporain

Le ministre de l’Intérieur organise aujourd’hui une grande réunion de « dialogue avec le culte musulman », conviant 150 personnalités le représentant à venir exprimer à l’État leurs doléances. Les sujets habituels devraient être abordés, parmi lesquels celui de la construction et la gestion des lieux de culte. Le président du CFCM, Dalil Boubakeur, a suggéré ce matin sur Europe 1 que l’on mette les églises inoccupées à disposition des musulmans, comme cela semble avoir été fait avec une chapelle à Clermont-Ferrand. Cette proposition utilitariste n’a pas suscité de commentaire particulier de la part des responsables publics, alors qu’elle suscite une vague de réactions hostiles sur les réseaux sociaux. On notera une nouvelle fois la séparation entre les gens qui font les médias et ceux qui les consultent : journalistes et population ne s’intéressent décidément pas aux mêmes choses, et, serait-ce parfois le cas, n’ont pas sur elles les mêmes opinions.

On pourrait accepter la suggestion de M. Boubakeur, être pragmatique, considérer que si d’une part des églises sont vides, églises qu’on réduirait alors à leur seule qualité de lieu de culte, et que d’autre part des personnes souhaitant prier manquent d’endroit pour le faire, il suffit de céder les premières aux seconds. On peut aussi ne pas prendre parti, considérer que cela regarde les intéressés, que c’est un changement inéluctable qui est à l’oeuvre et que ce changement est dans l’ordre des choses, dans le sens de l’histoire, que le monde connaît des mutations tellement rapides qu’il ne sert à rien de s’y opposer de quelque manière que ce soit, etc. La plupart des personnalités publiques ont ainsi choisi de ne plus rien dire sur ce sujet glissant, préférant se défausser. On est pourtant parfois coupable de ne pas agir.

L’islam ou le retour du religieux

Depuis le diagnostic posé par Marcel Gauchet*, on croyait l’Occident désenchanté, sorti du religieux par le cartésianisme, la science, la société de consommation et l’idéologie progressiste sur laquelle se retrouve la majorité des acteurs politiques depuis les années 1950. C’était vrai, en France, s’agissant des catholiques, dont la part comme l’implication ont fortement décru dans la période contemporaine ; mais c’était faux s’agissant de l’islam, par lequel est venu le retour du religieux. Une part importante des Français musulmans sont ainsi pratiquants : ils ont besoin de lieux de culte dans leur pays. Il en va du respect du principe d’égalité comme de la bonne entente mutuelle entre concitoyens.

Faut-il pour autant, au nom de la liberté de conscience d’une partie de la population, débaptiser une autre ? A-t-on le droit de préférer des églises désertes, abandonnées, magnifiquement laissées vides et silencieuses, témoignant par leur seule présence de la civilisation qui les a construites, cette civilisation dont elles ont été à la fois l’oeuvre et l’artisan, l’origine et la conséquence, l’incarnation, plutôt que des églises transformées en mosquées pour des besoins ponctuels et sans considérations historiques, culturelles et spirituelles ? Doit-on vraiment laisser de vieilles églises aussi vieilles que notre vieux pays se faire rhabiller par l’étrange civilisation naissante qui mélange mondialisation consumériste, athéisme et islam dans le désordre et l’inanité politique ?

Abstention coupable

Est-ce que, tout en n’ayant rien contre les mosquées en général, ni bien entendu contre ceux qui les fréquentent, on est arriéré, ronchon, réactionnaire, lepéniste, phobique, attaché à des vieilleries dérisoires et dépassées si, à l’idée que l’on ne transforme une église en mosquée, on ressent une grande tristesse mêlée de révolte, si l’on se sent comme dépossédé, exproprié, chassé, si l’on a le sentiment qu’on nous prend quelque chose, que quelque chose meurt de ce que l’on aimait ? Et peut-on dire que l’on en a assez de ce genre d’estocades, de ces petits coups de canif, de ces tentatives sans cesse répétées, allant toujours un peu plus loin, comme pour voir jusqu’où il est possible d’aller et qui font, finalement, progresser la destruction par étapes de la France telle qu’elle était depuis des siècles et telle que beaucoup de Français, aujourd’hui, voudraient qu’elle demeure, mais la laissent disparaître quand même, à la fois par abattement, fatigue, peur et lâcheté, tandis que leurs gouvernants ont eux, pour beaucoup et fidèles à une vieille tradition, trahi par abstention coupable ?

Pour tout le monde, pour les musulmans comme pour les catholiques zombies chers à Emmanuel Todd, comme pour les athées et tous ceux sur qui une nouvelle guerre de religions aurait un impact, c’est-à-dire pour tout le monde, la conversion d’églises en mosquées est une très mauvaise idée. Il faut dire « non », tout simplement, refuser ce glissement avant qu’il ne soit trop tard.

Le Désenchantement du monde, Gallimard, 1985.



Jet-set



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