Le chômage et la gauche

François Hollande a conditionné sa candidature en 2017 à la baisse du chômage. Le sujet revient tous les mois sur la table, avec la fameuse publication des chiffres qui, depuis 2012 (et avant aussi, bien sûr), ont toujours été mauvais. Pour que cela se voie moins, les statistiques officielles rangent les chômeurs dans différentes catégories au sein desquelles Pôle emploi opère au besoin les transvasements qui vont bien. Mais cela ne suffit pas. Rien que pour la « catégorie A », c’est-à-dire celle dénombrant ceux qui ne travaillent vraiment pas du tout, la France comptait au mois de juin 3 553 000 chômeurs.

De simples nettoyages de listes

Ce chiffre épouvantable devrait agiter un pays plongé dans sa traditionnelle torpeur estivale, mais il n’en est rien : nous continuons d’assister, impuissants et inactifs, à notre enlisement. Le gouvernement fait à peine semblant de s’occuper du sujet, avec des mesures comme le développement des autocars qui devraient faire rire tout le monde, surtout quand, dans le même temps, le même gouvernement interdit UberPOP, un service qui donnait concrètement du travail aux gens !Comment M. Hollande peut-il prétendre faire reculer le chômage chez nous alors qu’il s’est empressé de parasiter durement l’activité d’Uber, la société qui, rien que ça, crée aujourd’hui le plus d’emplois dans le monde ?La réponse est simple : il serait plus coûteux électoralement à M. Hollande de prendre les vraies mesures qui feront reculer le chômage que les mesurettes qui lui permettront de faire croire qu’il recule. Les emplois aidés, chers pour l’État et anachroniques, quelques nettoyages de listes et autres modifications des modes de calcul du nombre de chômeurs feront, finalement, et de manière parfaitement mensongère, que la courbe s’inversera. Ce ne sera qu’une statistique, ce sera faux, mais cela suffira à asseoir la légitimité d’une candidature, et ça, ça n’a pas de prix.

Il n’y aura pas de miracle

Les Français savent pourtant très bien ce qu’il faut faire pour faire reculer le chômage : diviser par deux les impôts, les charges sociales et les réglementations qui encadrent le travail, orienter les étudiants vers ce qui marche, investir en masse dans les nouvelles technologies, attirer les investissements étrangers par une fiscalité concurrentielle, travailler quarante heures par semaine et ne pas partir en retraite avant 70 ans. Alors, certes, cela demande d’assainir toutes les activités et les organismes publics du sol au plafond, et d’intégrer l’idée, difficile pour un éternel président de conseil général, que le salut de notre pays ne viendra pas d’une augmentation sans fin des recrutements dans les collectivités locales. Cela demande, en fait, pour les socialistes, d’aller à l’encontre d’à peu près tout ce qu’ils ont défendu jusqu’ici, ce qui signifie que, même avec toute la bonne volonté d’Emmanuel Macron, il n’y aura pas de miracle.



La Grèce est l’avenir de la France

Et François Hollande pavoisa. Le président des câlins et des bisous, comme il s’est lui-même baptisé, a pris Alexis Tsipras dans ses bras avant de quitter Bruxelles. Un communiste consolé par un socialiste, voilà qui avait de quoi ravir les journalistes français, et ça n’a pas manqué. Toute la presse est au diapason pour dire que, n’en déplaise à la méchante droite ronchonne, ce président-là est formidable. Les cent plumes qui ont sacrifié leur indépendance sur l’autel des SMS élyséens guettaient ce qui pourrait enfin justifier leur clémence : ils ont sauté sur l’accord européen les yeux fermés.

La France défend l’Europe alors que l’Allemagne défend l’Allemagne. C’est notre honneur que de faire cela, et il faut certes reconnaître à M. Hollande que dans sa volonté de rapprocher les points de vue plutôt que de punir un pays –, et cela pour que la construction européenne puisse se poursuivre –, il a fait un choix conforme à la ligne de notre pays. Toutefois, lorsqu’on négocie jusqu’à l’aube, c’est qu’au fond personne autour de la table n’a intérêt à partir fâché. Nul ne pouvait en effet prévoir les conséquences, aussi bien financières que géopolitiques, d’une sortie de la Grèce de la zone euro : cela aurait été d’abord un coup d’arrêt à l’édification de l’Europe politique ; ensuite un affaiblissement considérable, sur le plan symbolique, de tout le continent et de sa monnaie ; enfin, le chaos en Grèce, qui aurait pu rapidement devenir, à nos portes, la terre d’accueil des malfrats du monde entier qui n’aiment rien tant que les États qui s’effondrent, et celle de milliers de migrants – or, la Grèce aurait quitté l’euro, mais pas l’espace Schengen. À part les partis nationalistes, personne ne souhaitait le Grexit.

