Charlie

Hommage doit être rendu, cette semaine, à « Charlie Hebdo ». Avons-nous tiré les conséquences de l’attentat qui a secoué le monde entier il y a un an ?

 

Ce week-end encore, un homme fonçait intentionnellement, en voiture, sur desmilitaires postés devant une mosquée de Valence. L’islamisme monte comme d’autres totalitarismes autrefois. Il ensorcelle des esprits faibles, gagne du terrain chez des jeunes en rupture avec leur pays et ses valeurs constitutives, au premier chef la liberté, un acquis dont ces jeunes-là ne saisissent plus la rareté, le luxe, la fragilité ; à la liberté, ils préfèrent l’oppression, des hommes sur les femmes notamment, ou, comme l’a expliqué Michel Houellebecq, la soumission : celle des femmes aux hommes, celle des hommes à Dieu, et cela sans un millimètre de recul, sans songer une seconde qu’un dogme n’est jamais qu’une invention humaine, dérisoire, temporaire, souvent fantasque, kitsch et poussiéreuse.

J’ai été à la messe de Noël tous les ans depuis que je suis né, et il ne m’est jamais venu à l’esprit de penser que la Vérité révélée était dite par qui que ce soit dans ces ennuyeuses litanies que j’étais impatient de voir terminées.

Le refus obsessionnel de désigner un ennemi

Charlie Hebdo a décidé de mettre « Dieu » en couverture de son dernier numéro, avec pour titre « Le coupable court toujours ». Quel dommage que cette une « pas d’amalgame » ! Pourquoi cette obsession de mettre toutes les religions dans le même sac, alors que tout le monde sait, que tout le monde voit, que tout le monde ne peut que constater que le terrorisme, aujourd’hui, et depuis une vingtaine d’années déjà, est islamique ? Pourquoi continuer dans cette cécité folle, dans ce refus obsessionnel de désigner un ennemi qui, lui, s’affiche clairement ? Pourquoi s’entêter à prendre garde de « ne pas froisser telle ou telle communauté », alors que l’esprit même de la caricature, c’est de froisser, de heurter, de vexer, et cela pour que l’atmosphère reste respirable, pour qu’on puisse rire les uns des autres, rire de nous-mêmes, relativiser, précisément, nos croyances ? Qui a noté que, dans son discours au Congrès, le président Hollande, chef des armées, n’a pas su nommer l’ennemi, n’a pas su dire « islamiste », préférant « djihad », parce que moins amalgamant ?

Puisque 2015 a été une année de violence, il faudrait que 2016 soit une année de courage ! Imposons, forçons-nous à une liberté d’expression totale. Cela ne résoudra pas tous les problèmes communautaires et religieux qui se posent à la plupart des pays d’Europe, mais cela permettra au moins de les regarder en face pour pouvoir s’y attaquer.



Manoeuvres

Une collectivité doit pouvoir décider de qui elle accepte, qui elle refuse et qui elle exclut. Elle doit pouvoir poser des limites ultimes dont le franchissement soit sanctionné le plus durement, par le bannissement du groupe. Qu’un État décide de retirer sa nationalité à un de ses citoyens pour avoir franchi ces limites n’a rien de choquant. Cela relève de la souveraineté.

Toutefois, ce n’est pas un État aveugle qui décide, mais l’attelage des pouvoirs exécutif et judiciaire, sur la base de lois qu’on peut toujours tordre. Ce sont des hommes soumis aux modes de leur temps et à leur propre ressentiment.

On peut considérer que les terroristes se revendiquant de l’État islamique, même nés en France, même s’ils ont grandi en France, sont des ennemis oeuvrant pour un pays étranger, d’une armée étrangère, et qu’en se retournant contre des Français, sur le territoire français, au nom d’une cause étrangère, ils trahissent leur patrie. Celle-ci se libère alors légitimement des liens qu’elle avait avec eux et, les prenant aux mots, aux actes, les considère comme des étrangers.

