L’inertie dévitalisante

Le président de la République a promis de baisser les impôts en 2016 « si la croissance s’amplifie ». Continuant de se distancier par rapport à une réalité déplaisante, François Hollande ne dit toujours pas « je » : « Il y a une volonté de… », « La France, elle… », etc. Jamais de « je », le « je » qui engage, le « je » qui risque, ce « je » qui est le pivot de la Ve République, monarchie élue, imaginée par le général de Gaulle pour un pays qui n’est pas le Danemark et qui a sans doute besoin de cette verticalité.

« Si la croissance s’amplifie » : si on est à 0, il peut toujours y avoir amplification, on restera à 0. M. Hollande peut bien promettre de multiplier la croissance par 5, elle restera à 0 – et il aura tenu sa promesse. Saisissant peut-être la bizarrerie de son vocabulaire, le chef de l’État a finalement précisé que les baisses d’impôts auraient lieu en 2016, quoi qu’il advienne. En 2016, soit un an avant l’élection présidentielle, et cela après avoir porté le niveau des prélèvements obligatoires en France à un niveau sans précédent.

Une étude d’Ernst & Young a calculé que les Français travaillent en moyenne 208 jours par an pour la puissance publique, ce qui ne leur en laisse que 157 pour eux-mêmes. Nous sommes donc devenus un peuple où tout le monde travaille in fine pour l’État : ça ne vous rappelle rien ? Le problème est que nous ne vivons pas dans un dessin animé où il y aurait un grand jardin paradisiaque et redistributif où Najat Vallaud-Belkacem serait une princesse rétroéclairée. Nous vivons dans un pays qui est en train de perdre ses galons, dont le peuple s’est appauvri et d’où de plus en plus de gens s’en vont.

1 000 exemples de gaspillage

Les impôts, quels qu’ils soient, auraient pu être divisés par deux depuis longtemps : des milliards d’euros d’argent public sont détournés par les partenaires sociaux dans le scandale maintes fois dénoncé et jamais réglé de la formation professionnelle ; les rapports s’empilent les uns sur les autres à Bercy pour dire que les charges trop élevées créent du chômage ; les collectivités locales dépensent des sommes aberrantes dans des projets dont on pourrait se passer et qui ne font même plus un entrefilet dans la presse, laquelle est inutilement subventionnée à grands frais ; les intermittents du spectacle représentent un tiers du déficit de l’assurance-chômage alors qu’ils ne représentent que 3 % des chômeurs, mais le gouvernement affiche sa ferme intention de ne rien changer ; le Conseil économique, social et environnemental ne sert à rien, tout le monde le sait, tout le monde le dit, et il n’est toujours pas supprimé ; et nous avons mille exemples comme ceux-là, en France, dont on ne parle plus, par lassitude.

Comment les socialistes peuvent-ils prétendre baisser les impôts alors qu’en trois ans et demi de mandat, ils ne se sont attaqués à aucun chantier important ?

Ce sont les syndicats qui gouvernent

Comme le souligne Michel Houellebecq avec son habituelle clairvoyance, dans des entretiens estivaux au Figaro Magazine, le mépris du peuple à l’endroit des hommes politiques a atteint un niveau inouï. Mais c’est parce que les responsables publics s’inventent eux-mêmes impuissants que la population se détourne d’eux. C’est parce qu’ils laissent les syndicats gouverner à leur place que les Français les méprisent. C’est leur inertie qui leur est reprochée. Prenons le seul exemple des taxis : quelle a été la réponse du gouvernement au comportement scandaleux des chauffeurs de taxi en juin dernier ? Céder à toutes leurs revendications.

Alors, voter, respecter les lois, payer des impôts, si les élus et les organismes publics n’en font rien ou si peu, laissons tomber. Et si cette non-action, qui dévitalise la démocratie, finit par la faire choir, ce quinquennat, cette majorité, ce gouvernement, ce président en porteront la responsabilité.



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