Les Allemands ont l’impression d’être les dindons de la farce

M. Tsipras est un politicien remarquable : en ne demandant pas à ses concitoyens s’ils souhaitaient ou non quitter l’euro, mais s’ils souhaitaient ou non accepter une version particulière d’un plan de soutien financier, il s’est réservé le droit d’en accepter un autre, fût-il assez semblable, et il a permis à son peuple de crier sa colère, sans pour autant courir le risque d’une catastrophe. À quoi il faut aussi ajouter que M. Tsipras s’est personnellement renforcé par ce plébiscite, aussi bien à l’intérieur de son pays qu’à l’extérieur dans les négociations. Les Allemands, fourmis qui payent pour des cigales, doivent tout de même avoir vaguement l’impression d’être les dindons de la farce, et n’ont plus qu’à espérer qu’il y aura du changement et que leurs milliards ne sont pas tombés dans le tonneau de Danaïdes.

Pendant ce temps-là, la France poursuit imperturbablement sa promenade dans une voie condamnée. La dette a dépassé depuis longtemps les 2 000 milliards d’euros, la croissance ne repart pas, le chômage continue d’augmenter et aucune réforme importante n’est mise en chantier par le gouvernement. Nous ne touchons pas à notre administration cégétiste, à notre fiscalité délirante, à nos entreprises publiques endormies, à nos collectivités locales pléthoriques : on laisse tout en l’état, même si ça finira par nous être fatal. Peut-être pourrait-on tirer les leçons du naufrage de nos voisins, et faire chez nous ce que nous leur demandons de faire chez eux.



La Grèce paie son socialisme

Que les États-Unis, la Chine et la Russie se soient félicités du référendum grec devrait nous inquiéter, car ces trois pays se sont félicités de l’étiolement de l’Europe en tant que première puissance mondiale. Les Grecs sont au milieu de l’océan, à bord d’un navire qui prend l’eau, et ils refusent les canots de sauvetage qu’on leur envoie : ils veulent des canots plus grands, d’une autre couleur, en plus grand nombre, etc. Partout sur le continent, les partis d’extrême gauche essaient de surfer sur le succès du mouvement. Jean-Luc Mélenchon parlait ridiculement hier sur RTL de « notre gouvernement » à propos de celui d’Alexis Tsipras. Toutes sortes d’autres commentateurs se croient très subversifs en expliquant qu’il y a là une victoire de la démocratie contre les technocrates, des opprimés contre leurs oppresseurs, « oppresseurs » qui soutiennent pourtant à fonds perdus depuis des années les « opprimés ». Comme d’habitude, on ne sait pas bien ce que M. Hollande pense de tout cela – il semblerait qu’il ait perdu toute faculté de s’exprimer sans maintenir une ambigüité sur le sens de ses propos. C’est pourtant lui qui, en 2012, accréditait l’idée selon laquelle l’Union européenne serait engagée dans une voie ultra-libérale qu’il convenait de « réorienter » : il n’a rien réorienté du tout et c’est tout juste si la pauvre Union européenne a pu maintenir dans l’économie de marché une France aux mains d’un socialisme délirant, tandis qu’elle ne pourra probablement pas le faire pour la Grèce.

Une crise qui naît d’un excès de dépenses publiques

Il ne faut pas se raconter d’histoires : la Grèce est morte de ses dépenses publiques. Pas de ses créanciers, par des banquiers de Goldman Sachs ni de l’intransigeance d’Angela Merkel. Ils se sont mis eux-mêmes en faillite parce que leurs administrations sont trop coûteuses, faute d’être réformées. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui sont programmés idéologiquement pour mener le « berceau de la démocratie » à sa perte. Le parti frère de Syriza en Espagne, Podemos, ne propose rien d’autre qu’un renforcement du contrôle public de l’économie, le retrait du pays de certaines zones de libre-échange et toutes sortes de gadgets bobos qui plairont sans doute aux hipsters fonctionnarisés du centre de Paris, mais qui n’ont aucune chance d’aboutir à un quelconque résultat positif pour le peuple espagnol. La crise que traverse l’Europe depuis 2008 est une crise des dettes souveraines : c’est donc une crise qui naît d’un excès de dépenses publiques. Dire que trop baisser celles-ci revient à achever le malade, comme on l’entend beaucoup à propos de la Grèce, revient à reconnaître la trop grande dépendance des économies européennes à la dépense publique. Nous ne souffrons certainement pas d’un excès de libéralisme dans les politiques menées par Bruxelles : nous souffrons de l’omniprésence des administrations publiques dans tous les secteurs de sociétés qui en étouffent.