Comment des jeunes nés en France, ayant passé dix, quinze, vingt ans dans des établissements scolaires français, ayant eu accès à tout ce qu’offre notre pays, quasi gratuitement, en matière de santé, de transport, de culture, peuvent-ils s’enfoncer dans les ténèbres islamistes ? C’est un peu facile de les exclure sans s’interroger plus avant, sans les regarder comme des Français, sans essayer de comprendre les origines du mal. C’est comme dire qu’un meurtrier est un monstre : si c’est un monstre, on est tranquille, les humains ne font pas ça. Les humains ne tuent pas, ne torturent pas, ne violent pas. Pourtant, si : un meurtrier est un être humain, c’est ce qui nous saisit d’effroi. Les terroristes qui frappent en France sont français, c’est ce qui doit nous inquiéter.

Une technique pour déstabiliser l’adversaire

Après avoir joué la concorde à outrance, le président de la République feint aujourd’hui la fermeté contre le laxisme, l’intérêt général contre l’idéologie, le peuple contre le Parti socialiste. En s’accrochant à la déchéance de nationalité pour les binationaux, y compris nés en France, coupables de crimes de terrorisme ou, comme le promet la réforme, « condamnés pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la nation », François Hollande déroute amis et ennemis. Bouleversant le jeu politique, il s’installe au centre du débat, polarise l’attention des commentateurs et essaie de passer pour quelqu’un qui est au-dessus de la mêlée.

Comme d’habitude, il y a de sa part surtout de la tactique dans ces velléités de réforme constitutionnelle : François Hollande fait de la disruption, selon le concept inventé par le publicitaire Jean-Marie Dru. La technique, déjà employée par Nicolas Sarkozy lorsqu’il défendait le droit de vote des étrangers aux élections locales ou par Ségolène Royal lorsqu’elle proposait des camps militaires pour les jeunes délinquants, consiste à piquer une idée à l’adversaire pour le déstabiliser et apparaître comme un responsable public capable de dépasser les clivages sur certains sujets fondamentaux.

La Constitution, pourtant, si mal défendue, est la garantie des droits et des libertés des Français. Elle ne doit pas être l’instrument de manoeuvres politiciennes.

Quelles limites ?

Lutter contre le terrorisme ne nécessite pas de réformer la Constitution. Sinon, comment le Conseil constitutionnel aurait-il pu juger les assignations à résidence conformes au texte suprême, alors qu’il avait été saisi par des militants écologistes qui avaient fait l’objet, de manière manifestement abusive, de cette mesure que l’on croyait limitée à la lutte contre le terrorisme ?

Nous avons ainsi eu l’occasion de voir comment un dispositif spécial, que ses concepteurs présentent comme consacré à un objectif précis, peut voir son utilisation étendue à des domaines qu’il ne visait pas expressément, au bon vouloir de l’organe qui détient le pouvoir de le mettre en oeuvre.

Il en sera de même avec la déchéance de nationalité. Qu’est-ce qu’un « crime constituant une atteinte grave à la vie de la nation » ? Qui va définir cette notion ? En droit pénal, la tentative de crime est punissable comme le crime : visera-t-on les attentats, la préparation des attentats, les attentats ayant causé ou n’ayant pas causé de victimes physiques ? Qu’entendra-t-on par « attentat », par « terrorisme » ? Quelles limites posera-t-on à l’application de cette mesure, alors que des députés socialistes n’ont pas hésité à proposer de manière délirante qu’elle s’applique aux exilés fiscaux ?

La mère patrie doit rester la mère, quoi qu’il arrive, et une mère n’abandonne pas son enfant, quoi qu’il ait fait. Ayons le courage de voir que les barbares du Bataclan sont nos enfants, ouvrons les yeux sur le fascisme qui monte dans les Molenbeek français, ne lui faisons aucune concession, mais ne jouons pas aux apprentis sorciers constitutionnels pour satisfaire à des manoeuvres politiciennes.



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