Jeunesse & Sports

On se gausse, dans les médias d’opinion, de ces jeunes qui s’apprêtent à manifester contre la loi El Khomri. On les tient pour des glandeurs, on les imagine fumant des joints sur les statues de la place de la République, la tête couverte de dreadlocks et les oreilles pleines de piercings. On n’a peut-être pas tout à fait tort, mais il faut avoir à l’esprit que, si les jeunes qui vont manifester sont une minorité, cela ne signifie pas pour autant que les autres ne soutiennent pas la contestation.

La loi El Khomri n’est pas mauvaise pour les jeunes : une réforme dont la philosophie est de libérer le travail, donc de donner de l’air à l’économie et de faire baisser le chômage, est bonne pour tout le monde. Aucune mesure de ce texte ne vise directement la jeunesse, pour la bonne raison qu’elle est, compte tenu de l’onirisme des promesses de campagne, la grande oubliée du quinquennat Hollande ! Ce dernier avait déclaré, au soir de son élection, en 2012, qu’il voulait être jugé sur deux priorités à l’issue de son mandat : la justice et la jeunesse. Qu’est-ce qui a été fait ? Le contrat de génération a été un four ; les emplois aidés, dits « emplois d’avenir », sont une vieille recette coûteuse et sans pérennité ; on n’a rien fait de spécial dans l’université, pas réformé l’orientation, rien fait pour les stagiaires, dont la rémunération est ridiculement basse en comparaison avec la quantité souvent délirante de travail fourni, ni pour les premiers emplois, où l’écart entre temps passé pour l’employeur et salaire est encore plus disproportionné.

Le salaire moyen des moins de 25 ans est de 7 000 euros par an

Concrètement, un stagiaire est payé au minimum un peu plus de 500 euros par mois, et un jeune qui entre sur le marché du travail gagne généralement à peine plus du smic, pendant plusieurs années, même quand il a fait cinq ou six ans d’études, même si ce sont de bonnes études, et peu importe la taille de l’entreprise, PME ou grand groupe. Les petits jobs de serveur, vendeur, barman, qu’on assure en plus des études, sont rémunérés 9 euros de l’heure. Corrélativement, les loyers sont chers, surtout à Paris, et tout le reste aussi : Leader Price, le cinéma, le vin aux terrasses des cafés. Selon l’Insee, le salaire moyen des moins de 25 ans atteint environ 7 000 euros par an, contre 25 000 euros en moyenne pour les plus de 55 ans ! Qui se soucie de ce que vivent les jeunes ?

Une bonne réforme aurait pu être de passer la rémunération minimale des stagiaires à 700 euros, mesure indolore pour les entreprises mais qui change tout pour le corvéable à merci. Une bonne réforme aurait pu consister à supprimer les charges pesant sur les premiers emplois afin qu’ils soient mieux rémunérés. Qu’a-t-on fait pour cette jeunesse, sinon de grands discours ? La fameuse « génération Bataclan » est l’esclave des précédentes, dans leur égoïste indifférence.



Debat – Public Sénat – La « jungle » de Calais



Murmures

Christiane Taubira a le mérite de connaître des poèmes par cœur dans une époque et parmi ​une classe politique analphabètes ; elle a le mérite de discourir sans notes dans une époque amnésique. Elle a de nombreux défauts, elle est grandiloquente, sentencieuse, souvent un peu bordélique dans ses argumentations, de nombreux anciens collaborateurs jugent qu’elle ne manifeste pas un grand sérieux à l’ouvrage. Elle est narcissique, avide de médiatisation, comme la plupart des hommes et femmes politiques. Et puis ses envolées sont peu suivies d’effet. Qu’a-t-elle fait pour les prisons françaises ? Qu’a-t-elle modernisé de notre justice si complexe, si lente, si archaïque ? Au fond, on ne peut mettre à son actif que le mariage pour tous, belle réforme qui est aussi la seule de tout le mandat de François Hollande. Ce dernier vient donc de se séparer de celle qui a porté, avec grande classe, le seul véritable changement intervenu grâce à lui.