Qu’on abandonne les Grecs à leurs fantasmes, et ils verront comme on est heureux à Cuba. Que les Espagnols leur emboîtent le pas si ça leur chante, et ils goûteront aux joies des tickets de rationnement et des magasins vides. Que les journaleux, les faux artistes et autres guignols de l’info qui soutiennent M. Tsipras depuis leurs transats des Cyclades y restent : le collectivisme n’est pas un horizon pour l’Europe, c’est l’un de ses pires souvenirs.

 



Grexit

Comme beaucoup de bourgeois, j’aime les îles grecques, ces paradis blancs et bleus où le vent souffle sur une végétation sèche. J’aime l’antipathie des Grecs, qui marque leur fierté. J’aime leur nourriture simple, saine et répétitive, leur petit vin frais servi en carafe avec des verres de cantine, les chaises en paille et les nappes en papier de leurs restaurants. J’aime même la saleté d’Athènes, son laisser-aller et son atmosphère de violence. Du Pirée, cauchemar portuaire, je ne garde que des souvenirs heureux. La noblesse de la Grèce est dans les mémoires, dans la littérature mythologique, dans les livres d’histoire et sur les vases exposés sous verre dans les musées du monde entier. Elle est sur les rivages des Cyclades, sur la mer, sur l’or du soleil qui s’y reflète, au calme lointain et spartiate de maisons identiques qui forment ces paysages que tout le monde connaît. Voilà ma perception de touriste.

Il a manqué à l’Europe la volonté de s’assumer comme une puissance

Des tas de gens se bornent à répéter que « la Grèce est le berceau de la démocratie » et qu’à ce titre elle devrait rester membre de la zone euro, quoi qu’il en coûte. Comme si la zone euro avait réellement quelque chose à voir avec la démocratie, elle qui, comme l’Union européenne, a été bâtie par-dessus les peuples par une classe dirigeante qui croyait en son rêve. Les gouvernants européens savaient que l’État grec collectait difficilement l’impôt et qu’il truquait ses comptes, mais ils ont pensé que l’intégration continentale allait produire une sorte d’effet d’entraînement, apportant par magie la rigueur administrative, la responsabilité politique, le civisme, enfin tout ce qu’il faut pour faire un pays comme le Danemark. Les Grecs n’ont pas fait les réformes qu’ils n’avaient de toute façon que vaguement promises, mais se sont servis de la solidarité et de la solidité européennes pour emprunter au-dessus de leurs moyens. Les voilà aujourd’hui en faillite. Encore une fois, il a manqué à l’Europe la volonté de s’assumer comme une puissance : limitée à un agrégat de nations liées par quelques traités, actionnée par des institutions inutilement lourdes, opaques et sans légitimité forte, circonscrite à quelques domaines très techniques, l’Union européenne est en train de se désagréger.

Recentrer l’UE sur ses pays forts

On peut objecter qu’il en va de l’UE comme naguère de l’URSS dont on disait que si ça ne marchait pas, c’est qu’il en fallait plus et que ça finirait bien par marcher un jour à force d’en rajouter, raisonnement, il est vrai, un peu fou. Il ne faut pas plus d’Union européenne telle qu’elle meurt, il faut en faire une nouvelle et, de ce point de vue, le Grexit peut marquer le début d’une nouvelle séquence. Cela fait des siècles que l’Europe enfante des génies et des merveilles. Nous sommes la plus grande civilisation du monde. Or, aujourd’hui, nous dormons debout et l’élite de notre jeunesse émigre vers des terres plus prometteuses. Tout montre qu’il faut une Europe forte : pour gérer les flux migratoires, par exemple. Le moment est venu de recentrer l’UE sur ses pays forts, d’en affirmer clairement les valeurs et l’enracinement, et de les doter d’un gouvernement élu au suffrage universel direct. Les systèmes publics, et leurs responsables, sont à bout de souffle dans la plupart de nos pays : l’occasion de nous en débarrasser pour faire du neuf est entre nos mains. Nous avons un projet politique, un vrai but pour les nouvelles générations, autre chose que leur petit bien-être capturé sur Instagram, autre chose que la burqa, autre chose que des manifs contre les homosexuels et autre chose que des luttes contre des fascismes imaginaires, qui ne deviendront réels que par notre inaction.



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