byebye

Spring va donc faire une petite pause. Elle va durer six mois ou un an, elle sera définitive ou pas, je n’en sais rien. Les difficultés financières que le magazine a rencontrées ne sont, n’en déplaise à nos détracteurs, pas la raison première de cette parenthèse. Nous avions emprunté un chemin, celui de la mode, et du luxe en général, qui ne me correspond pas. Maintenant je peux le dire, mais je ne m’en suis jamais réellement caché : je n’aime ni les fringues, ni les parfums, ni le maquillage, ni les sound system à dix plaques, je n’ai aucun plaisir particulier à porter du crocodile, du python ou du cachemire. J’aime la laine et les feux de cheminée, je préfère de très loin l’entrecôte-frites du Café des Musées aux haricots surgelés de l’hôtel Costes, et de très loin encore la vue des plaines du Jura à celle du Louvre depuis la terrasse du Marly. Voir passer une Porsche ne me fait pas envie, le destin de Carine Roitfeld ne me semble pas être le but d’une vie, pas plus d’ailleurs que celui de Bernard Arnault. Alors, amis des chiffons, pour qui je garderai toujours, évidemment, une grande tendresse, je vous dis au revoir, et vous embrasse sur les deux joues, avec un plaisir immense.

Charles du Spring



plaidoirie

C’est con mais là je viens de me relire, enfin de lire le texte que j’ai posté il y a plusieurs jours, en dessous de celui-là, et j’en suis plutôt content. D’habitude je ne suis pas fier, ou pas tellement, de ce que je fais. Par exemple, Spring j’en suis content dans son ensemble, dans l’œuvre que ce magazine représente, mais je ne suis satisfait d’aucun numéro précisément. D’ailleurs je n’aime pas le prochain non plus. Je n’en aime aucun depuis sa création, et ce doit être ce qui fait que j’ai sans cesse envie d’en faire un autre quand l’un vient de naître. La comparaison avec les enfants n’a pas lieu d’être ici, alors je vous défends d’y voir une allusion quelconque ni de vous poser vous-même la question est-ce qu’on fait un autre enfant parce qu’on kiffe pas celui qui vient de sortir à 100%. J’écris un peu avec mes pieds, voire avec mes palmes, ces derniers temps, ma grand-mère me l’a fait remarquer, elle m’a dit que depuis quelques semaines c’était « moins écrit » ce blog, et comme elle a senti que ça me faisait de la peine, moi qui ai toujours peur d’être sur une pente sans la gravir, elle a embrayé en me disant que quand même, si elle était une fille qui avait mon âge, à la lecture de ce blog elle chercherait mon adresse par tous les moyens pour venir m’épouser. Ça, c’était plutôt une satisfaction. Hier j’ai vu Kappauf qui n’a pas hésité à me balancer qu’il ne m’avait jamais vu aussi bouffi et déprimé, il m’a dit arrête de boire et ne vois plus de psychiatre, regarde ton état après quatre séances, regarde ce fantôme que tu es devenu. J’ai réfléchi une partie de la nuit à ses paroles, après l’avoir eu au téléphone pendant près de quatre heures, chacun dans nos chambres respectives, chacun dans nos vies respectives, lui quarante-huit ans, dans le salon immense où il a posé son lit, avec ses trois portables et sa nounou qui tourne dans le grand appartement du boulevard Saint Germain, moi vingt ans dans ma cellule de moine, petit bout du joli duplex familial que nous occupons dans le Marais de Paris avec toute la famille. J’ai réfléchi donc, et conclu qu’il avait raison, et j’ai décidé que j’allais planter ma psy et arrêter de boire, parce que, c’est vrai, les névroses d’un esprit torturé ne s’arrêtent jamais, pour le meilleur et pour le pire. Ce soir là Karine est passée, Karine de Stiletto, à force cela pourrait devenir son nom de famille, l’archiduchesse Karine de Stiletto, elle avait l’air épuisé, parce qu’elle ne dort pas, n’y arrive pas. La crise malmène les petites fées des kiosques, probablement un peu trop, c’est pour ça que je continue à gueuler sur les annonceurs, à les engueuler pour de vrai, quand ils me disent que cette année ils ne prendront que Elle, Madame Figaro et Vogue. Là oui, cela peut être n’importe quel dir’com ou planneur média, cela peut être une attachée de presse sans pouvoir sur la décision ou le président de sa boîte, je pousse une petite gueulante autoritaire comme mon père m’a si bien appris à les pousser, une gueulante sincère, dans le téléphone ou en face je tonne, je canonne, ce qui du haut de mon âge de poussin pourrait passer pour immonde prétention, mais comme c’est sincère et que comme tout cri qui se vaut, ça vient du cœur, l’interlocuteur, parfois tremblant, comprend. Et comprendre, c’est un peu dire oui.