Partir pour ne pas se renier

La réponse cafouilleuse de la gauche aux attentats du 13 novembre porte un nom : la déchéance de nationalité. En ordre dispersé, dans la cacophonie, les socialistes s’apprêtent à entériner cette mesure,​ à laquelle Christiane Taubira s’est publiquement opposée. Pour ne pas se renier, il valait mieux en effet, pour cette dernière, quitter le gouvernement. Elle est remplacée par quelqu’un qui, s’asseyant sur la séparation des pouvoirs, proposait récemment une fusion entre le ministère de l’Intérieur et celui de la Justice, idée dangereuse à souhait dans un pays régulièrement condamné par la Cour européenne des droits de l’homme pour différents abus de ses organes répressifs.

À n’en pas douter, messieurs ​Urvoas et Valls sauront s’entendre, puisque le Premier ministre n’a pas hésité à déclarer qu’il entendait maintenir l’état d’urgence… jusqu’à l’éradication de Daech ! Ou comment les pouvoirs sont toujours tentés d’abuser des prérogatives exceptionnelles qu’ils s’arrogent par gros temps.​ ​Je regretterai personnellement madame Taubira et ses alexandrins, ses étoles en soie aux couleurs d’agrumes,​ sa fantaisie, sa légèreté et sa joie. Il fallait sans doute à la France un garde des Sceaux plus soucieux de faire bouger son administration, mais il fallait en tout cas quelqu’un qui lui fasse honneur, et c’était le cas.



Charlie

Hommage doit être rendu, cette semaine, à « Charlie Hebdo ». Avons-nous tiré les conséquences de l’attentat qui a secoué le monde entier il y a un an ?

 

Ce week-end encore, un homme fonçait intentionnellement, en voiture, sur desmilitaires postés devant une mosquée de Valence. L’islamisme monte comme d’autres totalitarismes autrefois. Il ensorcelle des esprits faibles, gagne du terrain chez des jeunes en rupture avec leur pays et ses valeurs constitutives, au premier chef la liberté, un acquis dont ces jeunes-là ne saisissent plus la rareté, le luxe, la fragilité ; à la liberté, ils préfèrent l’oppression, des hommes sur les femmes notamment, ou, comme l’a expliqué Michel Houellebecq, la soumission : celle des femmes aux hommes, celle des hommes à Dieu, et cela sans un millimètre de recul, sans songer une seconde qu’un dogme n’est jamais qu’une invention humaine, dérisoire, temporaire, souvent fantasque, kitsch et poussiéreuse.

J’ai été à la messe de Noël tous les ans depuis que je suis né, et il ne m’est jamais venu à l’esprit de penser que la Vérité révélée était dite par qui que ce soit dans ces ennuyeuses litanies que j’étais impatient de voir terminées.

Le refus obsessionnel de désigner un ennemi

Charlie Hebdo a décidé de mettre « Dieu » en couverture de son dernier numéro, avec pour titre « Le coupable court toujours ». Quel dommage que cette une « pas d’amalgame » ! Pourquoi cette obsession de mettre toutes les religions dans le même sac, alors que tout le monde sait, que tout le monde voit, que tout le monde ne peut que constater que le terrorisme, aujourd’hui, et depuis une vingtaine d’années déjà, est islamique ? Pourquoi continuer dans cette cécité folle, dans ce refus obsessionnel de désigner un ennemi qui, lui, s’affiche clairement ? Pourquoi s’entêter à prendre garde de « ne pas froisser telle ou telle communauté », alors que l’esprit même de la caricature, c’est de froisser, de heurter, de vexer, et cela pour que l’atmosphère reste respirable, pour qu’on puisse rire les uns des autres, rire de nous-mêmes, relativiser, précisément, nos croyances ? Qui a noté que, dans son discours au Congrès, le président Hollande, chef des armées, n’a pas su nommer l’ennemi, n’a pas su dire « islamiste », préférant « djihad », parce que moins amalgamant ?

Puisque 2015 a été une année de violence, il faudrait que 2016 soit une année de courage ! Imposons, forçons-nous à une liberté d’expression totale. Cela ne résoudra pas tous les problèmes communautaires et religieux qui se posent à la plupart des pays d’Europe, mais cela permettra au moins de les regarder en face pour pouvoir s’y attaquer.



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