Bon anniversaire, Citizen K !

 

Édito publié dans le numéro d’hiver 2018/2019 de Citizen K International, qui fête ses 25 ans ! 

Bon anniversaire !

Citizen K, c’est ma jeunesse. J’avais dix-sept ans quand j’ai ouvert mon premier exemplaire, j’en ai maintenant presque trente, et alors que je m’étais lancé moi aussi dans une aventure de presse avec un bébé qui s’appelait Spring, je me précipitais au kiosque acheter le grand-frère Citizen K lorsqu’il paraissait, parce que tout m’y plaisait.

J’aimais le format, d’abord : un peu moins haut et un peu plus large qu’un A4, il était facile à prendre en main et à transporter et c’était vraiment mieux que ce raide A4 qui solennise tout ce qui s’y écrit. J’aimais aussi le papier : légèrement moins épais et de meilleure qualité que celui d’autres magazines de lifestyle, avec une impression top niveau qui faisait apparaître parfaitement chaque couleur, chaque nuance, chaque éclat. C’était une dépense somptuaire, ça se voyait, et c’est ça qui était bon, on savait que chaque numéro de Citizen K était une folie.

Je dévorais les premières pages, avec les natures mortes magnifiques et délirantes de Tania & Vincent, leurs colliers de haute joaillerie coulés dans des oeufs de caille, leurs squelettes souriants chaussés d’escarpins Dior, leurs ananas sertis de diamants, à chaque fois je songeais que les annonceurs n’avaient plus qu’à acheter les droits de ces images qui auraient fait de formidables campagnes de publicité. J’aimais les photoreportages de Frédéric Chaubin et les articles perchés de Matthias Debureaux. J’aimais même parcourir l’ours, avec le King tout en haut, imposant, avec son titre à rallonge (“Founder, Publisher, Director, Editor in Chief, Creative Director…”), ses deux assistants (“First Assistant to…” ; “Second assistant to”), cette présentation de l’équipe en anglais et des numéros de téléphone internationaux qui me faisaient rêver à une rédaction branchée sur le monde entier. J’aimais les photos de mode, avec leurs mannequins aux poses inattendues et aux regards hallucinés, et je dis “j’aimais” mais je peux dire “j’aime”, parce que Citizen K continue et continue de me faire vivre un peu de ce temps où j’avais vingt ans et où la vie était elle aussi une folie.

Et puis il y avait le King, donc. Je l’ai rencontré à une beuverie et notre amitié s’est nouée tout de suite et a tout de suite pris la forme d’une longue beuverie permanente, une ripaille joyeuse, un festin gaulois. Il m’a appris à faire de l’existence un banquet où se servir et surtout où donner, où danser entre les plats et les vins, où tout renverser, où s’assoupir la tête dans les choux à la crème et rêver. Il m’a enseigné que la peur fondatrice de tous les malheurs est celle d’aimer. Il m’a fait me tordre de rire, mais m’a plus souvent fait penser. Il m’a réveillé quand je m’endormais, secoué quand je paressais, ragaillardi quand je faiblissais.

«Pourtant, je me souviens: quand j’étais triste, découragé, sans goût ni estime pour personne et surtout pour moi-même, quand j’étais prêt à renoncer à l’effort, à me laisser vivre facilement, petitement, bassement, je me disais: « Il y a Mermoz… il va revenir par-dessus l’Atlantique… De lui, de lui seul, j’aurai honte. Il va revenir, il ne me refusera pas un peu de sa vertu.Et je recommençais la sourde bataille que tout homme se doit de mener, jusqu’à sa mort, contre lui-même. » Joseph Kessel, Mermoz

Aujourd’hui Kappauf m’accorde l’insigne honneur de signer l’édito de ce magazine qui m’a tant fait rêver. Bon anniversaire, Citizen K ! Continue d’alléger nos souffrances, c’est toi le meilleur. C’est toi qui as raison ! Oui ça sent le sapin ! Oui il faut en profiter tant qu’il est encore temps ! Oui La Prairie® fait le bonheur ! Hydratez-vous ! Enivrez-vous ! Soyez jeunes avant d’être morts ! Longue vie au roi Kappauf ! _____ CHARLES CONSIGNY



On n’est pas couché – 3 juin 2017

Image de prévisualisation YouTube


Sang pour sang moi... |
Morganebib |
LE BLOG DE BEST SELLER ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | JETBOOKS Critiques de livre...
| Le Calice Noir
| ma vie