une frénésie

Puis j’ai entamé une grande phase de doute. Les aléas de la vie forcent parfois à remettre en question l’ensemble de son existence depuis la naissance : qui suis-je, ou vais-je, avec qui, pour servir quoi, combattre quoi et contre qui, pour qui. Qui sont mes amis, suis-je heureux avec eux, est-ce que j’aime vraiment ces gens ? Et ma famille, est-ce que je la connais, comment tout ce monde me perçoit-il ? Le nombre de points d’interrogation dans ces quelques lignes suffit à se rendre compte que mon inconscient se pose pléthore de questions. Sur mes cigarettes, il y a écrit « Liberté toujours ». J’aime ce slogan lourd de sens, appréhendable de plein de façons différentes, dix lectures pour deux mots. Je ne sais pas si je suis libre, les gens libres vivent sans loi, ils n’ont pas d’ancrage : j’ai grandi dans un pays où les flics font ce qu’ils veulent et où les juges mettent facilement les prévenus en prison, dans un pays où la dépense publique, dont les recettes sont des ponctions mortelles sur son peuple, n’est contrôlée par personne. La Cour des Comptes, avec son « premier président » dépressif, n’est qu’une vaste fumisterie. Ce week-end j’ai découvert le verbe de Samuel Benchetrit, que je pensais être une infamie, et j’ai appris par cœur Nantes, la chanson de Barbara. Ça ne m’a sans doute pas avancé à grand-chose, ça ne m’a sans doute avancé à rien. Quand je lis j’ai envie d’écrire et quand j’écoute j’ai envie de chanter, ce qui doit être de l’égocentrisme. Peut-être, peut-être aussi est-ce une volonté de créer, même des daubes, même juste pour soi, parce qu’après tout ce blog c’est un peu juste pour moi, c’est en quelque sorte une masturbation, je m’écris puis je me lis puis je me publie, pour savoir à quoi je pense. Là, c’est peut-être de la schizophrénie. Je sais écrire schizophrénie tout seul sans que « grammaire et orthographe » ne le souligne en rouge. Là c’est de la fierté, toute petite, mais de la fierté quand même. Je regrette un peu les années de fête. Là, j’ai arrêté de faire la fête. Parce que je n’ai plus d’argent, parce que je n’ai plus de scooter, parce que mes acolytes de nuit se sont exilés à l’étranger, ont arrêté aussi ou sont devenus glauques. Il y avait une période où on allait tous les soirs au Social Club, puis une période où on se réunissait chez Paloma, chez Enzo, chez Alix, chez Mathilde, chez Nina, ou chez moi, puis une période où on était ivres dès trois heures de l’après-midi sur la terrasse d’un château dans le Jura, puis une période où on allait tous les soirs au Cha Cha, puis une période où j’ai fini par me faire chier partout, suivie d’une période, celle que nous vivons en ce moment, où je ne suis plus sorti nulle part ni chez personne. Il y avait une période où j’étais amoureux, une période où l’on m’aimait aussi, puis une période où l’on ne m’aimait plus, là j’avais envie de me pendre, ou de tout arrêter et partir loin, au lieu de quoi j’ai attendu que ça passe, et ça a mis du temps. La vie, ou la mienne, semble être faîte de séquences : comme des épisodes de séries, ça n’est pas on naît puis on meurt et entre temps on a vécu, c’est on naît puis on ne sait même pas qui on est, puis on le comprend un peu et on est heureux, puis on croit savoir et on galère, puis on se rend compte qu’on ne le saura jamais parce qu’on a l’impression de changer tout le temps, puis on aime et on a l’impression qu’on n’a pas vraiment vécu jusqu’à présent, et ça fait le même effet avec la drogue mais pas avec le travail, et ça fait le même effet avec la mort d’un proche ou la découverte d’un être, mais ça je viens de le dire parce que ça signifie qu’on est tombé amoureux. Quand je lis je le fais, pas exprès, comme Mathieu Amalric, et je suis content parce qu’il lit plutôt bien, son ton est plutôt intéressant, et plutôt différent. Ce qui n’est pas le cas du mien, donc, forcément, puisque je lis comme lui. Là je doute de l’intérêt du texte que vous venez de lire. Et là soudainement, alors que le flot était continu, je n’ai plus aucune inspiration et m’en retourne vers mon vide, sidéral. Galactique.



i trust me

Au défilé Paul & Joe, nous attendons trois quarts d’heure que ça commence. Je porte un blouson en raton laveur teint en noir qui me donne horriblement chaud mais que je n’enlève pas pour autant parce que c’est la fashion week, en face de moi Marie-José Jalou n’arrête pas de me regarder de travers et ressemble au docteur No avec ses petites lunettes rondes qui lui donne un air méchant, à côté d’elle Babeth Djian a plutôt le look de Robocop. Les deux prêtresses ne regardent pas franchement la collection, accaparées par diverses conversations ; l’incipit du show est formidable, sur un fond lumineux bleu électrique la première mannequin fait son entrée sur les premiers accords d’une douce mélodie, avec un silence complet dans la salle du Carrousel. Puis nous déjeunons au sympathique café Marly avec Karine Porret qui est pressée car elle va chez Vuitton après, maison qui n’a pas daigné nous inviter ; nous squattons d’ailleurs la table que ladite Babeth aurait dû ou voulu occuper, elle repart bredouille parce qu’en bonne fumeuse a horreur de déjeuner à l’intérieur, autour d’elle sa cour de rédactrices franchement bien fringuées et toutes sur « mute » se sent puissante et se comporte comme un escadron du SPHP. Constance commande des pâtes malgré mes directives, elle est grosse et doit absolument maigrir (cinquante kilos pour un mètre soixante-dix, vous imaginez le massacre) ; sous les arcades du Louvre M. n’est plus là et le café est trop cher, je ne sais plus très bien si bel évangile de Brian De Palma The world is yours s’applique à qui l’utilise comme verbatim.



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