Ali Mohammed Al-Nimr

Ali Mohammed Al-Nimr est ce jeune Saoudien qui a été condamné à mort en Arabie saoudite et dont la sentence doit être exécutée cette semaine. Une condamnation à mort est toujours barbare, toujours l’expression d’un archaïsme. Les États américains qui la pratiquent encore se couvrent quotidiennement de honte. Que l’on condamne à mort un assassin, c’est déjà barbare ; mais que l’on condamne à mort un garçon de vingt et un ans qui n’a commis aucun crime, c’est disqualifiant. On lui reproche d’avoir participé à une manifestation contre le régime, d’être chiite et d’être le neveu d’un opposant virulent au pouvoir en place : rien de tout cela ne justifie sa condamnation.

Puisque l’Arabie saoudite est un « partenaire privilégié de la France au Moyen-Orient », la France doit donner de la voix pour empêcher ce crime d’État. Les temps ont changé. De la même manière que nous ne pouvons plus regarder les migrants se noyer dans la Méditerranée sans rien faire, de la même manière que nous avons l’obligation morale d’apporter notre aide au peuple syrien en exode, nous ne pouvons pas détourner le regard devant le sort qu’un pays « ami » réserve à ce jeune homme. Comment exprimer d’un côté notre dégoût du ridicule Daesh et rester silencieux face à l’inhumanité des autorités saoudiennes ?

Coresponsables de la mort d’un jeune homme

Le président de la République doit renvoyer l’ambassadeur d’Arabie saoudite en France et ordonner la suspension de toute relation entre les deux pays, les relations d’ordre diplomatique et politique comme les relations économiques, jusqu’à la libération d’Ali Mohammed Al-Nimr. Les hommes d’affaires qui continueraient imperturbablement leur business avec les pouvoirs publics saoudiens, les diplomates propres sur eux qui se laisseraient expliquer cette décision ignoble par leurs homologues, pour venir ensuite justifier leur propre inaction, bref, tous ceux qui viendront expliquer que « c’est plus compliqué que ça », éternel argument des lâches, seront coresponsables de la mort d’un jeune homme. Nous n’avons pas à nous ingérer dans les affaires d’autres États souverains sur leur territoire, nous devons nous occuper de nos ressortissants en priorité, nous devons respecter les croyances et les traditions, les spécificités, les histoires et les cultures, mais nous sommes ce qui reste de la France et, à ce titre, nous ne devons aucune espèce de considération ou de réserve à l’endroit de la sauvagerie, que notre rôle est de combattre partout dans le monde.



Notre rôle

La guerre civile en Syrie a fait des centaines de milliers de morts, à quelques kilomètres du territoire où sévit Daesh, ridicule d’horreur, de cruauté et d’inhumanité. En Syrie on ne comprend rien, on hésite à soutenir les adversaires de Bachar el-Assad parce qu’ils comptent des islamistes. Nous n’avons rien fait. Les grandes puissances mondiales sont restées les bras ballants devant les tueries. Si j’étais un condamné à mort de l’État islamique ou si j’habitais un immeuble bombardé par un char de mon propre pays, je me demanderais pourquoi n’arrivent pas, comme dans les films, au moment décisif, cinq Rafale de l’armée française pour me sauver in extremis d’une fin injuste.

Et si le massacre avait eu lieu ?

C’était un peu, quoi qu’on en dise, ce qui s’était passé en Libye, quand nos avions avaient stoppé les colonnes d’un Kadhafi assoiffé de sang qui roulaient vers Benghazi. On reproche aujourd’hui aux décisionnaires de l’époque cette intervention. Qu’aurait-on dit si le massacre avait eu lieu ?

Nous aurions dû, lorsque nous avons appris l’ampleur de ce qui se passait en Syrie, lorsque nous avons eu les premières images d’Irak, intervenir. Nous aurions dû bombarder les fauteurs de trouble. Nous ne l’avons pas fait, parce que nous étions enfermés dans notre égoïsme fondamental que nous avons justifié par des contraintes techniques, par un manque de moyens, par un risque d’escalade, de déstabilisation de la région, etc. Pourtant, avec les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie, l’Inde et la Chine, et avec nos alliés comme le Qatar ou l’Arabie saoudite, qui peut sérieusement affirmer qu’on ne pouvait rien faire ?

Quel est notre rôle, aujourd’hui ?

Nous nous sommes préoccupés de polémiques dérisoires pendant que des gens mouraient en masse. Nous nous sommes gargarisés de nos petits débats ridicules au lieu de nous interroger, la nation tout entière : pouvons-nous, devons-nous faire quelque chose ?

Avant, la France était la main tendue des pays riches vers le tiers-monde. C’était notre grandeur, notre honneur, ça faisait notre singularité. Maintenant, la France est le dernier laboratoire d’un socialisme à bout de souffle, un pays de luxe pour touristes, de retraités de la fonction publique et de déserts industriels. Nous laissons l’histoire nous glisser entre les doigts. Quel est notre rôle, aujourd’hui ?

Par-delà les débats sur l’immigration, qui ne concernent pas les mêmes populations que les migrants en cause, nous devons accueillir, au moins temporairement, tous ces gens qui ont souffert de notre passivité. Je ne dis pas que nous devons immédiatement leur verser des aides financières qui feront les bonheurs de l’extrême droite voyant là une nouvelle occasion d’appeler à la suppression des derniers vestiges de l’universalisme français comme l’aide médicale de l’État (AME), je dis qu’en pratique nous devons nous occuper de ces malheureux qui retourneront chez eux si leurs pays survivent à l’enfer.

Nos pays, la France, l’Allemagne, le reste de l’Europe, ne peuvent pas continuer avec le rythme migratoire qui a été le leur ces dernières années, car il pèse trop lourd sur les systèmes sociaux et menace les cohésions nationales. En revanche, ils peuvent très bien recevoir, exceptionnellement et temporairement, 100 000 réfugiés de guerre. C’est la moindre des choses et nous avons déjà trop tergiversé.

 



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